Enfoiré

L’escalier (du métro) était encombré  de gens qui avaient inversés leur trajectoire descendante quand cris et coups de feu avaient déchirés  l’ordinaire brouhaha. Tous, irrésistiblement, ils étaient retournés vers la surface, animés par ce morbide — et spécifique — désir new-yorkais de contempler des flaques de sang souillant l’asphalte de leur cité. Toutefois, ils trouvaient le moyen de reculer devant l’homme en costume bleu qui dévalait les marches à contre-courant. Cela n’avait rien d’étonnant: il tenait un revolver à la main et en avait un autre sur la hanche.

Et il était en feu.

(Stephen King, La tour sombre-2, Les trois cartes)

Et-il-était-en-feu.

Cette petite phrase déguisée en paragraphe, comme un petit garçon qui aurait enfilé les chaussures trop grandes de son père pour, sans prévenir, lui donner un sacré coup de pied au cul. Stephen King est un enfoiré, et je suis sûr qu’il le sait. C’est dur de lâcher un de ses romans une fois qu’on l’a ouvert.

On a déjà saisi le coin de la page qu’on est impatient de tourner car on veut savoir ce qui va arriver à ce gars en feu qui ne bronche pas, ce pistolero égaré dans les rues de New-York. Et c’est quand même l’essentiel, lorsqu’on écrit une histoire: donner envie de tourner la page.

C’est dur de lâcher un Stephen King une fois qu’on l’a ouvert. Le problème, avec La tour sombre, c’est qu’il y en a sept volumes — épais. Je suis pas arrivé.

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