Réticences

Je me répète, j’en ai déjà parlé sur Twitter, mais le projet de François Bon de traduire le carnet de 1925 de Lovecraft — le seul de ses journaux ayant survécu — est passionnant.

Je le lis avec gourmandise, non seulement comme le feuilleton d’un voyage dans ce New York de 1925 en compagnie de Lovecraft, à la découverte de son quotidien. Mais plus encore, et c’est à mon avis ce qui rend cette traduction tout particulièrement passionnante à suivre, pour le choix de François d’accompagner chaque entrée d’une présentation/résumé du New York Times du jour et d’un commentaire qui donne plus de contexte — d’épaisseur ? — aux (très très) brèves entrées du journal de Lovecraft.

Un commentaire qui nous donne étrangement (ou pas, quand on connait le travail de défricheur de François) — à François comme à nous, ses lecteurs — l’occasion de partager avec Lovecraft notre enthousiasme et notre étonnement, mais aussi des doutes et des incompréhensions de bien des choses bien d’aujourd’hui.

Bref, c’est un rendez-vous auquel je me rends chaque fois avec énormément de plaisir, et que je me réjouis de voir se renouveler tout au long de l’année.

Cent quatre-vingt-quatre pages pour le New York Times du dimanche, et un supplément littéraire (avec Cocteau comme représentant de la gastronomie littéraire française) dans lequel Lovecraft doit mesurer à chaque titre la distance infranchissable qui le sépare de la littérature avec représentation sur société, et ça n’a pas beaucoup changé. Mais il y a au moins cette page qu’il a dû lire [note de David: où le journaliste parle de la richesse de l’écriture à la plume, comparée à la dactylographie “mécanique”.] C’est un article intelligent, dont tout le développement semble inaugurer ce qu’on appellera plus tard la génétique des manuscrits. Mais c’est le début que je recopie : la façon dont la machine à écrire provoque les mêmes réserves et réticences que nos ordinateurs soixante-dix ans plus tard.
François Bon : Le carnet de 1925 de Lovecraft, dimanche 18 janvier

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