(c)APR(i), c’est fini

À notre avis, la situation pour les APR est à court terme sans issue, tout du moins pour ceux qui ne vivent encore aujourd’hui que de la vente de Mac, d’accessoires Apple et de logiciels. Pardon, les logiciels, c’est fini avec le Mac App Store !

Un autre APR a déposé le bilan

Je ne pense pas que ce qui arrive aux revendeurs Apple soit une surprise pour grand monde, mais ça ne le rend pas moins navrant — pour le dire poliment.

Enfin tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes, on n’a jamais autant acheté Apple — mangez des Pommes.

Luke la Main Froide

Y a des hasards, comme ça, qui vous replongent quand vous aviez douze ans et que vous passiez une partie de vos vacances d’été et de vos WE chez votre père, solitaire, à dévorer — quand vous n’étiez pas dans sa bibliothèque — son inépuisable collection de cassettes Betamax, toutes des copies pirates, en ayant l’impression de découvrir le plus grand trésor au monde en vous (re-re-re-re-re-)passant, avec un discernement inversement proportionnel à votre gourmandise pour les images, en avalant sans sourciller les choses les plus infâmes et les plus purs chefs-d’oeuvre, La rage du tigre (1971), Patton (1970), Bullitt (1968), Le convoi (1971), Harold et Maude (1971), Rocky (1976), Rambo (1982), M.A.S.H. (1970), 2001 Odysée de l’espace (1968), ses films de culs (désolé papa, ta cachette était trop naze), Butch Cassidy et le Kid (1969), La horde sauvage (1969), French Connection (1971), Marathon man (1976), Taxi driver (1976) ou encore Le juge Roy Bean (1972, peut-être le film avec Newman que j’aime le plus, avec) Luke la Main Froide (1967), etc.

Des hasards disais-je, comme ce matin un passage éclair dans la librairie en bas de chez moi, et mon regard qui tombe sur ce drôle de crucifié sans sa croix, et ce titre qui me ramène 28 ans plus tôt, quand j’avais douze ans et que je passais une partie de mes vacances et de mes WE chez mon père, solitaire, à dévorer…

Lukemainfroide

Luke la Main Froide. J’ai dû voir ce film un demi-million de fois. Forcément, je vais lire le roman dont il a été tiré.

Je viens juste de le commencer, et si le film est différent dans sa construction il restitue vachement bien l’atmosphère du roman. La sueur, la chaleur, la crasse, l’absence d’intimité, le vide et l’abrutissement presque complet. Presque.

Si vous n’avez jamais vu ce film, dépêchez-vous de le voir. Il a sans doute vieilli, surtout depuis ces dernières années. C’est plein d’archétypes, vous diront en pinçant le nez les gens savants. Comme toutes les bonnes histoires, serais-je tenté de leur répondre.

Je ne peux pas encore vous conseiller le roman. Juste vous signaler que le démarrage se fait plutôt en douceur sur les quarante premières pages en nous faisant toucher du doigt le camp et l’état d’esprit des détenus condamnés aux travaux forcés le long des routes poussiéreuses de Floride. C’est plutôt bon.

Je ne suis pas certain d’apprécier autant le style de l’auteur (du traducteur ?), mais ce qui compte dans cette remarque mesquine et trop hâtive c’est “je ne suis pas certain”, parce que j’en sois fan ou pas, je dois bien reconnaître que ça marche.

Après avoir fait ce qu’on m’avait demandé, j’ai repris ma place. Boss Godfrey marchait lentement une fois de plus vers le début de la file, je ne voyais que son dos et il balançait sa Canne de côté et d’autre en tirant sur son cigare. Puis il a laissé sortir un pet de fayot classique. Un petit. Du genre affamé. Et une fois de plus je me suis posé des questions sur Boss Godfrey et les autres matons, réfléchissant sur leur réalité en tant qu’êtres humains. Mais tout ce que je pouvais faire c’était lancer des regards de côté à distance en supposant qu’ils devaient réagit aux influences de la nourriture et du repos, à l’état de leurs intestins et à leurs amours. Le bien-être des Hommes Libres est une chose au sujet de laquelle nous, les forçats, nous nous inquiétons toujours. Tout comme à un moment de notre vie nous nous intéressions aux humeurs de nos juges. Pourtant, pour nous, les Hommes Libres resteront toujours des formes plates, de minces silhouettes découpées et collées sur le mur du ciel.
Il y a les rumeurs. Boss Godfrey avait été un chauffeur de car Greyhound. Sa famille faisait partie des pionniers du Territoire de Floride bien avant qu’il ait été pris à l’Espagne. Sa femme l’avait quitté. Il avait dilapidé un immense héritage de bétail légué par son père. Sa petite amie est serveuse dans un bastringue pas loin de Vero Beach.
Mais en fait nous ne savons rien. Nous ne connaissons pas son âge ni où il vit. Nous ne savons pas d’où il vient ni ce qu’il pense ou croit. Tout ce que nous savons c’est qu’il commence à avoir du ventre, qu’il a des rouflaquettes et qu’il est un extraordinaire tireur à la carabine. (…)

