Ulysses, qui revient de III

(Woaw, encore un titre génial ! Si, si, car il tisse un lien ô combien subtil entre un célèbre grand paumé de l’Histoire — Ulysse, le rusé renard (mais ayant un sens de l’orientation digne d’une huître) qui, après la guerre de Troie, se perd sur le chemin du retour (notez qu’on l’aide à se perdre, sinon y aurait pas d’histoire), et qui va passer dix ans à essayer de retrouver son chemin (c-à-d autant de temps qu’aura duré le siège de Troie) — et une certaine application et ma propre situation.)

Le couple Ulysses/Daedalus me fait hésiter — je ne sais pas quoi faire.

En fait, ce qui me fait hésiter c’est de renoncer à manipuler mes fichiers TXT moi-même. Leur donner un nom, dire où les enregistrer et, surtout, pouvoir y accéder comme je veux, avec l’application que je veux. Renoncer à quelque chose qui me semble être la raison d’être même des fichiers TXT (et de Markdown) : la compatibilité et la portabilité.

Là où on pourrait voir une innovation, peut-être que j’y vois un repackaging de nos usages d’avant l’utilisation de Markdown et du TXT : travailler dans une app, se lier à une app et pas dans une autre — du moins pas sans manipulations supplémentaires.

Alors que depuis des années mon travail s’organise autour de mes textes — toutes mes apps accédant aux mêmes fichiers, les apps sont des satellites qui orbitent autour de leur soleilmes textes — je devrais recommencer à organiser mon travail autour d’une application : mes textes orbitant autour d’une app.

J’hésite à sauter le pas. Si j’hésite, c’est bien entendu que je trouve le couple Ulysses/Daedalus très efficace et séduisant — si pas sans reproches.

Pourtant, mon hésitation me fait sourire, j’utilise déjà depuis longtemps une autre app qui me “prive” de mes fichiers — une app qui les stocke dans le dossier de son choix (caché), qui leur donne des noms impossibles à retenir et qui me force à exporter mon texte dès je veux l’utiliser ailleurs — et j’adore cette app, dans laquelle j’écris en Markdown.

Cette app, c’est Day One.

Pourquoi une telle différence de jugement de ma part ? Je pense que ça tient dans le type de texte que je confie à Day One et à Ulysses. Un journal — ce qu’est Day One pour moi — est quelque chose de bien plus statique, moins sujet à être édité et manipulé qu’un texte sur lequel je travaille : article de blog, livre ou même liste de courses.

J’y reviendrai.

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3 comments » Write a comment

  1. David pose là une question très importante : qui décide de la façon dont nous organisons nos fichiers ? Il y a quelques années, pour tout utilisateurs Mac, la réponse était évidente : c’est nous-même. Et nous le faisons grâce à un outil fantastique (et sous-exploité) : le Finder.

    Deux éléments ont changé la donne. D’abord, iPhoto et iTunes, des outils dédiés à des fichiers disposant de métadonnées très spécifiques pour lesquelles le Finder n’était pas adapté, imposaient de leur faire confiance pour gérer nos fichiers sons et images. Les professionnels n’étaient pas enthousiastes, à telle enseigne qu’un Aperture donne encore le choix au photographe de gérer lui-même sa photothèque.

    Second élément, iOS bien sûr. Et là, aucun Finder. Or, Apple a vendu ces dernières années bien plus de bidules tournant sur iOS que sur MacOS, pour des marges bénéficiaires supérieures qui de plus est.

    Bref, Apple est désormais convaincu que la grande majorité des utilisateurs peuvent vivre sans gérer eux-mêmes leurs fichiers. Et Apple n’est pas seul dans ce cas : Google trie et classe les emails en fonction de critères statistiques manifestement très appréciés.

    Je n’aime pas cette évolution car elle tend à uniformiser la façon dont nous pensons. C’est bien de cela dont il s’agit : tous ces fichiers sur nos iBidules sont une partie importante de nous-mêmes. Quand il s’agit de chansons achetées, c’est sans doute un moindre mal mais quand il s’agit de nos propres créations (de nos images, de nos textes, de nos outils de gestion), devoir les intégrer dans un workflow aussi normatif ne peut qu’influencer sur l’essence-même de notre travail : sur notre créativité.

    C’est principalement pour cela que je viens d’abandonner ces produits fantastiques que sont Ulysses et Daedalus au profit de ByWord, Drafts et Write… et DayOne pour les mêmes raisons que David.

    Ce soir, la WWDC devrait présenter iOS 7 et MacOS X 10.9. Un Finder gérant pleinement métadonnées et mots-clés, lesquels seraient récupérables sur iOS 7 (par le biais d’un iCloud s’inspirant de DropBox) serait une excellente nouvelle, mais je ne vois aucune rumeur en ce sens.

