Piratage de livres, des auteurs en parlent

Dans le NY Times:

“I thought, who do these people think they are? (…) Why do they think they can violate my copyright and get away with it?”
(Ursula K. Le Guin)

“I just ask to be paid.”
(Harlan Ellison)

“The question is, how much time and energy do I want to spend chasing these guys (…) And to what end? My sense is that most of them live in basements floored with carpeting remnants, living on Funions and discount beer.” 
(Stephen King)

“I really feel like my problem isn’t piracy (…) It’s obscurity.
(Cory Doctorow)


L’article est plus long et donne la parole à d’autres personnes, mais je crois que ça résume pas trop mal la position qu’un créateur peut avoir sur la question: se sentir lésé (et chercher une solution ou une réparation), s’en foutre ou, enfin, réaliser que c’est peut-être autre chose qui est en jeu que simplement le fait de ne pas “payer” pour un livre, ou pour tout autre objet culturel — avec Hadopi qui repointe bout de son vilain nez coupeur d’Internet, c’est une question d’actualité en France aussi…

Faudrait d’ailleurs qu’un spécialiste du droit français m’explique pourquoi un projet de loi qui a été repoussé par les élus peut être représenté comme si de rien n’était. Et si rapidement après.

Evernote: je t’aime, moi non plus

Dans Evernote, je stocke tout en vrac avant (d’essayer) d’organiser cette masse d’informations dans des dossiers, dans le Finder. J’y dépose vraiment tout: idées, citations, bout de dialogues, articles à écrire et ébauches d’articles, titres de bouquins à lire, des “trucs” que je trouve ici et là “qui peuvent servir un jour”, et même un tas de fichiers que je ne sais pas où ranger. Il suffit de déposer un ou plusieurs fichiers sur l’icône de Evernote pour qu’il les ajoute dans un nouvelle note. Simple et pratique: ils sont alors disponibles automatiquement sur tous mes Mac.

En quelques mois, j’y ai déposé environ 800 notes, dont une centaine de fichiers PDF que j’ai voulu récupérer ce matin. Quelle ne fut pas me surprise de découvrir qu’il n’y avait pas de moyen simple de sortir un PDF de Evernote. Le glisser-déposer, qui marche pour importer le fichier, ne marche pour l’exporter; le menu “Exporter” ne permet pas… d’exporter le PDF, mais la note elle-même dans un format XML. Il n’y a pas non plus de solution simple pour exporter d’un coup les simples notes de texte dans un format courant, genre RTF (faut faire un copier coller). 

Comment récupérer mes PDF ? En faisant un clic droit dessus et puis choisir “Save As” et puis lui indiquer où l’enregistrer. Au moins trois clics, donc. Pour 100 PDF, ça fera au moins 300 clics. Sans compter que, à chaque fois, il faudra indiquer à Evernote où enregistrer le PDF, car il propose systématiquement de le placer à la racine du dossier utilisateur. Génial. Pourquoi je peux pas faire un glisser déposer? Pourquoi je peux pas exporter d’un coup plusieurs fichiers?

Evernote est une boîte à chaussures numérique. Ce que j’attends d’une boîte à chaussures, même numérique, c’est qu’elle me laisse récupérer ce que j’ai mis dedans, aussi facilement que je l’y ai mis. 

Evernote est une application bourrée de qualités: elle montre (avec Dropbox) à Apple ce que Mobileme et iDisk auraient du être, sa gestion des mots-clés et son outil de recherche sont excellents… Mais sur le coup, on se dit que les développeurs ont carrément oublié de finir le programme.

Edit 26 mai: Evernote améliore l’exportation.

Une application concurrente, Yojimbo, n’a pas ce problème de récupération des fichiers (ou des notes) mais, utilisant Mobileme pour la syncro entre plusieurs Mac (bien trop lent et peu fiable), jel’avais laissée tomber pour Evernote. Ce matin, j’ai vu qu’il était possible de faire fonctionner Yojimbo avec dropbox… Je crois que je vais lui donner une seconde chance.

Livre de poche ou ebook ?

On en parlait dans les commentaires de ce billet: quand on compare les ebooks aux livres classiques, on met en avant le confort de lecture, la solidité, etc. et même le côté écolo (pas de piles, pas de plastique,…) des livres imprimés face aux malheureux ebooks, qui n’ont que des défauts.

