Gallimard, tu devrais te magner de corriger le tir

Publie.net propose une nouvelle traduction du Vieil homme et la mer par François Bon. C’était un projet qui lui tenait à coeur, le résultat: une traduction magnifique, sobre et dense, qui laisse loin derrière elle la première traduction de Jean Dutourd, publiée chez Gallimard.

Or François Bon vient d’annoncer sur son compte Twitter que les éditions Gallimard lui enjoignaient de retirer cette traduction, alors que cette oeuvre de Hemingway est désormais dans le domaine public. Affaire de gros sous bien évidemment.

Appel à défendre la nouvelle traduction du « Vieil homme et la mer » de Hemingway

Je n’ai pas les tenants et les aboutissants de cette histoire invraisemblable — et je ne suis pas sûr que François Bon ait plus envie que ça d’y revenir — mais si le texte original de Hemingway est dans le domaine public, qu’est-ce qui peut légalement empêcher un éditeur d’en proposer une nouvelle traduction à côté de celle de Gallimard ? Quelqu’un peut m’expliquer ?

Et même si le texte n’est pas dans le domaine public, faut lire la trad pour apprécier la différence, c’est débile. Comme si Gallimard avait à craindre la concurrence d’un tout petit éditeur indépendant qui fabrique des livres électroniques de façon artisanale.

François Bon fait un travail remarquable, et pas que sur cette traduction. S’il laisse vraiment tomber publie.net, nous sommes tous perdants.

Edit : Gallimard versus publie.net

OS X Mountain Lion et Gatekeeper

OS X Mountain Lion est le prochain système qui équipera nos Mac.

En relisant ce que j’écrivais en octobre 2010 (OS X est mort, vive iOS), et en le comparant — en toute mégalomanie — avec ce qu’écrit Gruber aujourd’hui, on pourra me faire remarquer que je me suis trompé quant à la mort de Mac OS X (Apple à quand même viré “Mac” du nom du système).

Gruber a peut-êtreprobablement raison de parler de deux systèmes qui vont cohabiter. Mais, même comme cela, le glissement amorcé avec Lion est plus que poursuivi : OS X s’inspire encore plus de iOS et s’il garde certaines spécificités, ces “inspirations” ne manqueront pas de redéfinir la façon dont nous utilisons nos Mac sous Mountain Lion, ce qui accentuera encore son évolution vers un “iOS like”, à la prochaine version de OS X. Et ainsi de suite.

Je n’ai pas encore installé Mountain Lion, j’attends de pouvoir le télécharger, mais si j’en crois le papier de Gruber, certaines des nouveautés les plus intéressantes sont du côté de la sécurité. Gatekeeper, qu’il mentionne, me paraît assez remarquable :

My favorite Mountain Lion feature, though, is one that hardly even has a visible interface. Apple is calling it “Gatekeeper”. It’s a system whereby developers can sign up for free-of-charge Apple developer IDs which they can then use to cryptographically sign their applications. If an app is found to be malware, Apple can revoke that developer’s certificate, rendering the app (along with any others from the same developer) inert on any Mac where it’s been installed. In effect, it offers all the security benefits of the App Store, except for the process of approving apps by Apple. Users have three choices which type of apps can run on Mountain Lion:
Only those from the App Store
Only those from the App Store or which are signed by a developer ID
Any app, whether signed or unsigned

The default for this setting is, I say, exactly right: the one in the middle, disallowing only unsigned apps. This default setting benefits users by increasing practical security, and also benefits developers, preserving the freedom to ship whatever software they want for the Mac, with no approval process.

En gros, il s’agit de prendre en charge l’installation des applications sur le Mac, tout en douceur : le App Store n’est toujours pas obligatoire pour récupérer une application, mais par défaut seules les apps téléchargées depuis le App Store ainsi que celles signées par leur développeur (Gatekeeper) pourront être installées sur nos Mac, à moins que l’utilisateur modifie un choix dans les Préférénces de sécurité du Mac.

C’est judicieux. Et c’est futé. Le App Store n’est toujours pas obligatoire, ce qui rassurera les anciens — l’utilisateur gardant encore le choix de faire ce qu’il veut avec sa machine. Mais le choix activé par défaut évitera aux nouveaux utilisateurs, ou à ceux qui ne veulent pas se compliquer la vie avec leur Mac (en cherchant à connaître ses options), d’installer n’importe quoi et courir des risques. Une façon relativement simple pour Apple de réduire le risque que n’importe quelle cochonnerie puisse, un jour (c’est un conditionnel), se diffuser sur Mac comme elles en ont l’habitude sous Windows…

C’est un beau coup, de la part de Apple, de réussir à offrir le choix de la tranquillité, sans contraindre les utilisateurs plus expérimentés. Je trouve ça assez génial, en fait. Je reste cependant persuadé qu’à terme le App Store deviendra incontournable, comme il l’est depuis le premier jour sur iOS.

