Naturellement inscrite à l’intérieur de la maison, de la demeure, enfermée dans des serrures, des clôtures, la vie privée apparaît donc murée. Cependant, de part et d’autre de ce “mur”, dont les bourgeoisies du XIXe siècle entendirent défendre à toute force l’intégrité, des combats sont constamment livrés. La puissance privée doit vers l’extérieur, soutenir les assauts de la puissance publique. Il lui faut aussi, de l’autre côté de la barrière, contenir les aspirations des individus à l’indépendance, puisque l’enceinte abrite un groupe, une formation sociale complexe où les inégalités, les contradictions semblent même à leur comble, le pouvoir des hommes s’y heurtant plus vivement qu’au-dehors à celui des femmes, celui des vieux à celui des jeunes, le pouvoir des maîtres à l’indocilité des serviteurs.
Depuis le Moyen Âge, tout le mouvement de notre culture a porté ce double conflit à devenir toujours plus aigu. L’État se renforçant, ses intrusions se sont faites plus agressives et pénétrantes, tandis que l’ouverture des initiatives économiques, l’affaissement des rituels collectifs, l’intériorisation des attitudes religieuses tendaient à promouvoir, à libérer la personne, aidaient à fortifier, à l’écart de la famille, de la maison, d’autres groupes de convivialité, conduisant ainsi à diversifier l’espace privé. Progressivement, celui-ci, pour les hommes, et d’abord dans les villes et les bourgades, se distribua en trois parts : la demeure, où l’existence féminine demeurait confinée ; des aires d’activités elles aussi privatisées, l’atelier, la boutique, le bureau, l’usine ; des enclos enfin, propices aux complicités et aux délassements masculins, tels le café ou le club.
(Georges Duby, “Préface à l’Histoire de la vie privée, T1. De l’Empire romain à l’an mil”, Seuil, 1985, p10-11)
Je ne sais pas vous, mais moi je trouve ça bien plus excitant qu’une poulette avec de gros lolos.

