Écrire, c’est lancer des pavés

Au départ, il y a la révolte. (…)
La révolte est une colère intérieure. Une sorte de bouillonnement sourd, difficile à canaliser à travers la parole, alors même que, lorsqu’on a treize ou quatorze ans, tout le monde exige une certaine tenue dans le langage et l’expression des idées. Les idées propres – mais brouillonnes – qu’on émet à l’adolescence sont souvent dis-qualifiées : on est « très jeune » ; on est encore « idéaliste » ; on « ne connaît pas encore la vie ». Tout ça n’est pas faux (je ne vois plus le monde comme à quatorze ans) mais il est faux et cruel de laisser entendre à un adolescent que sa colère et sa révolte vont s’éteindre « naturellement ». En ce qui me concerne, elles sont encore là, bien vivantes.
(…)
Écrire, au début, c’était mettre les pieds dans la mare, c’était crier « j’en ai marre ». Il suffit d’ajouter un « e » et de déplacer l’autre pour transformer « crier » en « écrire » et, au fond, c’est ce que j’ai fait. À quatorze ans, je me suis assis à ma table, j’ai pris un stylo, un cahier, et je me suis mis à aligner un mot, une phrase après l’autre, dans un cahier puis beaucoup, et j’ai écrit un «Je refuse », sur le modèle du « J’accuse » de Zola, dans le souffle brûlant de mes tourments d’alors.
Déjà, j’étais « contre ».
Martin Winckler et Marc Zaffran : Écrire, c’est lancer des pavés

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