La simplicité n’est pas toujours ronde comme un galet

Jonathan Harris, à propos de la simplicité et du minimalisme :

True simplicity comes not from imitation, but from understanding.

En français :

L’authentique simplicité ne nait pas de l’imitation, mais de la compréhension.

Dit autrement, le “minimalisme” à la mode aujourd’hui, que l’on confond un peu trop souvent avec l’idée de “simplicité”, est parfois plus une forme de conformisme, une façon de singer les autres — comme toutes les modes, remarqueront les plus observateurs — que la conséquence d’une réflexion et d’une compréhension des choses qui amènerait, justement, à chercher ladite simplicité.

Si je suis d’accord avec ce qu’écrit Jonathan, j’émettrais cependant une petite réserve quand il écrit “But minimalism can be a dangerous dogma” (“Mais le minimalisme peut-être un dogme dangereux”), car je ne connais aucun dogme qui ne le soit pas. Dangereux.

Mais, alors, c’est quoi la simplicité si ce n’est pas le “dépouillement” — fut-il celui d’un MacBook avec le minimum vital de connectique ou celui, plus économique et plus intense, d’une feuille de papier blanc et d’un crayon ?

Je ne sais pas. Mais je peux vous parler d’un exemple concret que je connais un peu, qui vous donnera une idée de ce qu’est la simplicité pour moi.

Au lieu de passer par un formulaire dans mon navigateur Web pour publier sur ce blog, je passe par TextMate, un éditeur de texte :

Simply blogging

Woaw ! Bon dieu ! C’est quoi ?! C’est là que j’écris, et que je publie le blog. On est loin du look “zen” typique et des jolies interfaces graphiques dépouillées à la mode sous Mac OS X.

Et pourtant…

À première vue, c’est vrai que ça semble nettement moins “simple” — dans le sens “minimaliste” et “facile” — que de blogger depuis le navigateur Web, puisque :

  • J’ai dû installer (et acheter) TextMate.
  • J’ai dû le configurer pour qu’il se connecte à mon blog.
  • J’écris dans un fichier texte et pas directement dans le blog. En plus, je dois afficher deux fenêtres au lieu d’une seule : une pour écrire et une autre pour voir de quoi ça aura l’air une fois publié.
  • Je n’ai pas de mise en forme WYSIWYG (tout est au format texte, pas de jolis boutons à cliquer).
  • Pour structurer mes billets (titres, sous-titres, gras, italique, liens,…), j’ai appris un langage spécifique, nommé Markdown.

… Et pourtant, chaque fois que je blogge, j’apprécie comme tout est plus simple — dans le sens “plus efficace” et “plus facile” — qu’avec la méthode traditionnelle de publication :

  • Confort. Aucun formulaire de saisie dans une page Web n’offre le confort de travail d’un éditeur de texte. Or, que je sache, écrire un article de blog, c’est écrire du texte. Autant utiliser le meilleur outil pour cela, vous ne pensez pas ?
  • Rapidité. Il suffit de démarrer l’éditeur (c’est immédiat ou presque) pour que je puisse commencer à écrire un article, un brouillon ou même simplement noter une idée. Pas besoin de lancer le navigateur, puis de charger la page Web, puis de m’identifier, puis de créer un nouveau billet, puis de cliquer dans le bon champ de saisie pour, enfin, commencer à écrire. Je n’ai même pas besoin de me connecter à Internet, en fait.
  • Fiabilité. Qui n’a jamais perdu un billet suite au plantage de son navigateur Web ? Mon éditeur de texte n’a jamais planté. Jamais.
  • Simplicité. Même si vous trouvez ça moche et repoussant (vraiment ?), croyez-moi tout est prévu pour faciliter la rédaction et le travail de l’auteur : raccourcis clavier pour la publication (sans quitter TextMate, donc), pour appliquer les styles (gras, italiques, etc.). Même les images sont gérées (et uploadées automatiquement) par TextMate.
  • Liberté. OK, c’est un grand mot pour pouvoir écrire n’importe où et n’importe quand, même sans être connecté à internet, mais ça vaut bien ça à mon avis.
  • Compatibilité. Vu qu’il s’agit de simples fichiers texte, on peut utiliser n’importe quel éditeur de texte, sur n’importe quelle machine (Mac, Windows, Linux, iPhone, iPad…).

Ainsi, un choix technique d’apparence plus complexe — et dont ma tentative de dresser la liste de ses avantages semblera le rendre plus complexe encore — m’offre en réalité un confort de travail dont je n’avais pû que rêver jusqu’alors. C’est réjouissant. Ce n’est pas cela, la simplicité ?

À ce propos :