Je suis un amoureux des livres. Non seulement j’aime lire ce qu’ils contiennent, mais j’aime aussi l’objet — feuilleter les pages d’un livre suffit à me donner le sourire. Mais j’ai un peu le sentiment que dans le duel ebook/livre imprimé, on fait référence à un livre fantasmé, un livre idéal qui n’existe pas ou qui n’existe plus depuis longtemps. Un livre dont on aurait oublié qu’il est devenu un produit de consommation.

Et comme la plupart des produits de consommation — hors chez ces éditeurs fiers de leur métier et amoureux du beau travail — les livres sont avant tout des produits jetables. Le fait qu’on les lise ou pas n’a aucune importance. Tout ce qui compte c’est d’arriver à nous les vendre, avec la meilleure marge de profit. Toutes les astuces sont donc bonnes pour en réduire le coût de fabrication, y compris baisser la qualité du papier et de la reliure (on a non seulement remplacé les cahiers cousus, si solides et souples à la fois, par des dos collés qui cassent, mais on a même commencé à rogner sur la qualité de la colle).

Comment s’étonner alors de se retrouver avec des objets fabriqués sans le moindre souci de qualité ou de… durée :

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C’est un livre de 600 et quelques pages, publié par Hachette que j’ai acheté la semaine dernière, neuf. J’ai commencé à le lire il y a deux jours. J’en suis à la page 60, il tombe déjà en ruine.

A 11€, ça fait cher le livre jetable…

(…) je ne vois pas grand monde émerger, au hasard des conversations, des ruines de cette civilisation dont la langue même est en train de mourir pour la seconde fois faute d’être plus largement enseignée. Imaginez qu’un dernier être pensant ait fini d’oublier Rome: alors non seulement Rome aura cessé d’exister, mais elle n’aura jamais existé. Les temps sont proches où l’arc de Septime Sévère, la colonne Trajane, le Colisée n’en diront pas plus aux générations d’alors que les alignements de Carnac ou les statues de l’île de Pâques.”
(Lucien Jerphagnon, Histoire de la Rome antique, Pluriel, p14)

A la place de l’auteur, je m’interrogerais aussi sur la capacité à durer d’une société dont la culture n’est qu’un produit jetable.

Je vous laisse: malgré le livre, c’est un texte très intéressant à lire 😉

Kindle DX, plus de pubs?

Amazon annonce un nouveau Kindle (le 3ème, donc), le modèle DX avec un plus grand écran de 9.7”, avec plus de mémoire, en fait avec plus de tout et même — tadaaam! — la compatibilité native avec le PDF!

Joie joie joie, dirons les amateurs d’ebooks et les consommateurs intensifs de PDF, dont je suis. Cet élan d’enthousiasme passé, les amateurs diront aussi que le Kindle troisième du nom, avec son écran 9” et son support natif du PDF, on s’en cogne un peu vu qu’il n’est pas plus disponible que ne l’était le second, ni même le premier Kindle. Dur. Mais c’est provisoire, il finira bien par arriver.

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D’ailleurs, ce qui compte, et ce qui risque bien de hâter l’adoption de ce lecteur d’ebooks en France, c’est qu’il devient enfin autre chose qu’un lecteur d’ebooks, justement: un véritable lecteur de e-gazettes. Avec son grand écran, nos chers journaux ont enfin la place d’afficher correctement… des pubs. Et aussi des articles, bien entendu. Comment résister à un tel attrait?

Sarcasmes mis à part, le nouvel écran le rend intéressant aussi pour les mags que nous publions, ça pourrait être confortable de lire Compétence Mac sur cet écran (en N&B, byebye les belles couleurs)… J’aimerais bien essayer en tous cas.

Une autre fonction que j’aimerais bien tester, pour des raisons personnelles, c’est le Read-to-Me (la lecture audio des textes par le Kindle): mes yeux fatiguent terriblement vite et alors je n’arrive plus à lire. Hélas, la disponibilité réelle de cette fonction bien sympathique me semble plus qu’incertaine, étant soumise au bon vouloir des détenteurs des droits de chaque livre. Je cite Amazon:

Kindle DX can read newspapers, magazines, blogs, and books out loud to you, unless the book’s rights holder made the feature unavailable

Ce que j’exprimerais, certes dans un langage bien moins léché (quoique) mais plus à ma portée: “Dear rights holder, sir, may I please have the honor to suck your dick after you fucked me ?” — J’ai une mauvaise vue (je suis parfois obligé d’utiliser une loupe pour lire un bouquin): je veux profiter d’une technologie qui me facilitera la vie (et la vue), sans me prendre le choux avec des questions de droits d’auteur.