Mise à jour du Kindle Paperwhite

(…) je retiens surtout qu’il n’y a rien de révolutionnaire qui me pousse à chercher une excuse pour changer de machine.
(…)
Il y a pourtant de réelles nouveautés… au niveau du logiciel, pas du matériel (…)
Mais, c’est au niveau logiciel que ça se joue. Un logiciel dont le propre est d’être facilement mis à jour — rien n’interdit donc a priori à Amazon d’offrir ces innovations sur le précédent Paperwhite (voir d’autres modèles de Kindle), sauf peut-être un choix marketing. On verra.

C’est ce que j’écrivais à la sortie du nouveau Paperwhite, en septembre 2013.

C’est à présent chose faite, Amazon continuant de tranquillement mettre à jour les appareils existants : j’ai eu la surprise de voir que mien y était passé, en le prenant à l’instant. Joie.

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Le nouveau dico intelligent, les notes en bas de page (pourquoi pas en popup, d’ailleurs ?), la nouvelle gestion des sauts de page et même GoodReads (faudra que je m’y mette)… Tout ce qui me faisait envie semble dispo (mais pas encore testé). En plus de ça, il a l’air plus réactif — sans devoir changer de Kindle.

Merde, alors : la technologie ne serait donc pas aussi indissociablement liée à la vilaine obsolescence programmée, comme certains aimeraient nous le faire croire ?

Prendre le temps

Temps de lecture : ~1060 mots.

We don’t pause enough anymore. We don’t give ourselves time to think.
Instead, we try to parallelise the creative process, by thinking and doing at the same time. We think a little, then we start writing – or drawing, or we make a new software project – and then we think a little more, and so on. Our focus ends up being fragmented, and our greatest friend is the Undo command. It didn’t used to be that way.

Matt gemmel: Thinking slowly.

Difficile de ne pas faire un lien entre cette remarque et ce que j’ai entendu, la semaine passée — il y a une éternité de ça — lors de mon passage à la librairie/maison d’édition L’Âge d’Homme, en compagnie de Arnaud qui voulait me faire découvrir un livre de Chesterton.

Sur place, j’en ai évidemment profité pour parcourir les rayons, bourrés d’auteurs que je ne connaissais pas. En me voyant feuilleter — et apparemment apprécier — le premier tome de Les humeurs de la mer, la libraire nous a rejoints pour presque s’excuser en nous avertissant que, si c’est le chef-d’oeuvre de Volkoff, c’est en quatre volumes, et que c’est long à lire. Manière de dire ce n’est pas forcément le genre de lectures qui plait pour le moment, tant elle prend du temps.

Une libraire qui s’excuse de la longueur d’un livre que, de toute évidence, elle adore. Étrange. S’en est donc suivi une agréable discussion à trois, sans souci du temps, ainsi que l’achat d’un peu plus de livres que ce qui avait été prévu au départ, et la découverte de Vladimir Volkoff — merci Arnaud.

Mais le plus étonnant, c’est que je me suis surpris à penser que cette dame avait raison de nous avertir : prendre son temps pose problème. Plus qu’un luxe, ça devient une forme d’impolitesse — dans le même temps que gueuler ses conversations téléphoniques personnelles dans les lieux publics devient la norme ?

Un email reçu, suppose souvent une réponse dans la seconde de la part de son expéditeur, un tweet exige un RT ou une réponse, un article doit-être lu dans la journée si pas dans l’heure, avant d’être remplacé par un nouvel article (et oublié par le lecteur). Etc.

Comme si on n’avait plus le droit de consacrer notre temps à autre chose que faire quelque chose (ce que certains confondent avec “s’agiter”), ou produire (ce que certains confondent avec “faire du bruit”). Et même là, ce serait déjà toujours trop de temps gaspillé pour jamais assez de production 1.

Et c’est encore plus vrai pour les activités “ludiques” (non vouées à produire quelque chose). Comme si pour être acceptable tout loisir ou tout plaisir devait être immédiat. Tout repas digéré avant même d’être avalé. Un livre devant être lu — assimilé et synthétisé — dès le premier coup d’oeil sur sa couverture.

