Lire ses ebooks à l’oeil, chez le libraire

Barnes and Noble ont annoncé le Nook, leur liseuse concurrente au Kindle de Amazon. 

L’appareil semble intéressant, mais ce qui compte c’est que Barnes and Noble c’est des magasins (des murs et une porte) et qu’ils semblent vouloir tirer profit de ça pour se distinguer du Kindle et de Amazon :

The Nook also has software that will detect when a consumer walks into a store so that it can push out coupons and other promotions like excerpts from forthcoming books or suggestions for new reading. While in stores, Nook owners will be able to read any e-book through streaming software.

Ce qui donne :

Le Nook dispose également d’un logiciel qui pourra détecter que le client entre dans un magasin, de façon à lui proposer des bons de réductions et d’autres promotions, comme des extraits de livres à venir ou des suggestions de lectures. Tant qu’il sera dans le magasin, le propriétaire du Nook pourra lire n’importe quel e-book via un logiciel de streaming.

Via le NYT.

Comprenez que, comme avec le bon vieux livre imprimé, le client pourra lire ce qu’il veut du bouquin tant qu’il sera dans la librairie, feuilleter sans contrainte, lire de la première à la dernière page (chez mon libraire, il y a deux fauteuils). 

C’est brillant, une façon de promouvoir les boutiques — et aussi une bonne idée pour ceux qui se demandent à quoi pourront bien servir nos libraires dans un monde de livres numériques — et, je trouve, une belle façon de faire la nique à Amazon 🙂

C’est brillant, mais en même temps je ne peux pas m’empêcher de trouver ça déprimant. 

Ce serait agréable que le progrès technologique, comme la dématérialisation des livres, ne nous impose de tout “réinventer” ou redécouvrir comme s’il s’agissait de fonctions ou d’options à valeur ajoutée : feuilleter un livre sans contrainte ? Ouais… mais je ne vais pas acheter une liseuse pour un truc que je fais depuis que je sais tourner les pages d’un livre… 

La prochaine fois, il nous proposeront des “e-tagères” pour ranger nos e-books ? 😉

N’empêche, c’est bien joué.

Clones

Le film, avec en vedette Bruce Willis et un tas de pixels.

Notez que le film aurait aussi bien pu s’appeler “Champignons des bois” ou “Dénoyauteur à olives” — si l’humanité avait trouvé un moyen d’envoyer bosser à sa place des dénoyauteurs à olives ou des champignon (ce serait mignon des cohortes de champignons sautillants dans les rues pour aller bosser, des champignons entrant chez l’esthéticienne pour se faire raviver la couleur des pois ou changer de chapeau) — parce que le côté “clones” n’est qu’un prétexte à un polar/thriller pas très intéressant : on tue par erreur le fils de Machin. A qui profite le crime ? Et que manigancent les méchants industriels et l’armée ?

La SF n’est là que pour faire exotique, et pour permettre à Bruce Willis (et à une bimbo en talons hauts) de faire des bons de plusieurs mètres sans être décoiffé.

C’est malheureusement très fréquent dans le cinéma soi-disant de SF, à de précieuses exceptions près. C’est dommage car l’idée (les clones qui vivent à notre place) est intéressante mais vidée de ses tripes, comme un poisson crevé couché sur son lit de glace à l’étal du poissonnier évoquerait les aventures de “20 000 lieues sous les mers”.

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Je suis enceinte ? C’est Linux le père!

Les femmes enceintes ont des envies bizarres, à  ce que l’on raconte.

Je dois être enceinte : je meurs d’envie d’écrire un bouquin sur/autour de Linux. Pas pour le taff (à ce niveau, on a une ou deux bonnes choses en route, vous verrez bientôt 😉 ) mais pour moi, par plaisir. Un truc qui change des bouquins informatiques habituels. Je vois déjà certaines pages…

Je prendrai bien des cornichons, aussi 😉

Après avoir joué à 1984, Amazon se lancerait dans l’écriture automatique des textes ? Et si on sponsorisait Proust?

John Scalzi pointe vers un brevet déposé par Amazon qui permettrait, explique Scalzi (je traduis à la volée), de créer des extraits de texte via un :

“système ou une méthode pour promouvoir du contenu”, dans lequel le texte d’un e-book pourrait être légèrement modifié pour chaque téléchargement de façon à la différencier des autres copies — et donc, si le document était lâché sur Internet, cela permettrait en théorie de remonter jusqu’à la source. C’est comme le watermarking, sauf qu’en faisant ça vous changez le sens du texte.

Le brevet laisse entendre que “la modification d’un extrait à l’aide d’une mécanisme de substitution par un synonyme ne devrait pas modifier modifier de manière significative de l’extrait pour un lecteur humain”.

Ca ne devrait pas changer le sens du texte… Ouais, pas plus que supprimer un e-book légalement acheté ne supprime la notion de propriété privée ?

D’un point de vue publicitaire, le potentiel est énorme ! De quoi rentabiliser les plus belles pages de la littérature:

Ce goût c’était celui du petit morceau de Twix que le dimanche matin à Combray (parce que ce jour-là je ne sortais pas avant l’heure de la messe), quand j’allais lui dire bonjour dans sa chambre, ma tante Léonie m’offrait après l’avoir trempé dans son infusion de thé ou de tilleul. La vue de ce Twix ne m’avait rien rappelé avant que je n’y eusse goûté; peut-être parce que, en ayant souvent aperçu depuis, sans en manger, sur les tablettes des pâtissiers, leur image avait quitté ces jours de Combray pour se lier à d’autres plus récents ; peut-être parce que de ces souvenirs abandonnés si longtemps hors de la mémoire, rien ne survivait, tout s’était désagrégé, les formes – et celle aussi du petit coquillage de pâtisserie, si grassement sensuel, sous son plissage sévère et dévot – s’étaient abolies, ou, ensommeillées, avaient perdu la force d’expansion qui leur eût permis de rejoindre la conscience.
(Proust, “Du côté de chez Swann”, une édition qui vous est offerte par Twix)

Prochaine étape logique, faire écrire les romans en entier par la machine ? Il suffira d’installer Scenar-O-Matic (compatible Mac et Windows), avec en option les modules Personnages 1.0 et Rebondissements 3.2.

On nage en plein délire… Il est urgent de se poser des questions sur ce que nous voulons et sur la société qu’on veut construire. Chacun d’entre-nous. Evidemment, pour certains ça impliquera de cesser de penser avec leur porte-monaie, ou avec leur petit nombril de moi-aussi-je-veux-être-une-star.