(Phraseology) Gérer ses fichiers sur iOS : une ère post-PC, vraiment ?

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Je suppose que ce ne sont pas les tests de la nouvelle version de Phraseology (en promo à 1.99€) qui vont manquer, qui listeront ses nouvelles fonctions et scruteront son confort d’écriture, avec plus ou moins de sérieux. Ce n’est pas ce qui m’intéresse ici.

Le détail qui retient mon attention ne concerne qu’à peine Phraseology (qui semble être une excellente application, d’ailleurs je me la suis offerte) et absolument pas le fait d’écrire — avec ou sans Markdown.

Ce qui retient mon attention, c’est une phrase extraite du site Web de Phraseology, où le développeur parle de ce qu’apporte la nouvelle version de son application :

Phraseology retains its lightweight approach to document management and organization. You can create an unlimited number of documents, which can reside in your main document list, or be archived. The document browser has been extended and now supports full text search of documents and adds the ability to sort your document list by created, modified, accessed date or title.
(From Phraseology 2.0 website)

En résumé, et en français : avec Phraseology nouvelle version, l’on peut créer un nombre illimité de fichiers, le navigateur de fichiers a été amélioré et permet à présent de faire une recherche en plein texte (sur le contenu, pas seulement le nom) et permet de trier les documents sur leur titre ou leur date de création/modification ou d’accès.

Super. Ce n’est pas le seul développeur à ainsi recréer un ersatz de Finder dans son application, pour nous laisser gérer nos fichiers.

Certains, comme ici, en s’obstinant à travailler avec des fichiers traditionnels. D’autres, comme les petits génies de chez Ulysses/Daedalus Touch, en utilisant une sorte de base de donnée ou, au moins, en masquants les fichiers derrière une interface graphique (si vous regardez sous le capot de Ulysses/Daedalus, ce sont toujours des fichiers TXT, sauf que l’app y accède seule, nous laissant uniquement modifier le texte contenu; ça pourrait donc aussi bien être une base de données).

Peu importe la façon. Ne serait-ce pas le signe d’un problème quand, comme innovation, chaque développeur dans son coin pense devoir réinventer ce qu’un système d’exploitation est censé faire pour tout le monde ? Comme de nous laisser chercher et trier nos fichiers :

Finder
Sur un Mac, ce n’est pas dans TextMate, dans TextEdit ou encore dans Word que je trie ou cherche dans mes fichiers. C’est dans le Finder.

Mais oui, c’est vrai, suis-je bête : j’oubliai que le Mac c’est l’ère pré-iPad, et que l’iPad c’est l’ère post-PC (et Mac) dans laquelle, grâce à iOS Apple souhaite supprimer la métaphore du fichier pour nous encourager à adopter une nouvelle façon de faire : en étant toujours dans une app. Le fichier n’existant plus qu’à travers l’app qui a servi à le créer, plus en lui-même.

C’est pas plus con, si vous me demandez mon avis. Alors, ma remarque est débile, si je suis d’accord avec Apple ? Pas complètement, il suffit de la reformuler :

Peut-être le succès des apps qui essayent de réinventer un mini-Finder — de recréer chacune un avorton de système d’exploitation où le fichier redevient central — et donc d’aller contre le choix de Apple pourrait amener :

  • Apple à remettre son choix en question ? Et donc la façon dont iOS devrait évoluer ?
  • Les clients, nous, à nous remettre ne question ? À nous demander pourquoi c’est ce genre d’apps que l’on achète ? Pour quelle(s) raison(s) nous tenons tant à reproduire, sur iPad, des habitudes prises sur un ordinateur ?

Il suffit de suivre, ici même, mes propres hésitations entre tout abandonner aux nouveaux outils — repenser de fond en comble mon processus de travail, pardon, mon workflow — et tout faire pour continuer à travailler comme j’ai toujours travaillé — rester maître de mes fichiers.

Question subsidiaire : un choix technologique ou logiciel peut-il faire fonction de révélateur d’un certain aveuglement — celui de Apple, à penser devoir réformer les habitudes ? Ou d’une certaine paresse intellectuelle — la nôtre, à vouloir à tout prix maintenir les anciennes habitudes ?

Je ne sais pas. Mais la question me semble intéressante.

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