Le capitaine crochet nous parle

Depuis qu’existent les scanners, le piratagela reproduction pour un coût nul de livres est une réalité. On ne le découvre pas. Mais le marché du livre électronique se développe, et avec l’apparition des liseuses, comme le Kindle d’Amazon, et le développement des tablettes électroniques comme l’iPad, le phénomène a pris de l’ampleur.

Pierre Danet (directeur innovation et technologie numérique de Hachette Livre), édité par moi. Via @phil_lambert

Je suis hostile au “piratage”, aussi bien comme auteur que comme (ex-)éditeur, si l’on entend par piratage le fait de chercher coûte que coûte un moyen de ne pas rémunérer l’auteur (et son éditeur) pour son travail. Ou si l’on estime que l’auteur n’a qu’à aller se faire foutre s’il espère vivre de sa plume. Désolé les gars, si vous faites partie des adeptes du tout gratuit : un auteur, comme vous, ça bouffe et ça doit épargner pour sa retraite et pour payer son abonnement à Internet et la pâtée pour son chat.

Mais “copier” — reproduire un objet, non pas s’en emparer et en priver son légitime propriétaire — n’a jamais signifié “pirater”. Un pirate ne copiait pas les doublons en or du galion qu’il venait d’attaquer, il s’en emparait.

Copier un fichier, ce n’est pas pirater. C’est utiliser une technologie exactement pour ce qu’elle est censée faire : une copie fidèle à 100%, reproductible à l’infini, pour un coût à peu près nul. L’imprimerie mécanique était elle-même une évolution technologique qui facilitait la reproduction (et réduisait le coût) des livres qui, avant elle, étaient copiés à la main. Et c’est cette innovation qui a donné naissance aux maisons d’édition que nous connaissons encore aujourd’hui.

L’éditeur a longtemps eu le monopole de la reproduction mécanique des livres, tout simplement parce qu’imprimer coûte très cher et demande un savoir-faire bien spécifique, ce n’est plus le cas avec les livres électroniques (il reste le savoir-faire). Livre, photo, film ou chanson ce ne sont jamais que des octets sur un disque dur, rien de plus facile à copier : Cmd+c et Cmd+v.

Il a aussi longtemps eu le monopole du contact avec les auteurs. Un autre atout. Un auteur ne pouvait exister que publié. Publier, ça voulait dire être accepté chez un éditeur. Là aussi, Internet a tout bouleversé.

Si la reproduction du texte n’est plus son apanage et si la relation à l’auteur n’est plus son monopole, c’est à l’éditeur de trouver à quoi il peut servir aujourd’hui. Ce n’est pas à la technologie d’arrêter de progresser, ni aux auteurs ou aux lecteurs de s’en priver. C’est à l’éditeur de changer.

Après tout, numérique ou pas, un texte médiocre reste un texte médiocre. Je connais peu de lecteurs (plus que ce que j’imaginais, cela dit) qui aiment lire un mauvais bouquin. N’est-ce pas aussi un rôle essentiel de l’éditeur… peut-être un peu oublié ?

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Sur un autre registre, cela me rappelle une certaine personne que je ne nommerai pas, qui travaille chez tel éditeur, qui publiquement râle sur les lecteurs qui scannent leurs publications pour les diffuser sur le Web et qui, ainsi, “volent les auteurs, et l’éditeur en les privant de leurs revenus légitimes”. Cette même personne qui utilise des copies “pirates” de InDesign, Photoshop et Illustrator pour préparer lesdites publications… Vouloir bénéficier des avantages d’une technologie, pour soi, mais en priver les autres ? Va comprendre.

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