Joyeux ce que je veux, avec Shakespeare en français

2014 1231 w 111040 2822 Shakespeare, Sonnets. Traduction de Frédéric Boyer, P.O.L (Amazon).

Sympa. Vous me direz, ce serait fort de ne pas apprécier un cadeau que je m’offre à moi-même — qu’est-ce que c’est ? me dirais-je à moi-même en soupesant le paquet cadeau. Un livre ! m’écrierais-je en le déballant, pas complètement surpris mais réellement ravi. Ne pas apprécier ce cadeau que je me suis choisi avec tant de soin, ce serait un peu comme de se marcher sur les pieds en dansant un slow avec soi-même.

Traduire n’est pas une simple opération linguistique. C’est d’abord une forme d’engagement, une confrontation sur un sol nouveau avec une patrie qui ne sera jamais tout à fait la nôtre. Mais en nous déportant dans l’autre langue d’uen oeuvre nous apprenons alors que nous n’étions d’aucun sol particulier, d’aucune patrie. Traduire et retraduire, est une nécessité pour nous sauver, collectivement et individuellement, de l’oubli dans lequel nous sommes. Nous sommes oubliés des oeuvres et de leurs langues. Les retraduire c’est (… leur) faire dire : faites-vous entendre en nous, réveillez-nous, je vous prends dans mes mots, dans la langue imparfaite et inachevée.
(Frédéric Boyer)

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