“Stop aux bruits du PC ou on fait grève !”, signé les oreilles

Depuis combien de temps utilisez-vous des ordinateurs ? J’ai commencé avec un Apple II, pour vous donner une idée.

Forcément, puisque je travaille dans le domaine informatique et que j’adore ce genre de jouets, j’ai suivi l’évolution du matériel. Sans vraiment me soucier d’une nuisance croissante : le bruit. Du moins c’est ce qui s’est passé jusqu’à j’achète un ordinateur portable équipé d’un processeur Centrino, ça va faire 8 ou 10 mois de ça (et que j’arrête de regarder la télé, mais c’est une autre histoire). Depuis, j’ai bazardé mes autres machines, desktops et portables. Il ne reste que lui.

logo Centrino renversé à droite pour faire un coeur

Travailler avec un Centrino c’est le jour et la nuit pour mes pauvres oreilles. C’est visiter le monde du silence, opposé à une visite “VIP” sur les stands d’un grand prix de F1 sans protections pour les oreilles. Eteignez votre PC, celui est bruyant et qui vous casse les oreilles. OK ? Vous avez une idée assez précise du niveau sonore d’un Centrino en plein travail. Plus de bruit, ou presque. Et en plus il est très performant ! Il tient la comparaison avec mes ex-machines de bureau (Athlon et P4). Notez que je ne fais que de la bureautique et de la retouche d’images, pas de jeux.

C’est délicieux d’avoir un outil de travail performant et qui ne soit plus une nuisance. Peut-être ai-je simplement dépassé le stade du c’est-moi-qui-ai-la-plus-grosse (machine) 😉 Quoi qu’il en soit, je ne garde qu’un petit portable (15″), pas de bruit, tous les logiciels qui conviennent et Bach, ce soir du moins, pour me tenir compagnie.

Je mens. Il y a encore du bruit avec un Centrino ! Le bruit des touches du clavier que je frappe sans beaucoup de délicatesse (c’est Sandra qui le dit).

J’en vois un ou deux qui veulent me poser LA question : pourquoi ne pas avoir acheté un portable Mac ? Ils sont chouettes c’est vrai, mais je n’ai plus envie de travailler sur Mac — surtout je n’ai plus envie de me frotter à leur SAV. C’est dit sans rancune et sans colère, et de toute façon, je trouve tout ce dont j’ai besoin sous XP avec en prime un confort que je n’imaginais plus : le silence.

Merci Intel pour ton Centrino.

Pour mon anniversaire, j’aimerais beaucoup acheter un desktop équipé d’un Centrino, est-ce qu’un fabricant pourrait se décider à un sortir un ? Pliiiiize.

Etonnement et dérangement

deux statues en bois (au Louvre)

Qui n’a jamais ressenti cette gêne de prendre une photo : le regard embêté ou énervé des sujets que l’on vient de photographier, ou que l’on tente de photographier. Cet arrêt brutal de tout, en plein milieu d’un geste ou d’une phrase, et leur regard qui se fixe sur la perturbation, nous.

Cela m’empêche assez souvent de déclencher, voir même de viser : j’ai peur de déranger, par respect ou à cause d’une timidité excessive — cette dernière étant la cause la plus probable.

Si l’on y réfléchit, l’ensemble du jargon lié à la prise de vue est porteur d’une agressivité assez pesante qui peut expliquer cette gêne (la mienne comme celle des sujets de/sur/dans la photo), et qui explique une certaine méfiance envers le photographe qui n’est souvent perçu (et n’agit) que comme un intrus ou un “voleur d’image” : shooter, tirer le portrait, saisir, mitrailler, cadrer, viser, etc.

Le geste de photographier, avec un Reflex du moins, est également agressif : on se cache derrière ce canon à lumière, parfois très imposant pour peu que l’on utilise un gros zoom ou téléobjectif, on vise le sujet et on tire, parfois on va même le mitrailler —  avec ce canon à l’envers qui aspire la cible et l’enferme dans la chambre noire plutôt qu’il ne lui balance un projectile. Le bruit du déclenchement, enfin, ressemble à une petite détonation (et une rafale de prise de vues est réellement une rafale).

Je me souviens, dans un reportage qui lui était consacré, de la phrase de Cartier-Bresson qui disait, en gros, que photographier c’était être à l’affût et tirer au bon moment et mimait le geste du chasseur avec son fusil — Pan !

Chaque fois que ça m’arrive, je me dis que la photographie n’a vraiment pas grand chose à voir avec la peinture. Je n’ai jamais éprouvé cette impression lorsque je peignais (à une époque j’ai beaucoup peint) — du moins pas à l’encontre du sujet qui posait. C’est une autre relation qui se crée, d’ailleurs une relation se crée quasi nécessairement entre le peintre et son sujet, alors qu’elle sera assez souvent inexistante (photo de rue par exemple), sinon elle sera accidentelle ou elle sera le fruit d’une décision, une façon de travailler, dans le cas de la photographie.

Contrairement à la photographie, dans la peinture il n’y a pas de déclenchement. Il arrive un moment où la toile est terminée, mais il n’y a pas un instant où l’on déclenche (celui où la lumière est bonne où le sujet à l’expression qu’il faut, etc.) dans lequel on va faire tenir toute l’image. Même s’il est longuement préparé et répété (on fait rarement la bonne photo du premier coup) c’est uniquement cet instant qui fait la photo.

En peinture, on ne tire pas un portrait, on fait un portrait. On construit quelque chose à partir du sujet mais aussi avec lui, dans l’espace (au moins celui de la toile) et dans la durée (au moins le temps pour colorier cette toile). Ce temps qui passe découvre le sujet, il le révèle sous d’autres jours, d’autres lumières. On ne peut pas ne pas le voir autrement.

Cette durée affecte aussi le sujet (je reste dans le cadre de la représentation de personnes), elle rend le peintre banal, son coup de pinceau et son regard deviennent familiers et, parfois, le fait de poser devient même naturel pour le sujet lui-même : c’est un réel abandon.

Enfin bon. C’est ce que je me suis dit ce soir, en retrouvant un vieux croquis préparatoire. A ma décharge, je signale que je ne suis pas meilleur photographe que je n’étais bon peintre.

Ces belles statues en bois (salle du moyen-âge) sont probablement © Le Louvre

Cabinet de poésie

Aux chiottes, en compagnie du catalogue de la Pléiade — que l’on apprécie ou non ce type de livre, l’objet “prestigieux” relié pleine peau, imprimé sur papier bible et doré à l’or fin, il faut admettre que la richesse du catalogue laisse rêveur.

Commençant à le feuilleter, je passai de Kant à Kafka, de Swift à Bernanos, de Racine à Rabelais, Montaigne, Céline, Carroll, Peguy, Spinoza,… Cette suite désordonnée de noms ouvrait la porte aux souvenirs de précieuses lectures, au plaisir anticipé de lectures à venir. Tournant les pages, je faisais se rencontrer Hölderlin et Char ! Parlaient-ils de Homère ou de Joyce ou, s’étant reconnus, se réjouissaient-ils de se croiser enfin ? — le temps s’était comme suspendu durant ce voyage assis, j’en avais oublié ce pourquoi j’étais venu.

Je ne le ferai plus, promis.