En rue, il y a quelques minutes de ça, me faire sermonner à propos de mes sacs de courses en plastique “qui polluent la nature pour des siècles” par un couple d’écolos, deux petits jeunes de 20-25 ans. Leur sourire. Ce qu’ils prennent pour une invitation à me gratifier d’un discours moralisateur. Les écouter une petite minute. Les interrompre. Leur demander si, à leur avis, mes sacs polluent plus que les camions utilisés pour transporter depuis le Maroc leurs jeans artificiellement et chimiquement vieillis par des ouvriers sous-payés et sans protection, ou si mes sacs polluent plus que les cargo géants utilisés pour amener jusqu’ici leur t-shirt à 10€ made in quelque part en Asie, ou leur smartphone made in China, ou si utiliser un sac comme poubelle pollue plus que leur ordinateur connecté à Internet — avec les km de câbles, les milliers de serveurs, routeurs, relais allumés et refroidis 24h/24 dans l’unique but de leur permettre de débattre de questions existentielles sur Facebook. Les écouter bafouiller un “c’est pas la même chose”, avant de s’éloigner en se rassurant l’un l’autre en m’injuriant — j’ai pu saisir des bribes de “vieux”, de “con” et de “gros” et quelques variantes mais rien qui mérite une ovation.
L’écologie, c’est pas la caricature qu’en dressent les media — enfin, ceux qui font le plus de bruit.
Etre écolo, ce n’est pas cracher au visage des autres tes certitudes qui ne sont souvent qu’un amalgame branlant de propos contradictoires entendus ici et là. Ce n’est pas non plus mépriser ceux qui ne partagent pas ta vision du monde. Etre écolo, ce n’est pas juger de la qualité d’une personne sur sa silhouette ou son âge. Ça, c’est être un con — jeune ou vieux, l’âge n’y change rien.
L’écologie, au sens strict, c’est la science qui étudie les êtres vivants dans leur milieu et les interactions entre eux — ce n’est pas la chasse aux sorcières. L’écologie, c’est prendre conscience que c’est rarement la faute des autres quand quelque chose va mal.
Etre écolo, c’est commencer par enlever le baobab qu’on a dans l’oeil, avant de critiquer le bonsaï dans l’oeil de son prochain.
Pour ce qui est de ma connerie, je suis mal placé pour la juger : j’en connais un(e) ou deux qui seront d’accord avec eux. Pour ce qui est de mon âge… 43 ans en juillet, je me sens moins vieux que certain(e)s gamin(e)s de 20 ou 30 ans déjà bien ancrés dans d’inquiétantes certitudes et routines.
Mais ils n’avaient pas tort, pour les sacs.