Les petits bateaux qui vont sur l’eau

Les forces spéciales (GIGN ?) ont pris d’assaut, hier, le Pascal-Paoli, un bateau “pris en otage” (le bateau, sans aucun passager dedans) par des marins grévistes de la SNCM.

Si vous ne suivez pas l’actualité française, la société maritime publique SNCM est à deux doigt d’être bradée à un repreneur privé ou, dit-on, de déposer le bilan.

Je ne vais pas parler des tenants et des aboutissants de cette grève. Par contre, j’avoue avoir un peu de mal à comprendre qu’on envoie des militaires contre des grévistes, même s’ils font des choses illégales. Dans cette histoire, le bateau était « l’otage », sans passagers à libérer donc, et les « terroristes » des marins et syndicalistes non armés.

Ca m’amène à me demander pourquoi. Pourquoi un geste aussi dramatique (et lamentable) contre ceux qui ne sont que des salariés très inquiets, trop énervés et peut-être pas assez entendus ? Pourquoi prendre d’assaut ce bateau vide plutôt que d’attendre tranquillement qu’il rentre dans un port avec son équipage de « pirates » fatigués ?

* * *

Je ne sais pas s’il faut parler de coïncidence, mais cette intervention très énergique contre les grévistes se déroule en même temps que le gouvernement multiplie les discours pour revaloriser l’image du travail et du travailleur face à celle de « l’assisté » qui vit(*) aux crochets de la solidarité nationale. C’est aussi dans cette période qu’ils parlent de durcir les lois contre les chômeurs, de les culpabiliser — comme s’il s’agissait de criminels.

Tout cela semble tracer une silhouette pas très avenante. Cette façon de parler du travail et de (mal) traiter ceux qui n’en ont plus, ou qui refusent de s’y plier dans n’importe quelle condition, donne vraiment l’impression d’avoir affaire à un nouveau dogme. De moyen de subsistance (gagner sa vie), le travail devient un idéal, je ne vais dire un « dieu » mais quelque chose de sacré ou tout comme.

Trouver un travail est le Graal de notre société. C’est quelque chose qu’il faut aimer de tout son cœur (et son corps), quelque chose qu’il devient sacrilège de mettre en péril, par exemple en faisant grève. On sent aussi cela dans les changements et les crises qui affectent l’éducation des enfants : on s’éloigne à pas de géant de son objectif euh… humaniste (éclairer les esprits, les élever, les « conduire hors de » l’état d’ignorance, les rende le plus autonome possible…) pour en faire une simple formation qui vise à créer des personnels qualifiés pour des besoins plus ou moins bien estimés du marché, et qui soient rapidement productifs. Bof.

De ce point de vue, probablement aussi con que je suis ignorant de ces questions, assaillir les grévistes excessifs du Pascal-Poali reviendrait à punir des incroyants un peu trop véhéments, les plus agaçants pour les autorités du dogme dominant. Le pire c’est que ces grévistes, quatre d’entre-eux, sont menacés d’une peine de 20 de prison.

Alors la question qu’on devrait se poser c’est qui seront les prochains hérétiques dans cette chasse à la sorcière ?

vers un monde de…

Evidemment, là où ça devient cocasse, c’est que cet idéal du travail n’est pas spirituel pour un sous. Au contraire il est totalement matériel et incarné : il a une certaine valeur économique (que l’on essayera de maximiser) qui profite à son propriétaire, qui n’est pas le salarié  —car c’est tout particulièrement de ce travail là qu’il est question —, lui-même n’étant qu’un nombre perdu dans un océan de chiffres. Anonyme et interchangeable : les chiffres du chômage, ce n’est personne ça. Par contre les flux monétaires (+ ou -) générés par ce travail, appartiennent à des noms plus ou moins connus.

Enfin bon, c’était juste une impression comme ça, en écoutant RFI ce matin.

(*) Faudrait quand même qu’on leur demande de goûter à cette vie sans ressources, avant de les laisser jeter la pierre aux chômeurs.

Battez-moi, fort. Plus fort !

Je vous passe les détails : j’ai perdu toutes les photos prises entre juillet et aujourd’hui. Pfuuuuuit ! Disparues.

C’est pas un drame, c’est que des photos vous me direz. Ben oui mais bon…

Le pire c’est que c’est à 100% ma faute : je n’ai pas fait les choses dans l’ordre habituel, j’ai laissé traîner des photos sans les ranger avec les autres et puis voilà. Paresse est mère de tous les vices, comme on dit.

