iMac, je t’aime moi non plus

Le design épuré de l’iMac — avec sa connectique soigneusement cachée à l’arrière de l’écran — est mis à mal par un tout petit détail, oh, un trois fois rien qui semble avoir échappé à l’infaillible vigilance de Apple : cet iMac, on va probablement l’utiliser, et donc y brancher des trucs.

Et là, c’est le drame :

2015 0206 160411 8

C’en est presque à me sentir coupable d’y brancher quoi que ce soit. Cela dit, ce souci esthétique n’est rien à côté du choix totalement imbécile d’avoir aussi placé le lecteur de cartes SD derrière l’écran, ce qui facilite tant le vidage de cartes mémoire.

Je râle — en fait, ça me fait râler depuis environ un an que j’ai acheté cet iMac — mais ça reste la meilleure machine de bureau made in Apple (et aussi, bien entendu, made in PC) que j’aie jamais possédée : silencieuse, pas encombrante, performante, un superbe écran (mais un affreux piège à poussières). Même sa vitre brillante, j’ai fini par m’y habituer.

Je le rachèterais sans hésiter.

Catch up

When we surround ourselves by want it’s natural to buy into it, even if on a subconscious level. The thrill of the hunt and staying hip and relevant is a carrot that will forever be just out of reach.
Lately the more I browse through cool new things online, the more it all blurs together. So, while I will admit am still a sucker for the latest and greatest I have caught myself becoming less and less interested in sites that constantly feature new products because it is starting to make me feel as though I will never catch up.
John Carey: All The Things, via Minimal Mac.

Écrire, c’est lancer des pavés

Au départ, il y a la révolte. (…)
La révolte est une colère intérieure. Une sorte de bouillonnement sourd, difficile à canaliser à travers la parole, alors même que, lorsqu’on a treize ou quatorze ans, tout le monde exige une certaine tenue dans le langage et l’expression des idées. Les idées propres – mais brouillonnes – qu’on émet à l’adolescence sont souvent dis-qualifiées : on est « très jeune » ; on est encore « idéaliste » ; on « ne connaît pas encore la vie ». Tout ça n’est pas faux (je ne vois plus le monde comme à quatorze ans) mais il est faux et cruel de laisser entendre à un adolescent que sa colère et sa révolte vont s’éteindre « naturellement ». En ce qui me concerne, elles sont encore là, bien vivantes.
(…)
Écrire, au début, c’était mettre les pieds dans la mare, c’était crier « j’en ai marre ». Il suffit d’ajouter un « e » et de déplacer l’autre pour transformer « crier » en « écrire » et, au fond, c’est ce que j’ai fait. À quatorze ans, je me suis assis à ma table, j’ai pris un stylo, un cahier, et je me suis mis à aligner un mot, une phrase après l’autre, dans un cahier puis beaucoup, et j’ai écrit un «Je refuse », sur le modèle du « J’accuse » de Zola, dans le souffle brûlant de mes tourments d’alors.
Déjà, j’étais « contre ».
Martin Winckler et Marc Zaffran : Écrire, c’est lancer des pavés

Réticences

Je me répète, j’en ai déjà parlé sur Twitter, mais le projet de François Bon de traduire le carnet de 1925 de Lovecraft — le seul de ses journaux ayant survécu — est passionnant.

Je le lis avec gourmandise, non seulement comme le feuilleton d’un voyage dans ce New York de 1925 en compagnie de Lovecraft, à la découverte de son quotidien. Mais plus encore, et c’est à mon avis ce qui rend cette traduction tout particulièrement passionnante à suivre, pour le choix de François d’accompagner chaque entrée d’une présentation/résumé du New York Times du jour et d’un commentaire qui donne plus de contexte — d’épaisseur ? — aux (très très) brèves entrées du journal de Lovecraft.

Un commentaire qui nous donne étrangement (ou pas, quand on connait le travail de défricheur de François) — à François comme à nous, ses lecteurs — l’occasion de partager avec Lovecraft notre enthousiasme et notre étonnement, mais aussi des doutes et des incompréhensions de bien des choses bien d’aujourd’hui.

Bref, c’est un rendez-vous auquel je me rends chaque fois avec énormément de plaisir, et que je me réjouis de voir se renouveler tout au long de l’année.

Cent quatre-vingt-quatre pages pour le New York Times du dimanche, et un supplément littéraire (avec Cocteau comme représentant de la gastronomie littéraire française) dans lequel Lovecraft doit mesurer à chaque titre la distance infranchissable qui le sépare de la littérature avec représentation sur société, et ça n’a pas beaucoup changé. Mais il y a au moins cette page qu’il a dû lire [note de David: où le journaliste parle de la richesse de l’écriture à la plume, comparée à la dactylographie “mécanique”.] C’est un article intelligent, dont tout le développement semble inaugurer ce qu’on appellera plus tard la génétique des manuscrits. Mais c’est le début que je recopie : la façon dont la machine à écrire provoque les mêmes réserves et réticences que nos ordinateurs soixante-dix ans plus tard.
François Bon : Le carnet de 1925 de Lovecraft, dimanche 18 janvier