Tu faisais quoi, toi, il y a 80 000 ans ?

Pando, lui, il poussait tranquillement :

Pando (qui, en latin, signifie « je m’étends ») est le nom donné à une immense colonie clonale de peupliers faux-trembles (Populus tremuloides), située à l’ouest des États-Unis dans l’Utah.
Cette colonie est considérée comme l’organisme vivant le plus lourd et le plus âgé de la planète, avec un poids estimé à 6 000 tonnes, et un âge de 80 000 ans.
(Pando, Wikipédia FR, plus d’infos en anglais)

Torche-cul et iPad

(Je) suppose que les amis qui m’envoient la vidéo torche-cul me signifient que tout ça ils s’en fichent, ça doit rester dans notre petit monde d’excités et ils se satisfont pleinement de la production marchande, sa diffusion libraire, le petit roman et le petit théâtre comme ils vont dans le déclin du monde. Ça les regarde. Ça fait juste mal parce qu’on les croyait un peu plus avancés mais bon, on les déclique sur Facebook et on sera plus en défiance à leur prochain envoi mail. Mais ça ne me satisfait pas encore.

Un excellent billet de François Bon qui — se demandant pourquoi tant de monde a souhaité lui envoyer cette vidéo en rigolant bêtement — questionne le regard que nous portons sur le numérique : de l’iPad comme papier e-hygiénique.

Cela dit, je mentirais en disant que je n’ai pas rigolé la première fois que j’ai vu la pub. Mais, comme le dit François, l’insistance de certains à considérer cette vidéo comme un sommet d’humour m’a également laissé songeur.

Le droit d’auteur est un archaïsme antidémocratique, rien que ça ?

Si les systèmes de droits d’auteur et de copyright n’existaient pas, faudrait-il aujourd’hui les inventer ? Probablement pas : ils sont difficiles à maintenir, ont une tendance protectionniste et privilégient essentiellement les grandes stars. Ils suscitent des investissements massifs dans des productions qui dominent le paysage culturel, et, finalement, sont contraires à la démocratie.
Pourquoi cela ? Le droit de propriété intellectuelle nous interdit de modifier la création proposée par l’artiste — c’est-à-dire d’entamer un certain dialogue avec l’œuvre —, et nous condamne au statut de consommateur passif face à l’avalanche des expressions culturelles. Le droit d’auteur est un système archaïque.

“Un monde sans copyright… et sans monopole”, page III. Un livre disponible chez Framabook (papier ou électronique, payant ou gratuit).

Je suis un peu surpris de voir ainsi mêlés le droit d’auteur et le copyright, qui me semblent deux choses différentes.

Je suis également surpris d’entendre qualifier “d’archaïque” ce droit d’auteur et la propriété intellectuelle, sous prétexte qu’ils “condamneraient” le lecteur au statut de consommateur : en ce qui me concerne, je ne me suis jamais senti “consommateur” de René Char ou d’Astérix, ni “condamné” à les lire, et cela même si je n’avais pas le droit de les modifier — ce qui ne m’a pas empêché de colorier dans les Astérix quand j’étais enfant, est-ce que ça fait de moi le troisième auteur de ces aventures ?

Je suis encore plus surpris d’apprendre que ce droit d’auteur est “contraire à la démocratie” parce qu’il “nous interdit de modifier la création proposée par l’artiste” : depuis quand l’artiste est-il, lui, “condamné” à ne pas contrôler sa création ?

Je sens que je vais avoir du mal avec un tel point de départ, mais je sais aussi qu’être surpris est une bonne chose : ça aide à regarder autrement ce qu’on a en permanence sous les yeux. On verra si je parviens à terminer ce livre.

Apple, et tous les autres

Dans cette publicité, on

  • Entend une fois le nom iPhone.
  • Vois une fois le logo iPhone.
  • Vois une fois le logo Apple.

Et tous sont regroupés à la dernière seconde de la pub, qui n’est faite que de petites séquences avec une musique d’accompagnement.

Demandons-nous un instant combien de fois nous aurions entendu/vu le nom [Microsoft/Samsung/Nokia/etc.], si l’une de ces compagnies avait fait cette publicité ? Ou plutôt, non : plutôt que nous le demander, allons voir. Je vous laisse compter, si vous y arrivez (attention, il faut bien regarder partout, même des détails dans l’image, et tout écouter) :

Apple est forte parce l’iPhone, comme l’iPad, est devenu le frigidaire, le thermos, le bic de notre quotidien électronique.

Elle n’a pas besoin de répéter à chaque instant, de peur qu’on l’oublie, “voyez, c’est un iPhone de Apple qu’ils utilisent”. Alors que tous les autres doivent rappeler qui ils sont (c-à-d qu’ils ne sont pas Apple, sans jamais la nommer bien entendu) et doivent expliquer pourquoi on devrait s’intéresser à eux :

“Nous sommes pour chacun d’entre-vous.”
“Le smartphone qui vous ressemble.”
“Vous aimerez aller vite.”
“Ben ouais, il est top quoi.”
“Il fonctionne.”

Apple n’est pas forte parce qu’elle vend des gazillions d’iPhone de plus que “la concurrence”, elle est forte parce que tous les autres essayent de vendre leur propre… j’allais écrire “iPhone” !… smartphone, dans un marché que Apple, pourtant dernière arrivée, a façonné.

“Chaque jour, on prend plus de photos avec l’iPhone qu’avec n’importe quel autre appareil photo.” Ce n’est pas une promesse ou l’annonce d’une fonctionnalité révolutionnaire, c’est un constat.

Apple construit un monde, ce n’est pas pour rien que Jobs admirait tant Disney. Un monde dans lequel elle nous invite à venir — y travailler et nous amuser, y vivre — avec sa technologie pour nous y servir.

Cette notion de “bâtisseur de monde” en fera tiquer plus d’un. Peu importe. Disons que c’est une notion plus humble qu’elle ne le semble, une notion familière aux amateurs de SF et de fantasy : la capacité d’un auteur à construire un monde crédible, un espace, une durée, un quotidien dans lequel, le temps d’une lecture ou d’un visionnage, on peut s’immerger et penser y vivre. Ce quotidien que façonne Apple, il n’est pas littéraire et il ne se vit pas au futur (ou au passé). Il se vit au présent. Et s’il n’est pas magique non plus, il n’est pas sans beauté.

Et comme toutes les créations — livre ou film ou iPhone — c’est une proposition, une invitation, à laquelle on choisira, ou pas, de répondre.

Sur le même sujet : Quand la technologie s’efface.

C’est bien la première fois que j’ai envie d’un téléphone Android

Et si j’ai envie d’un téléphone Android, c’est uniquement parce que j’aimerais voir le jeu dont il est question, parce que je suis bluffé par la réaction de Nintendo. Comme le dit Kyle Orland, peu importent leurs motivations réelles, c’est sympa de voir Nintendo tenter de régler ça avec le dev, plutôt que de lui jeter une armée d’avocats à la tronche.

Regardless of the motivations, it’s nice to see Nintendo working with a developer to fix the issue rather than simply throwing its legal weight towards obliterating all traces of the game.
Nintendo works with dev to remove Yoshi lookalike from Android game