Un conseil, histoire que ma Connerie Majuscule puisse au moins servir d’exemple : rangez systématiquement vos photos et vos documents importants dans les dossiers appropriés. Ne laissez pas traîner. Pensez à en faire des sauvegardes aussi régulièrement que vous ajoutez des fichiers ou que vous les modifiez.

Tu veux du Pop-corn avec ton Rembrandt ?

C’est , noir sur blanc, avec un gros titre « A la Une Evénement » (© Musée du Louvre/Info-Com). Et c’est vrai que c’est un évènement.

Si vous aviez lu mon billet enthousiaste sur la photographie au Louvre (attention, n’allez pas voir car j’y viole probablement autant de droits à l’image qu’il y a d’images dedans. Vous ne voudriez pas devenir mes complices ?), oubliez-le et courrez au Louvre si vous aviez le projet d’y photographier. Du moins si l’on se fie à ce passage du nouveau règlement (je souligne), ça va se compliquer, ça se complique déjà :

ARTICLE 33 L’interdiction de photographier ou de filmer dans toutes les salles d’exposition du musée fera l’objet d’une mise en oeuvre progressive. A titre transitoire, à compter du 14 septembre 2005, il est interdit de photographier ou de filmer dans la Galerie d’Apollon et dans l’ensemble des salles de peintures du 1er étage de l’aile Denon (salles de peintures italiennes, espagnoles et françaises) ainsi que sur le palier où est exposée la Victoire de Samothrace. (…)
(Extrait du règlement, format PDF)

Via la feuille.

On aimerait bien applaudir à ce nouveau règlement mais... les statues sont © le Louvre, les pixels sont © Nikon et la lumière est © le soleil et le fabricant des ampoules.

[mode coup de gueule ON]

Je m’énerve, mais c’est tellement bête leur truc. Désolé.

L’argument des “très nombreuses doléances du public”, invoqué sur le site du Louvre, me semble un peu étonnant : qui est ce public qui passe au Louvre sans un appareil photo ou une caméra, au moins pour se filmer devant la Mona© ou la pyramide™ ? Et pour ceux qui font autre chose qu’y passer une fois dans leur vie, ils savent très bien quand y aller pour éviter la cohue des visiteurs d’un jour, photographes ou pas, non ?

Mais si l’on parle vraiment « du confort et la tranquillité de la visite »(toujours sur cette page), pas d’empêcher les gens de faire des photos pour leur en vendre d’autres à la place, je suggère aux responsables de considérer les options suivantes qui me semblent dignes du nouveau règlement :

  • Fermer le bistrot qui se trouve dans le Louvre. Source de nuisances sonores et d’encombrement.
  • Rendre l’entrée gratuite, ça évitera de faire la queue et de perdre du temps si on a pas une carte d’abonnement.
  • Ou le contraire. Fixer le droit d’entrer à 100€ ou plus. Ca limitera la cohue.
  • Fermer les boutiques, parce qu’on est pas là pour vendre des reproductions industrielles aux visiteurs, mais pour leur offrir d’accéder aux ?uvres parmi les plus belles. En plus ça fait des attroupements devant les caisses et les vitrines.
  • Interdire les landaux et autres poussettes qui couinent souvent, et débordent de bébés braillards.
  • Interdire les (plus grands) enfants qui rient et courent partout sans respecter le silence et le clame monacal qui sied à l’Art (et aux Vénérables Bâtiments du Louvre).
  • Interdire les souliers à talon qui claquent ou les semelles en caoutchouc qui couinent
  • Interdire les visites de groupes qui sont envahissantes et bruyantes et gâchent la vue sur la Joconde©.
  • Interdire les guides qui parlent fort ou qui traduisent à voix haute. N’ont qu’à faire circuler des Post-it™ dans le groupe.
  • D’ailleurs, interdire toutes les discussions, même à voix basse. On vient là pour béer, pas pour babiller. Il suffit d’ajouter au kit audio déjà proposé en location aux entrées une option (obligatoire) pour un bâillon.
  • Supprimer les banquettes qui nuisent au bon transit à la circulation fluide des visiteurs à travers les salles.
  • Interdire les haltes devant les ?uvres, elles nuisent aussi à la circulation.
  • Tout simplement : fermer le Louvre au public ! En réserver l’usage à ceux qui peuvent l’apprécier avec bon goût et calme. Ben oui.

Ne me remerciez pas.