Je caricature, mais à peine. Et cela nous ramène à une évidence qui n’est plus trop à la mode : certaines choses demandent du temps. Ne pas leur donner ce temps, c’est les empêcher de se révéler pleinement.

Et c’est dommage. Pour nous.

Cela ne veut pas dire qu’il faille attendre dans un silence religieux et admiratif que l’Oeuvre de l’Artiste vienne à maturité. Ni qu’il faille hésiter 108 ans avant de publier un tweet.

Cela veut juste dire que prendre son temps, par exemple pour lire un livre, ce n’est pas le signe d’un bug dans le livre lui-même. Ni l’aveu d’un échec de la part de son auteur. Qu’elle prenne du temps, voire qu’elle demande un peu de tranquillité, si pas de solitude, n’est pas l’indice que la lecture serait devenue une activité aussi obsolète que tailler des silex : c’est une de ses qualités.

Lire libère du temps pour réfléchir (ou rêver) sur… ce qu’on lit. C’est aussi une façon de prendre du recul, de laisser un peu plus de place au texte (aux idées, à l’imagination qu’il contient). C’est le laisser respirer — plutôt que le presser comme un citron, encore un, pour voir ce qu’on peut en tweeter.

C’est faire un choix. Comme de manger sur une table à trois pieds parce qu’on a pas voulu payer pour le quatrième, ou parce qu’on a pas laissé au menuisier le temps de le monter; comme de lire toujours à peu près le même texte, qui tient plus d’un formulaire que d’un texte, avec ses champs prédéfinis qui ne changent pas d’un exemplaire à l’autre : nom du produit/nom du héros, liste des qualités du produit/liste des superpouvoirs des héros, défauts des produits concurrents/nom du méchant, etc.

Faire un choix, ça ne signifie pas regretter le “bon vieux temps” du “s’était mieux avant”, ni faire la révolution et jeter aux ordures tout ce qui existait avant soi. Pour moi, ce bon vieux temps n’a jamais existé, ça n’a jamais été mieux avant, juste autrement. Je ne crois pas plus “aux lendemains qui chantent” : le futur ne sera pas meilleur parce qu’il sera plus technologique ou plus connecté. C’est aussi crétin dans un cas que dans l’autre.

Il s’agit, au mieux, d’un culte aussi fétichiste qu’imbécile à de vieux outils, parce qu’ils sont vieux, ou à de nouveaux outils, parce qu’ils sont nouveaux : écrire à la plume, à la machine à écrire, au stylet sur une antique tablette de cire ou du bout du doigt sur un iPad, c’est toujours écrire.

Faire un choix, ça peut-être aussi modeste que choisir de lire un auteur, ou d’essayer un genre littéraire, qu’on ne connait pas, plutôt que de rester fidèle à nos habitudes.

Ou encore choisir de s’offrir le temps de lire sans compter — quelque chose que le livre électronique contribuerait, paradoxalement, à estomper malgré la précision atomique avec laquelle il indique le temps de lecture en minutes, l’ouvrage n’ayant plus aucune épaisseur en main, ne pesant plus rien ?

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Le gros volume 1 du Volkoff.

Le simple fait d’hésiter sur quoi faire — et comment et pourquoi le faire — serait alors une victoire. Un premier pas pour (re)prendre le contrôle de nos outils, aussi high ou low-tech soient-ils, pour les (re)mettre à notre service plutôt que l’inverse.

Sur le même sujet :


  1. Quand on vous dit que le travail coute trop cher en France, on vous dit en réalité que votre temps coute trop cher et qu’il n’est pas assez exploité. Que vous êtes un citron mal pressé. 