Face à tous ces écrans, le livre n’a aucune chance

Against all those screen, the book can’t measure up

(Philip Roth)

Cette fois il ne s’agit plus de polémiquer sur le fait de savoir si le livre numérique est un mal comparé au livre imprimé traditionnel — “I don’t think the Kindle will make any difference” (je ne pense pas que le Kindle change quoi que ce soit)) — mais bien de savoir si le roman a encore une chance face à d’autres formes narratives, plus visuelles.

Via @iLaurent.

Amplificateur des nibards

Je n’ai pas de Kinect pour tester, mais je ne résiste pas au plaisir de partager avec vous, en ce jour saint du 14 février, ce qui semble bien être un plugin (?) pour avoir de plus gros seins, grâce au Kinect de Microsoft donc.

Joyeuse Saint-Valentin.

Plus d’infos, en japonais, via… je ne sais plus quel site.

Humour potache mis à part, c’est assez intéressant de voir comment on peut détourner un jouet vendu en grande surface, faire d’une simple caméra (une simplicité assez bluffante, mine de rien) chargée d’observer les mouvements du corps des joueurs afin de pouvoir les intégrer dans un jeu vidéo, tout autre chose : un oeil artificiel — j’allais écrire “de chirurgien esthétique” — capable de poser un jugement (perfectible, mais qui pourrait prétendre avoir un jugement infaillible ? ) sur une silhouette, et capable de proposer aux personnes qui en rêvent de se voir (et se montrer) avec une grosse paire de seins.

Bien entendu, on imaginera sans mal que cela puisse être utilisé sur d’autres parties de nos anatomies, et pas que chez les filles.

On peut imaginer que cet outil et d’autres (la vidéo surveillance, la reconnaissance des visages, etc. ou même le petit Siri, qui en est encore à ses balbutiements) prendront de plus en plus de place dans notre quotidien et soient amenés, si pas à décider à notre place, à agir comme des conseillers ou des curateurs chargés de trier, présélectionner, filtrer dans la masse des biens et services offerts à notre consommation ceux qui correspondront mieux à notre silhouette, à notre visage, à la couleur de nos yeux, etc. ou même à nos préférences personnelles.

– Moi (en feuilletant un magazine en rayon) : Pas mal, ce mag sur le point de croix… Je crois que je vais l’acheter.
– Siri (spontanément, depuis le fond de la poche de mon Jeans) : non, non David. Ce magazine est nul. Prends plutôt celui consacré au tricot. Tu verras, il est mieux. En plus, y a un dossier spécial “Tricotez une chaussette pour votre iPhone”, et j’ai froid…

(Ne me demandez pas comment Siri peut voir les différents magazines depuis la poche de mon Jeans. Tout ce que je peux vous dire, c’est que c’est de la haute technologie à base de RFID)

Plus sérieusement, à court terme, ce genre d’outil pourrait devenir le saint Graal de tout département marketing : de la publicité sur mesure et personnalisée, à chaque pas que nous faisons, partout où nous posons les yeux. Google, qui serait sorti du Web, quoi.

On peut même se dire que les séries et les films pourraient être personnalisés, en temps réel, pour chaque spectateur planté devant l’écran : vêtements, objets, coiffures, couleurs des cheveux, etc. Cet aspect devenant rapidement l’élément moteur de toute production : on ferait des films pour facilement promouvoir des gammes de produits ou de services, plus que pour raconter des histoires… Mais ce n’est que de la SF délirante, bien entendu.

The pause

When we fail, it’s because we act on urges without thinking, without realizing it. We have the urge to eat junk, and we do it. We have the urge to check email instead of writing a chapter of our book, and so we open our inbox. We have an urge to smoke, to drink, to do drugs, to chew our nails, to play a Facebook game, to procrastinate, to skip a workout, to eat more fries, to criticize, to act in jealousy or anger, to be rude … and we act on that urge.

What if instead we learned to pause after each urge?

Leo Babauta: The Pause Upon Which All Else Relies

Librement traduit, ça pourrait donner :

Nous échouons parce que nous agissons par pulsion, sans réfléchir, sans en avoir conscience. Une envie de malbouffe, on en mange. L’envie de vérifier son email plutôt que d’écrire un chapitre de notre bouquin, et nous plongeons dans notre boîte de réception. Envie de fumer, de boire, de se droguer, de ronger nos ongles, de jouer sur Facebook, de glander, de sauter une séance d’entraînement, de reprendre des frites, de critiquer, d’agir sous le coup de la colère ou de la jalousie, d’être grossier… Et c’est sur cette pulsion que nous agissons.

Et si, au lieu de ça, nous apprenions à nous arrêter devant chaque envie ?