En tant qu’étranger (mais pas trop, je suis Européen), en tant que Belge (un étranger rigolo, donc) vivant en France, je dois dire que la dernière… euh… proposition de l’UMP a eu le mérite de m’interpeller.
Que ce soit clair, je ne me vois pas jurer allégeance à une arme quelconque, fut-elle à chenilles avec un gros canon ou sous la forme d’un blason, ou même d’un drapeau qui claque au vent.
Par contre, je veux bien promettre de défendre la France. Faut juste s’entendre sur ce que c’est, la France, et ce pour quoi je vais essayer de faire entrer ma volumineuse bedaine dans la tenue ô combien virile d’un militaire — à moi le défilé sur les Champs Élysée, et les baisers passionnés des jolies Françaises libérées du joug de… quel oppresseur, déjà ?
Plutôt que de jurer “allégeance aux armes de la France”, et promettre d’aller me faire trouer la panse pour défendre Dieu sait quoi Dieu sait où — c’est quoi “la France”, en Afghanistan ? Et pourquoi on ne défend pas aussi “la France” sur les marchés financiers ? Après tout, ils font beaucoup de mal au peuple et au pays : on n’a qu’à envoyer le Charles de Gaulle attaquer Standard & Poor’s, ça calmera les autres; ou bombarder le bureau de quelques traders et spéculateurs un peu trop excités. On pourrait aussi envoyer une ogive ou deux sur la Chine, histoire d’encourager les entreprises à “démondialiser” et à revenir dare-dare en France, à l’abri des radiations… Vous voyez ? Moi aussi j’ai d’intelligentes idées patriotiques. Je devrais entrer à l’UMP.
Bref, si le souci de Mr Hervé Mariton (le député qui semble à la base de cette idée) est de créer un lien fort entre chaque (futur) citoyen et la douce France — cher pays de mon enfance. Bercé de tendre insouciance, je t’ai gardé dans mon cœur — je lui propose plutôt de nous faire prêter serment sur un autre texte, qui a fait ses preuves ailleurs, et dont je traduis cet extrait à la volée (donc mal) :
Nous tenons ces vérités pour évidentes, que tous les hommes sont créés égaux, qu’ils ont reçu de leur créateur certains droits inaliénables, parmi ceux-ci la vie, la liberté et la recherche du bonheur. Et que pour garantir ces droits les gouverments sont institués parmi les hommes, prenant leur autorité légitime du consentement des gouvernés. Et que, si quelque forme de gouvernement devient jamais destructrice de ces fins, c’est le droit du peuple de le modifier ou de l’abolir, et d’instituer un nouveau gouvernement, établissant ses fondations sur des principes et dans les formes les plus à même de garantir leur sécurité et leur bonheur.
Ce texte ne demande de jurer allégeance à aucune autorité, à aucun drapeau, à aucun chef, à aucun uniforme, mais il nous rappelle pourquoi les nations existent et méritent d’être défendues. Et comment les défendre. Ce texte, c’est la Déclaration d’indépendance des États-Unis.
Sur ce texte, je veux bien jurer, et la main sur le coeur avec ça. Car si un jour des élus ou des guignols enturbannés d’un ruban tricolore ou bleu à étoiles oubliaient qu’ils n’existent que pour garantir ces droits-là (et pas pour faire carrière ou s’enrichir, ni pour favoriser leurs amis), ce sera la main sur le coeur que j’offrirai mon aide (et mon pied) aux citoyens qui décideraient de chasser ces incompétents de leur trône de pacotille, à grands coups de pied dans le cul.
J’aime la France, celle de 1789 et des droits de l’homme, celle des arts et des lettres, celle où j’ai pu m’installer pour vivre et travailler sans rien promettre à personne — j’aime sensiblement moins celle des uniformes, fussent-ils kaki au lieu d’être noir ou brun.
L’UMP, et toi monsieur le député Mariton, la seule promesse que je vous fais c’est de dire tout haut le mépris et la honte que tout cela m’inspire. Mais rassurez-vous : je ne suis pas un électeur.
J’ai râlé, ça fait du bien. Mais nous ne faisons pas aussi bêtes qu’ils s’imaginent que nous sommes.
Il est évident que cette histoire est une vaste couillonade, une diversion — n’importe quel enfant ayant fait une connerie vous le dira : il vaut mieux se faire gronder pour avoir volé le pot de confiture planqué en haut du placard de la cusisine, plutôt que pour avoir foutu le feu à la maison en faisant tomber cette saloperie de placard sur la bouteille de gaz de la cuisinière, en grimpant dessus pour essayer d’attrapper cette putain de confiture aux myrtilles qu’est vraiment trop bonne (maman).
La branlette démagogique devrait ête punie par la loi, elle est une injure à l’intelligence des Français. Cela dit, punie ou pas par la loi, elle peut-être sanctionnée par le vote des électeurs…
Naïf inside…