Serge Brussolo devient son propre éditeur

L’accès à ces textes sera d’abord gratuit. Il se peut, par la suite, que j’envisage de les mettre en ligne sur la plate-forme AMAZON, mais, si cela se fait, ce sera de toute manière à un prix très accessible, pour ne pas dire symbolique.
Parallèlement, continueront (pendant quelque temps) à paraître en librairie des romans « grand public », principalement des thrillers ou des romans historiques, puisque de tels livres sont en attente de publication et d’ores et déjà inscrits sur les programmes de telle ou telle maison d’édition. Toutefois, ces parutions finiront par s’espacer pour cesser tout à fait, et viendra le moment où l’on ne pourra me lire que sur ce site, je tenais à en prévenir les fans.
Ma démarche surprendra certains, mais je ne fais en cela que rejoindre d’autres auteurs professionnels qui, comme moi, ne supportent plus les contraintes du marché de l’édition.
A bientôt, donc, ici même, pour de nouvelles aventures !
Bien amicalement
Serge Brussolo, via @TheSFReader.

Grand fan de certains textes de Brussolo, je ne me plaindrai pas d’une telle décision. Comme le dit Brussolo lui-même, on peut espérer que ça lui permette à nouveau d’écrire ce qu’il a envie d’écrire, et comme il en a envie. Et quand c’est effectivement le cas, Brussolo c’est tout bon.

C’est aussi une information intéressanteun putain de signal d’alarme que devraient relever les éditeurs quand un auteur en a tellement marre de leur façon de bosser et de traiter ses textes qu’il préfère se charger de tout leur boulot à leur place plutôt que de leur confier son livre… Mais bon, c’est que mon avis et il paraît que j’y connais rien dans l’édition.

Ma valise, mon iPhone et le MacPad Air idéal ?

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Quelques fringues, le Kindle, mon carnet et un stylo. Plus l’iPhone, avec lequel j’ai pris la photo. Et le Mac, le bloc d’alu sous le carnet.

La raison de cette photo, ce n’est pas le WE que je vais passer chez ma soeur. C’est le Mac. Plus exactement, c’est la réflexion que je me suis faite en le fourrant dans le sac : quelle plaie, j’en ai besoin parce que ma nièce et mon neveu auront envie de jouer à Minecraft ou à EarthStone avec moi — et parce que moi j’ai envie de jouer avec eux, ça va de soi.

C’est la seule raison de la présence du Mac pour ce voyage. Et c’est l’indice que ma façon de l’utiliser a profondément changé.

En devenant le véritable hub de ma vie numérique, rêvé depuis toujours par Steve Jobs, le Mac s’est aussi distancé de moi.

Distancé, ce n’est pas le bon mot, car il est toujours aussi utile et important, mais je n’ai pas mieux pour décrire ce changement : il y a quelques années, un Mac me suivait toujours partout, je n’aurais jamais imaginé partir sans. Même pour un WE. Ce n’est plus le cas aujourd’hui.

Si je n’imagine pas m’en passer sur une longue période, ce n’est plus un souci du tout d’être sans Mac pour quelques jours.

C’est l’iPhone (ou encore l’iPad) qui me suit partout : je n’ai pas hésité longtemps entre une machine qui pèse 0,150 kilo (ou 0,331 pour le mini Retina) et une autre qui pèse 1.570 kilos.

L’iPhone est non seulement mon téléphone, mais c’est aussi mon appareil photo, et le stockage portatif sur lequel je peux archiver les photos, sans aucun souci de place, le temps d’un WE ou même plus; c’est aussi l’ordinateur avec lequel je peux partager ces photos ou les retoucher, si le besoin s’en fait sentir; c’est aussi le terminal que j’utilise pour rester connecté au Web, au mail et à Twitter. C’est sur lui aussi que je peux écrire dans le toujours aussi chouette Day One ou dans Daedalus Touch — quand je ne suis pas dans mon “bête” carnet.

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Si l’iPhone n’est pas parfait (son autonomie trop réduite est un handicap pour qu’il joue pleinement son rôle de compagnon de chaque instant), il a remplacé le Mac piur ces usages ponctuels ou rapides de l’ordinateur.

