Tous les adultes sont déserteurs

L’enfance
Qui peut nous dire quand ça finit
Qui peut nous dire quand ça commence
C’est rien avec de l’imprudence
C’est tout ce qui n’est pas écrit

L’enfance
Qui nous empêche de la vivre
De la revivre infiniment
De vivre à remonter le temps
De déchirer la fin du livre
(…)
L’enfance
C’est encore le droit de rêver
Et le droit de rêver encore
Mon père était un chercheur d’or
L’ennui c’est qu’il en a trouvé

L’enfance, Jacques Brel.

Et parce que le blog est un témoin fidèle des ce que je peux penser ou éprouver, je parlai déjà de Brel, ici, en 2008. Et, comme à l’époque, je réalise que Brel, je ne l’ai pas écouté depuis beaucoup trop longtemps.

Unpleasantly

There was an accident. A few molecules of a new virus got into the air, and everybody on the project died unpleasantly.

(Jack Williamson, “The humanoids”, Astounding, 1949)

On pourra certainement trouver mieux come traduction — j’écris ça dans le train, depuis l’iPhone (notez comme je déporte mes propres lacunes et mon incompétence à bien traduire cette phrase sur les outils dont je me sers. Je n’ai aucune décence) — mais ça pourrait donner :

Il y a eu un accident. Des molécules d’un nouveau virus ont contaminé l’air et tout le monde sur le projet est mort de façon déplaisante.

(Edit : la trad complète, c’est mieux.)

Le droit de lire (et de traduire)

Pour faire suite au match Gallimard vs Publie.net, je rebondis sur ce commentaire :

Malheureusement pour nous tous, Gallimard est dans son droit car « Le vieil homme et la mer » ne pourra pas tomber dans le domaine public avant 2032, ci-dessous l’analyse juridique qui le démontre

Gilles

Oui.

(Cela dit, dans son droit ou pas, la traduction de François enterre celle proposée par Gallimard — c’est dommage pour les lecteurs qui n’auront pas pu mettre la main dessus, je vous assure) mais, à n’en pas douter, les prochaines traductions seront certainement proposées ailleurs qu’en France.)

Et il reste la question, pour moi incompréhensible, d’avoir à plier à la demande d’un ayant droit sans qu’il y ait besoin de passer une décision de justice pour juger de la validité de ladite demande. “Casse-toi, ou je te casse la gueule ?“, c’est ça le copyright ?

C’est vraiment un cas d’école : comment un tout petit éditeur indépendant pourrait-il résister à la pression d’un géant comme Gallimard ? C’est aussi à ça que devrait servir le passage par la case “tribunal” : protéger les petits contre les excès (éventuels) des grands. Et même si la demande de Gallimard devait passer par un tribunal avant d’avoir la moindre légitimité, comment lutter à armes égales contre une entreprise qui pourrait se payer les meilleurs avocats disponibles pour aller dénicher la petite bête ?

La question est donc bien celle de la légitimité d’un copyright, de ce “droit de copie” qui, aujourd’hui, sert à enfermer une oeuvre dans les coffres de quelques-uns, au détriment de tout le monde. Les lois qui ont mené à cette situation sont mauvaises ou elles sont obsolètes. Dans les deux cas, elles doivent être réformées.

Même si ça énerve pas mal de monde (dont moi), on peut relire Stallman qui, avec tous les excès qu’on lui connaît, n’a jamais rien fait d’autre que nous avertir de ces dangers : inégalité devant des lois qui ne son plus écrites pour préserver l’égalité des citoyens, danger d’un droit mit au service de l’intérêt d’une poignée de puissants, danger de lois basées sur un état de la société et des technologies (de copie) qui ne correspond plus du tout à la société et à la technologie contemporaines.

Ou encore, relire Lessig : Culture Libre (Free Culture)

On devrait aussi mettre en parallèle ce cas concret, avec le lobbying qui pousse à voter des lois telles que LOPSI, HADOPI, SOPA, ACTA, etc. Parce que si une horreur telle que ACTA était jamais votée, ce conflit entre Gallimard et publie.net semblerait bien… anodin. (Même si je suis tout sauf un fan de Attali, je pense qu’il propose un des résumés les plus clairs des dangers de ACTA.)

Il y a d’autres textes encore, auxquels je ne pense pas sur le coup… On devrait mettre en commun nos lectures sur le sujet, ça vous dirait ?