***

Pour cette dernière option (fermer le Louvre au public), et pour éviter de choquer le bon peuple qui, rappelons-le, est quand même l’ultime propriétaire du musée, il suffirait de proposer des CD-Rom du Louvre (pas seulement les statues et les peintures et autres babioles, mais tout le bâtiment, y compris les toilettes). On les vendrait à l’entrée de la pyramide™ transformée en gigantesque boutique de souvenirs.

Autre solution? Faire un double du Musée, plus vrai que le vrai comme je ne sais plus quelle grotte pleine de petits mickey poilus à quatre pattes (en plus ça créerait de l’emploi, ça fera plaisir au Premier Ministre !). L’on y verrait de fausses galeries, de faux escaliers, de fausses merveilles, de faux gardiens. Ca suffira largement à satisfaire la plupart de ces rustres qui défilent au même rythme, mais pas avec la même attention, devant la (tellement) belle ferronnière que devant le distributeur de Twix™.

Pour satisfaire les photographes amateurs, il est évident qu’une vaste série de cartes postales joliment imprimées « comme à la maison » sur du Papier Epsodak Glossy sera proposée à un tarif raisonnable — de toute façon bien moins cher et tellement plus léger (c’est important de voyager léger quand on a prévu de faire Paris et tout le Louvre dans une seule journée, en tongs) que cet encombrant appareil photo numérique qu’ils se trimballent accroché autour du coup, comme une vache sa cloche.

C'est pour notre bien qu'on interdit de photogaphier au Louvre La colère gronde parmi les oeuvres. Encore sous le choc du nouveau règlement, elles réalisent qu’elles ne sont rien d’autres que des produits à vendre. Plutôt, elles ne sont qu’un capital dont d’aucun voudrait s’assurer l’usage exclusif des intérêts : la vente de reproductions par millier. Tu veux du Pop-corn avec ton Rembrandt ?

On pourrait aussi proposer des kits « Vos authentiques™ photos du Louvre à vous », sur deux modèles : le plus simple consistant à fournir des cartes mémoire pré-remplies de photos, accompagnées d’une imprimante jetable et d’assez de papier pour les imprimer. Le second consisterait en une gamme de maquettes en 3D miniature du Louvre, avec un appareil équipé d’un objectif de macrophotographie jetable et un mini kit d’éclairage jetable. Plus l’imprimante jetable bien entendu. Mais le must serait « Votre Mona rien qu’à vous™ » ! Une Mona tracée au crayon sur du papier blanc avec des cases à colorier au feutre (prévoir un kit luxe, à l’huile), avec son authentique™ vitre blindée pour la protéger des voleurs et une corde de sécurité pour empêcher les curieux d’approcher, plus le kit photographique jetable.

On pourrait vendre ces CD-roms, cartes postales et kits directement dans des agences de voyages aux quatre coins du monde. Ou par Internet ! Car il paraît qu’on trouve de tout sur Internet. D’ailleurs « les 35 000 ?uvres exposées dans le musée sont dans leur grande majorité illustrées sur ce site », c’est bien la preuve ! Pourquoi s’emmrder à refaire les mêmes photos, hein mon lapin !… Et pourquoi s’emmrder à aller au Louvre, aussi ?

Y a pas, ça donne une idée de la considération qu’ont certains administrateurs du potentiel créatif de leurs visiteurs. Si l’un de vous me lit, allez le dire aux autres : on peut aller au Louvre pour faire autre chose que des copies de vos cartes postales (ou de vos, jolis c’est vrai, catalogues). On peut y photographier comme d’autres y prennent des notes ou font des croquis : pour travailler, pour étudier, pour s’enrichir (intellectuellement? je préfère préciser).

Mais il est vrai qu’au Louvre la photographie n’a pas sa place sur les murs. Confinée aux illustrations des catalogues ou aux clichés pris à la chaîne par des convois de touristes en bermuda, elle n’a jamais été que tolérée.

Quoi qu’il en soit, je viens de renoncer la cotisation annuelle que je voulais reprendre. Ca leur fait déjà un nuisible de moins à expulser.

[mode coup de gueule OFF]

Bah, y reste les rues de Paris à photographier Ha ben non, même pas.

Euh?…. A VENDRE, Nikon D70 plus optiques de qualité. A peine servi pour cause de droit à l’image et de « confort ».

Des épinards au singulier ?

Le billet précédent m’amène à me poser une question capitale : les épinards sont-ils des légumes de meute qui ne vivent qu’en bande ? (et, dans ce cas, comment distinguer le chef de la meute ?)

En effet, on parle toujours « des épinards », jamais de « l’épinard » comme on dit « l’endive » ou « la carotte ». Vous me direz que manger un épinard ça fait un peu chiche. C’est pas faux 😉