Le Mac, de son côté, est plus que jamais le hub qui centralise tout. C’est la machine sur laquelle “je travaille” : réécriture, recherches, classement et retouche d’images, etc. C’est la machine sur laquelle j’archive tout pour le long terme. C’est la machine sur laquelle je fais mes sauvegardes Time Machine et CrashPlan.

Toutes choses dont je peux me passer lors d’un déplacement — et même si j’en avais besoin : je peux de toute façon facilement y accéder à distance, du moment que j’ai une connexion Internet.

Pourquoi avoir un Mac portable, et pas une machine de bureau ? J’aime que mon bureau soit là où je pose mon rondouillard popotin — et ce n’est pas forcément dans mon bureau : dans le salon, dans la chambre à coucher, dans un bistrot, sur un banc dans un parc, etc. Et… n’importe où quand je suis loin de chez moi.

L’iPhone mais pas l’iPad ?

J’ai hésité à le prendre. Je sais que je ne l’utiliserai pas cette fois : le peu que je lirai sera lu sur le Kindle, ce que j’écrirai sera écrit dans le carnet, ou sur l’iPhone, et c’est sur le Mac que je jouerai. Je sais que je ne dessinerai sans doute pas (ce qui m’a fait hésiter à le prendre). À quoi bon m’encombrer davantage ?

Je ne sais pas, j’adore l’iPad mais, comme pas mal de monde, pour le moment c’est celui que j’utilise le moins.

L’avenir de l’iPad est peut-être, pour moi, dans cette machine dont je rêve depuis longtemps, qui combinerait le meilleur des deux : un hybride MacBook Air et iPad.

Une véritable tablette de 11 ou 12 pouces qui tournerait sous iOS, comme un gros iPad, mais qui, une fois connectée à sa base, se transformerait en écran d’une machine plus classique, tournant sous OS X, avec un clavier et un Trackpad, etc.

Plutôt que d’avoir une grosse tablette, avec son écran, et un (gros) portable avec son écran. Partager le même écran entre les deux machines. Un seul écran pour au moins deux usages différents. Tu parles d’un gain de place et de poids…

On peut imaginer une tablette qui, une fois dockée, et bénéficiant de tout ce que le dock lui apporte, soit capable de virtualiser OS X : en plus du clavier et du Trackpad, ce dock contiendrait un processeur dédié pour faire tourner OS X (sans perte de perfs), il aurait sa propre batterie (qui s’ajouterait à celle de l’iPad), USB et Thunderbolt. Etc.

Au fond, quelque chose comme la Surface de Microsoft, en mieux : pas une simple couverture faisant office de clavier.

Après tout, ce n’est pas comme si Apple manquait de savoir-faire pour virtualiser un système d’exploitation. Ce n’est pas comme si Apple manquait du génie nécessaire pour réduire la taille et le poids et de ses machines, ou pour simplifier ce qui était complexe. Ce n’est pas non plus comme si Apple n’avait pas les moyens de s’offrir des processeurs sur mesure… ni d’utiliser autre chose que Intel, pour faire tourner OS X.

Bref, j’ai pas peur de rêver. Passez un bon WE 😉

Un avenir, pour Firefox ?

Mozilla made the decision out of fear that the organization would haemorrhage users and become irrelevant if it couldn’t support Netflix, Hulu, BBC iPlayer, Amazon Video, and other services that only work in browsers that treat their users as untrustable adversaries.
Cory doctorow: Mozilla breaks our hearts, adds DRM to Firefox

De vous à moi, je ne vois pas comment un tel compromis peut faire espérer un avenir radieux pour Firefox à la fondation Mozilla.

La question à se poser c’est : si le prix réel, pour ne pas perdre les utilisateurs de Firefox, c’est d’accepter les DRM et le code propriétaires, à quoi sert encore Firefox ?

Ce ne sont pas les bons navigateurs commerciaux, heureux d’implémenter les DRM et d’utiliser du code propriétaire, qui manquent.