Encourager la lecture des traductions ?

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The Constant Gardener, 5.76$ en Kindle sur Amazon. Sa traduction française, La constance du jardinier, en Kindle sur Amazon toujours : 11,42$. Deux fois plus cher, donc.

Fr

Désolé, les éditions du Seuil — autant je souhaite vraiment lire plus souvent en français, y compris des traductions — mais, là, je vais passer mon tour.

Faut bien payer le traducteur ? Bien sûr. Mais faudrait aussi que je puisse me payer le livre, pour commencer.

J’aimerais beaucoup, tel un Jésus du porte-monnaie, pouvoir multiplier les billets de banque comme l’autre Jésus, dit-on, de son temps multipliait les petits pains (et les sermons), mais ces messieurs-dames de la Banque de France l’auraient sans doute mauvaise de me voir jouer de la photocopieuse. Même au nom — noble entre tous — de l’accès à la Culture.

Ce sera donc dans l’original, plutôt que dans sa traduction, que je lirai mon premier roman de John Le Carré. Mais ce sera quand même sur le Kindle.

La tête (plus tellement) dans les nuages

Icloud

J’avais déjà renoncé, depuis longtemps, à la syncro des photos à la sauce Apple, c’est maintenant iCloud Drive qui passe à la trappe. Marre des petits soucis à répétition : le cloud, si ça ne marche qu’à peu près, c’est que ça ne marche pas du tout.

Un jour, Apple aura un cloud qui fonctionne. Enfin, je lui souhaite. En attendant, je prends un peu de recul, histoire de faire le point sur mon usage et sur la place du cloud dans ma boite à outils.

Je continue à utiliser son cloud pour les contacts, calendriers, mails et pour Safari. Ce sont mes fichiers, les textes et les photos, donc, que je ne confie plus à Apple.

En clair, je lui retire tout ce qui est irremplaçable : je peux redemander ses coordonnées à un contact, retrouver un signet sur Internet, vérifier un RDV avec un contact, etc. Mais je ne peux pas récupérer un fichier disparu ou corrompu, je ne peux pas “recréer” un fichier qui refuse de synchroniser, pour continuer à travailler dessus.

Comme alternatives à iCloud Drive, il me reste :

  • Dropbox — sauf que la version gratuite est trop petite.
  • OneDrive — avec 50Go offerts (dans mon cas) ou, plus encore, avec 10 To (abonnement Office 365) plus la promesse d’un espace illimité à venir, c’est pas comme si je risquais de manquer de place. Génial, sauf qu’il souffre de cette #@/$?! de limite à la *@! sur la longueur maximale des noms de fichiers (bienvenue chez Microsoft).
  • Pas de cloud. Plus de cloud.
    Et par la même occasion, accessoirement, dire “non, merci” à celles et ceux qui s’imaginent que, parce que je le passe en ligne, chaque jour est une journée portes ouvertes sur ma vie privée.

Plus de cloud ? Quelle idée géniale

Enfin, peut-être ou peut-être pas, je ne sais pas : je vais essayer. Le plus gros souci, au quotidien, ça va être pour Day One (j’y reviens, longuement, dans un prochain article) et pour Ulysses, que j’utilise pas mal depuis l’iPhone et l’iPad.

Mais, je le répète, virer mes fichiers du cloud — virer mes fichiers, c’est autre chose que d’arrêter d’utiliser tous les services en ligne, dois-je le préciser ? — c’est aussi l’occasion de faire le point sur le contenu de ma boite à outils : Mac, iPhone et iPad compris.

Un droit d’accès à mes fichiers

Quand on achète un ebook sur Amazon (et sur pas mal d’autres sites) on achète en réalité un droit de lecture, un droit d’accès à l’ebook. On ne possède donc pas un livre numérique, comme on possède un livre papier qu’on achète. C’est pour cela que Amazon a pu, il y a quelques années, virer le roman “1984” de la liseuse de ses clients (on en parlait, ici, en 2009).

En réalisant que je dépendai de plus en plus des choix de Apple (ou de Microsoft ou d’autres) pour pouvoir profiter de leur cloud, je me suis dit que ce n’était pas loin d’être la même chose — sauf qu’il s’agit de payer pour avoir un droit d’accès à “mes” fichiers.

En effet, en dehors même du coût du stockage au-delà de l’offre gratuite basique, pour se connecter à iCloud Drive il faut posséder une machine assez récente pour faire tourner OS X Yosemite, et il faut un iPad et un iPhone assez récents pour faire tourner iOS 8.

Si Apple est plutôt un bon élève en terme de compatibilité avec les anciennes machines, j’avoue que j’ai un peu de mal à me faire à l’idée que iCloud Drive ne soit compatible qu’avec la toute dernière version de ses systèmes d’exploitation. Ce n’est pas le message que j’aurais aimé entendre.

Que se passera-t-il le jour où je ne voudrai, ou ne pourrai, plus me payer du matériel assez récent pour profiter du cloud ? Il ne se passera rien, me direz-vous, je n’aurai qu’à renoncer au cloud. Justement, pourquoi ne pas essayer de m’en passer tout de suite ? Ou chercher une solution alternative.

