Dans l’arrière-boutique des nègres littéraires

Stéphane – Quand j’étais jeune journaliste, j’avais interviewé Nathalie Sarraute. Elle parlait du racisme : « franchement, si vous imaginez dans 150 ans, tous les gens qui sont là seront des squelettes, et moi je ne saurai pas distinguer dans un squelette qui était un noir, qui était un blanc. » Hé bien, dans la négritude, il y a quelque chose de cet ordre-là. Cette vérité, c’est le moment où l’on voit se gommer beaucoup de choses qui s’expliquent, et on arrive à une espèce d’os blanc qui est… l’appartenance à l’humanité. Et on le voit chez un animateur télé répugnant, chez une pute martyrisée… Cette blancheur de l’humanité, si vous faites bien votre boulot, c’est ce à quoi le cutter arrive, et c’est ce qui fait l’empathie. C’est pour ça que je pense que c’est un boulot d’humanité. C’est pas que je suis compassionnel. Quand quelqu’un est dans la merde, j’attends que ça se passe, je ne suis pas du tout un bon samaritain. Mais, ce que je sais, c’est qu’on fait le voyage vers l’os. On fait le voyage vers l’humanité.

Dans l’arrière-boutique des nègres littéraires, via @CultOrd.

L’écologie n’est pas au fond de mon sac

En rue, il y a quelques minutes de ça, me faire sermonner à propos de mes sacs de courses en plastique “qui polluent la nature pour des siècles” par un couple d’écolos, deux petits jeunes de 20-25 ans. Leur sourire. Ce qu’ils prennent pour une invitation à me gratifier d’un discours moralisateur. Les écouter une petite minute. Les interrompre. Leur demander si, à leur avis, mes sacs polluent plus que les camions utilisés pour transporter depuis le Maroc leurs jeans artificiellement et chimiquement vieillis par des ouvriers sous-payés et sans protection, ou si mes sacs polluent plus que les cargo géants utilisés pour amener jusqu’ici leur t-shirt à 10€ made in quelque part en Asie, ou leur smartphone made in China, ou si utiliser un sac comme poubelle pollue plus que leur ordinateur connecté à Internet — avec les km de câbles, les milliers de serveurs, routeurs, relais allumés et refroidis 24h/24 dans l’unique but de leur permettre de débattre de questions existentielles sur Facebook. Les écouter bafouiller un “c’est pas la même chose”, avant de s’éloigner en se rassurant l’un l’autre en m’injuriant — j’ai pu saisir des bribes de “vieux”, de “con” et de “gros” et quelques variantes mais rien qui mérite une ovation.

L’écologie, c’est pas la caricature qu’en dressent les media — enfin, ceux qui font le plus de bruit.

Etre écolo, ce n’est pas cracher au visage des autres tes certitudes qui ne sont souvent qu’un amalgame branlant de propos contradictoires entendus ici et là. Ce n’est pas non plus mépriser ceux qui ne partagent pas ta vision du monde. Etre écolo, ce n’est pas juger de la qualité d’une personne sur sa silhouette ou son âge. Ça, c’est être un con — jeune ou vieux, l’âge n’y change rien.

L’écologie, au sens strict, c’est la science qui étudie les êtres vivants dans leur milieu et les interactions entre eux — ce n’est pas la chasse aux sorcières. L’écologie, c’est prendre conscience que c’est rarement la faute des autres quand quelque chose va mal.

Etre écolo, c’est commencer par enlever le baobab qu’on a dans l’oeil, avant de critiquer le bonsaï dans l’oeil de son prochain.

Pour ce qui est de ma connerie, je suis mal placé pour la juger : j’en connais un(e) ou deux qui seront d’accord avec eux. Pour ce qui est de mon âge… 43 ans en juillet, je me sens moins vieux que certain(e)s gamin(e)s de 20 ou 30 ans déjà bien ancrés dans d’inquiétantes certitudes et routines.

Mais ils n’avaient pas tort, pour les sacs.

Les bureaux de quelques fameux auteurs de SF

Une sélection qui est à voir sur io9 : Famous Scifi And Fantasy Authors In Their Workspaces.

Celui qui me fait rêver, depuis toujours, c’est le bureau de Neil Gaiman, une petite cabane au milieu de son (grand) jardin, un stylo et un cahier :

Ku Xlarge
(via Craig Lassig/Associated Press and Shedworking)

Une recherche sur Google vous donnera quelques autres images de son bureau et de sa — splendide, merveilleuse, irrésistiblement accueillante — bibliothèque.

Dans le genre hardcore geek, pour rassurer les amateurs de technologies, on retiendra celui de Terry Pratchett :

Ku Xlarge 1
(via Independent/George Wright)

Des carnets, des stylos, des machines à écrire, des ordinateurs PC et Mac. Pas d’iPad. Les “fameux” auteurs de SF de demain doivent sans doute encore se faire connaître 😉

Byword 2

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Byword 2 est tout neuf, il n’est pas parfait ni complet, mais c’est une de ces apps qui — comme Ulysses III, alors que ce sont deux apps très différentes — me fait me dire que tout reste à inventer et à expérimenter sans a priori, avec de nouveaux outils, dans notre façon d’écrire et de publier à cheval entre le Mac et l’ipad et l’iPhone.

Sans doute un peu trop cher, surtout vu certaines limitations de son module de publication, dont je parle dans mes premières impressions — à lire sur tiaaft.