    Think Different était un joli slogan, mais Think all the same est bien plus rentable…

    • Je n’aime pas cette évolution car elle tend à uniformiser la façon dont nous pensons.

      Il n’y a pas plus d’uniformité dans un monde où tout est “app”, que dans un monde où tout est “fichier”. Tout spécialement chez Apple, qui cherche à mettre en avant les usages possibles.

      N’oublie pas non plus que Jobs a toujours présenté l’approche “à la iOS” (bien avant que iOS existe, un usage sans Finder et sans fichiers) comme celle destinée au grand public, et ça marche du tonnerre… sans “interdire” les outils plus avancés pour répondre aux besoins des utilisateurs experts. Si j’attends la mort du Finder, c’est pour clarifier les choses : on passera par Path Finder, ou une autre app, si on en ressent le besoin sinon on passera par les apps (et c’est clair que, là, iCloud doit évoluer de façon radicale vers plus d’interopérabilité).

      Privilégier l’accès aux données via les apps et pas via les fichiers est depuis très longtemps dans l’ADN de Apple. D’ailleurs, si tu lis les archives du blog, tu verras que c’est un sujet récurrent. Quelque chose qu’a ravivé la sortie de iOS et de l’ipad. Un des plus billets les plus lu sur ce sujet, c’est je crois L’iPad, au-delà de la chasse aux sorcières. Il y en a d’autres, par exemple : Quand la technologie s’efface)…

      Disons que la question me démange avec ces apps dédiées au TXT, un format qu’on aurait pu penser “allergique” à ce changement 😉

      Think Different était un joli slogan, mais Think all the same est bien plus rentable…

      ‘Think different’ a toujours été un slogan publicitaire. Mais Apple est une entreprise différente — et c’est ce qui hérisse le poil de ses détracteurs les plus acharnés. On verra comment elle évoluera, mais tant qu’elle est capable de corriger ses erreurs, comme elle le fait, je continuerai à avoir confiance en son avenir 😉

  2. Il n’y a pas plus d’uniformité dans un monde où tout est « app », que dans un monde où tout est « fichier ».

    Le modernisme nous a appris la finitude du monde. Pour des leaders de marchés, conquérir une nouvelle clientèle devient difficile ; il est nettement plus rentable de vendre de nouvelles choses à une clientèle existante. Optimiser cette dynamique nécessite de transformer les clients en abonnés. Adobe et Monsanto ont sur ce plan exactement la même stratégie que les opérateurs téléphoniques p. ex.

    Je crois qu’un monde « app-centré » sera beaucoup plus uniforme qu’un monde « file-centré » pour trois raisons : 1. Ce paradigme va dans le sens d’une aliénation à un produit non parce qu’il est bon mais parce qu’il rend tellement difficile de transférer des archives ; 2. L’utilisation d’un workflow principalement centré sur une app (et non plus sur un couple app-Finder) nécessite de revoir entièrement son mode de travail si on change de logiciel ; 3. Notre esprit a du mal à voir les « blancs sur la carte » : nous pouvons facilement améliorer un système existant mais très difficilement concevoir quelque chose de radicalement différent. Dans un monde app-centré, tout deviendra comme les outils de photographe (Aperture ou Lightroom) ou de compositeur (Sibelius ou Finale), soient des produits finalement très proches dont on sait que la nouveauté de l’un sera à court terme intégrée par l’autre. Ce faisant, ils occupent toute leur piste de danse et ne laissent guère de place à l’arrivée d’un troisième larron, plus original.

    …/ on passera par Path Finder, ou une autre app, si on en ressent le besoin /…

    Je n’y crois pas du tout. Le rôle principal du Finder est celui d’un biotope qui oriente l’évolution des applications. Si celui-ci disparaît, à quoi bon Path Finder ? Qui déplacera ou renommera ses notes DayOne ou ses playlists iTunes ? Cela n’aura plus aucun sens.

    Comme tu le dis dans ce billet : « J’ai choisi un outil qui ne me prive de rien — si cela devait arriver un jour, je serais le premier à aller voir ailleurs. »

    Et je suis bien d’accord là-dessus !

    Depuis mon premier Mac acheté en 1986, c’est la première fois que j’envisage cette éventualité. Mais je veux pouvoir ranger mes fichiers comme je le souhaite, leur donner le nom et les tags que je veux afin de pouvoir les gérer par la suite individuellement ou collectivement avec les outils que j‘aurai choisis.

    Rogntudju !