Sortis du cloud, mes fichiers redeviennent mes fichiers. Sans le confort du cloud, ce cordon ombilical qui les relie — et moi aussi, par la même occasion — à leur société mère, l’ordinateur et la tablette redeviennent mes outils, et plus des outils mis à ma disposition jusqu’à leur prochaine mise à jour, ou la suivante.

Très naïvement, je pense que le consommateur a son mot à dire sur l’évolution des produits et les choix des entreprises, je pense tout aussi naïvement qu’il détient un vrai pouvoir : celui d’utiliser ou pas les produits ou services qu’on lui propose, le pouvoir de ne pas acheter. Et d’en parler.

J’ai adopté le “cloud” il y a des années, j’ai fait la promo de Dropbox dans mes journaux alors qu’elle n’était encore qu’en bêta. J’ai publié un paquet d’astuces et de suggestions pour tirer le max des différents outils, ici même. Ce n’est donc pas comme si j’y étais allergique, ou comme si j’étais un luddite amoureux de son silex taillé ou nostalgique d’un hypothétique bon vieux temps. Et je n’ai pas besoin de cacher ou réécrire la moitié de ce que j’ai pu publier, pour pouvoir affirmer ça.

Le cloud — qui n’est qu’un mainframe enrobé de marketing, sur lequel se connectent des terminaux dotés d’une chouette interface, hein — est un outil génial. C’est frustrant de s’en passer.

Mais je pense aussi que ce cloud, si il doit se transformer en quelque chose de pérenne, doit être repensé pour réduire les dépendances qu’il crée — dépendance à une marque ou à une autre, dépendance à la mise à jour (trop) régulière des appareils aptes à s’y connecter.

Du moins, c’est que j’ai en tête quand je pense à mes données : si le cloud prétend devenir mon disque dur en ligne, il doit d’abord devenir un disque dur tout court : quelque chose que je peux brancher sur la machine de mon choix, y compris des modèles pas forcément les plus récents. (Il faudrait aussi s’attaquer à la question de la vie privée et de l’intimité. Mais c’est un tout autre sujet, et pas forcément de la façon dont on en parle beaucoup trop souvent…)

C’est caricatural, je sais (d’autant plus que mon exemple du disque dur comme standard tombe à l’eau : de plus en plus de machines n’utilisent plus le format classique de disque dur). Peu importe. J’espère que vous aurez compris que ce billet est une réflexion à voix haute, que je partage avec vous. Aucune conclusion, aucune affirmation. Aucune condamnation.

Decoding Apple as a luxury tools company

The luxury maker doesn’t really fear hearing that her food isn’t cutting edge. On the other hand, she lives in fear that she won’t be seen as an essential choice by the fashionable elite. And the tool maker works to avoid the opposite problem.
(…)
It’s possible (but unlikely) that Apple will become the first long-term cutting-edge tool maker that simultaneously exists as a profitable luxury brand. It’s unlikely that your firm will pull that off as well.
At some point in the evolution of every luxury brand, the users who care more about tools than about luxury begrudgingly shift away to more functional options. Not all at once, but it has always happened (so far).

Seth Godin: Decoding Apple as a luxury tools company

Ma liseuse ne vieillit pas

Ce matin, je lisais ce que François dit de ses liseuseset là.

Ce soir, en rouvrant mon Kindle Paperwhite — le modèle de 1ère génération, qui me suit fidèlement depuis sa sortie — sur lequel m’attendait sagement, acheté chez un petit éditeur indépendant et directement envoyé par email, une nouvelle anthologie de SF, je me disais que j’étais bien d’accord avec François sur l’importance de cet objet/outil et sur son étonnante durée de vie.

Durer, c’est pas très fréquent de côté-ci des pixels. Je ne sais pas si les liseuses existeront encore demain, ou si elles seront écrasées par les tablettes multifonctions — les deux coexistent chez moi, mais c’est clairement un luxe que je m’offre.

Ce que je sais c’est que, aujourd’hui, la liseuse est peut-être bien le seul appareil électronique qui ne nous fasse pas sentir qu’il est toujours déjà obsolète et qu’il est urgent de penser à le renouveler. D’ailleurs, mon ancien Kindle, un modèle pré-Paperwhite, fonctionne lui aussi toujours très bien, même si ce n’est plus moi qui l’utilise.

Peut-être n’est-ce possible que parce que le livre, même électronique, n’est plus depuis longtemps une technologie qui change tant que ça ? Ou alors parce que le livre électronique se réduit encore trop souvent à n’être qu’un clone timide du livre papier ?

Ou, peut-être, est-ce parce qu’il est possible d’envisager la technologie — et sa consommation — autrement que comme une course à la nouveauté et aux mises à jour permanentes ?

Une réflexion pas complètement stupide, à mon avis, quand on est à la veille de choisir de confier la garde de toutes nos données “au cloud” — donc à des entreprises qui décideront, seules, des spécifications minimales des machines avec lesquelles nous serons autorisés à nous connecter à “nos” données.

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Sur le même sujet : Le meilleur appareil pour la lecture, un point c’est tout.