De Rowling et Galbraith

L’explosion des ventes du roman de Galbraith, The Cuckoo’s Calling, depuis qu’on sait que derrière ce pseudo se cache la maman de Harry Potter est impressionnante : j’ai entendu un truc comme +500%, rien que sur Amazon.

Même J.K. Rowling peut écrire un bouquin qui ne se vend pas (1500 ventes en tout, avant que le pot aux roses soit découvert)… tant qu’elle ne le signe pas de son nom. C’est le même auteur avec, on peut le supposer (je ne l’ai pas lu), la même patte.

À se demander ce que veulent lire les lecteurs : un nom sur une couverture, ou juste un bon livre ?

Si c’est le nom qui compte, j’attends avec impatience le premier best-seller avec rien que des pages blanches et le nom d’une vedette en gros, sur la couverture.

On pourrait même vendre ça avec un peu de marketing comme un “DIY” : Faites votre propre roman avec [nom de l’auteur vedette]. Il y aurait un stylo fourni et une première ligne déjà écrite sur la première page… à charge au lecteur de remplir la suite. Ça marcherait aussi pour la BD et les histoires pour enfants (suffit de remplacer le stylo par des crayons de couleur).

Img 3565

Plus sérieusement, c’est révélateur de la façon dont fonctionne le marché du livre et du peu de chance qu’ont un bouquin et son auteur de se faire connaître avant de crever dans l’indifférence générale — s’ils ne sont pas soutenu par un nom connu, ou par du buzz.

Rien n’oblige à ce que l’édition fonctionne comme ça, à part une vision économique à court terme… Et ça pourrait changer, si les lecteurs décidaient d’être un peu moins passifs. Qui a envie d’être une oie qu’on gave ?

TOR: 5 années de fictions, à télécharger

Pour fêter ses 5 ans (joyeux anniversaire !), tor.com a rassemblé en un ebook (PDF, ePub, Mobi) les 151 nouvelles qu’il a publié sur son site. La seule condition pour récupérer cet ebook étant de s’abonner au site, gratuitement — si vous aimez la SF/fantasy et si vous lisez l’anglais, c’est de toute façon un des bons sites à fréquenter 😉

Tor.png
Attention : gros fichiers.

Download Five Years of Tor.com’s Original Fiction for Free!

En attendant nos lectures d’enfance

C’est toujours dangereux de rouvrir un livre lu dans l’enfance — confronter le souvenir qu’on en garde, à la réalité du texte, ça peut être fatal.

Profitant d’une insomnie, je me suis replongé cette nuit dans En attendant l’année dernière, pour rapidement réaliser que je me forçais à tourner une page après l’autre, je m’emmerdais ferme dans ce roman — qui ne démarre que très péniblement qu’à la fin du chapitre 7 pour, au final, ne jamais vraiment réussir à décoller, malgré de très chouettes idées — dont j’avais gardé le souvenir d’un trépidant mélange de SF et thriller politique, un truc décalé et très original. C’est même le roman qui m’avait m’avait me ruer sur tous les autres textes de Philip K. Dick.

Pour ajouter à la confusion : je ne connaissais absolument pas Dick, à l’époque je finissais de lire Asimov dont les histoires de robots me semblaient tellement audacieuses (la claque), et je n’avais acheté ce roman qu’à cause de la couverture de l’édition de poche, barge et bariolée (et qui n’a à peu près rien à voir avec l’histoire, bien entendu) :

En Attendant l Annee Derniere.2
Une voiture volante pilotée par une espèce de fourmi géante — avec une fille sexy comme passager — poursuivie par un Stuka ? Avec un titre aussi déconcertant ? Comment résister.

Bref, avec pas mal d’efforts, je l’ai terminé vers 5h ce matin sans parvenir à décider si j’étais plus déçu du roman ou, en me forçant à le relire, d’avoir cassé un si chouette souvenir.

Pour ne pas rester sur un échec, et parce qu’il y a des jours où l’on a besoin de complètement échapper à son quotidien, je viens de me replonger dans un de ses classiques, une valeur sure : Ubik (1966).

Bonne nouvelle : mon plaisir est intact, je ne m’interromps que le temps de poster ce passage qui résume bien la relation de nombreux personnages de Dick à la technologie et à la société de consommation :

(…) il se dirigea d’un pas décidé vers la porte du conapt et appuya sur le bouton commandant la libération du verrou.
La porte refusa de s’ouvrir et déclara :
— Cinq cents, s’il vous plaît.
À nouveau il chercha dans ses poches. Plus de pièces ; plus rien.
— Je vous paierai demain, dit-il à la porte. (Il essaya une fois de plus d’actionner le verrou, mais celui-ci demeura fermé.) Les pièces que je vous donne, continua-t-il, constituent un pourboire ; je ne suis pas obligé de vous payer.
— Je ne suis pas de cet avis, dit la porte. Regardez dans le contrat que vous avez signé en emménageant dans ce conapt.
Il trouva le contrat dans le tiroir de son bureau ; depuis que le document avait été établi, il avait eu besoin maintes et maintes fois de s’y référer. La porte avait raison ; le paiement pour son ouverture et sa fermeture faisait partie des charges et n’avait rien de facultatif.
— Vous avez pu voir que je ne me trompais pas, dit la porte avec une certaine suffisance.
Joe Chip sortit un couteau en acier inoxydable du tiroir à côté de l’évier ; il s’en munit et entreprit systématiquement de démonter le verrou de sa porte insatiable.
— Je vous poursuivrai en justice, dit la porte tandis que tombait la première vis.(…)

(Philip K. Dick, “Ubik”)

Ubik.2

Si vous n’avez jamais lu Philip K. Dick — vous passez à côté d’un des plus grands auteurs de SF — sachez que pas mal de ses textes (romans ou nouvelles) ont servis de base à des films du genre de Blade Runner, Total Recall, Minority Report, A scanner Darkly, Paycheck et même on le trouve derrière un film comme The Truman Show. Et qu’on voit sa patte dans des films comme Matrix, Gattaca ou ExistenZ… Et que j’espère toujours voir certains autres de ses textes enfin adaptés au cinéma 😉

Si vous vous demandez par quoi commencer : Ubik et Le maître du haut château me semblent deux bons candidats (dans leurs nouvelles traductions, chez Folio si je ne me trompe). Je vous conseillerais bien aussi l’intégrale de ses nouvelles (nouvelles trad, aussi), en deux volumes chez Denoël, mais on y trouvera le pire comme le meilleur : si c’est une excellente façon de voir la richesse de son univers et sa capacité à faire des variations sur un thème, et si c’est une façon de réaliser à quel point il a influencé le travail de tant de monde dont on apprécie aujourd’hui les oeuvres, le risque est également réel de tomber sur quelques textes qui ne donneront pas envie de lire le reste. Au fond, c’est rassurant de se dire que Dick n’était pas parfait.

or face the very real chance of getting killed

For people of color, it’s a vivid reminder that we must always be deferential to white people, or face the very real chance of getting killed.
(…)
It is a complicated thing to be young, black, and male in America. Not only are you well aware that many people are afraid of you—you can see them clutching their purses or stiffening in their subway seats when you sit across from them—you must also remain conscious of the fact that people expect you to be apologetic for their fear. It’s your job to be remorseful about the fact that your very nature makes them uncomfortable, like a pilot having to apologize to a fearful flyer for being in the sky.
Cord Jefferson: The Zimmerman Jury Told Young Black Men What We Already Knew