Luke la Main Froide, Donn Pearce
Prix: 20 € (si vous êtes assez nombreux à l’acheter en suivant ce lien, vous contribuerez à m’offrir un bon thé)
256 pages
Editeur : Passage du Nord-Ouest (21 mars 2011)
Collection : Short Cuts
Langue : Français
ISBN-10: 2914834446

Du porno, de la politique et de la culture

Nous sommes sur Mars. Début juillet 2111, le matin. Confortablement installé sur sa terrasse pressurisée, avant de prendre la navette pour son travail, Jkhnd’lkiy savoure une tasse d’un savoureux café récolé au pied d’Olympus Mons et se tient informé de l’actualité et des potins en faisant défiler les derniers tweets sur sa tablette tactile. Comme toujours, la crise économique tient le haut du pavé (la vie est dure sur Mars et les emplois sont rares) ainsi que la véritable guerre déclarée par l’Union des Marchands Planétaires contre l’Hypernet, qui n’en fini pas de mettre à mal leur monopole dans la commercialisation des produits d’importation terrienne (nourriture, matières premières mais aussi tous les produits culturels).

Jkhnd’lkiy, sourit en caressant distraitement son authentique reproduction d’un stylo-plume en or 18 carats du XX siècle, qu’il repose sur un véritable facsimilé du célèbre carnet noir utilisé par de fameux auteurs — des importations terriennes exceptionnelles, et aujourd’hui totalement illégales, qui ne lui ont pourtant rien coûté ou presque. En effet, le système de téléportation de l’hypernet permet d’envoyer aussi facilement un grain de riz qu’un avion à l’autre bout du système solaire, en un seul clic, presque instantanément : le temps de le recréer par impression 3D.

L’hypernet est en train de tout changer : il n’y a plus aucune raison que les clients acceptent de payer une fortune pour accéder aux produits terriens, ni que ceux-ci soient réservés à une élite économique qui a les moyens de se les offrir.

Paniqués, les membres de l’Union des Marchands Planétaire ne savent faire que deux choses : du lobbying auprès des Grands Anciens, pour les convaincre que cette technologie est mauvaise et qu’elle doit être interdite, et traquer tous les utilisateurs de l’hypernet. Enfin, tous les utilisateurs sauf eux : car leur objectif est bien entendu de s’approprier cet outil incroyable et de s’enrichir encore plus grâce à lui. Jouant sur l’incompétence ou la corruption des Grands Anciens, ils sont ainsi parvenus à faire voter des lois qui interdisent presque complètement l’usage de l’hypernet aux simples particuliers, ou seulement de façon à “consommer martien”.

La science-fiction, c’est fun : ça ferait une chouette histoire, vous ne trouvez pas ? Nos amis martiens sont-ils condamnés à subir les lois scélérates d’élus qui sont ouvertement stupides ou vendus aux intérêts de quelques groupes marchands ?

Non, bien sûr.

Pas plus que nous, en France, ne serions condamnés à accepter la censure que pourrait vouloir mettre en oeuvre un certain éditeur contre une bibliothèque électronique canadienne, un site Web bien connu, qui propose en libre téléchargement des versions électronqiues d’ouvrages vendus ici uniquement en version imprimée.

Si j’étais auteur de SF, je ferais donc en sorte que mes personnages martiens, de façon à contourner d’aussi mauvaises lois, utilisent un proxy. C’est-à-dire un intermédiaire, une identité bidon, entre leur connexion hypernet (celle qui les identifie de façon unique sur le réseau) et le site qu’ils visitent (et qui garde des traces de leur connexion).

Pour bien faire, en plus du proxy, ils utiliseraient aussi un VPN (un réseau chiffré entre leur connexion hypernet et le proxy) pour que personne, pas même leur fournisseur d’accès ne puisse savoir les sites qu’ils visitent. On parlerait alors d’anonymat.

Par exemple, ils utiliseraient un service comme l’équivalent martien de iPredator. Ou, mieux encore (et gratuit, lui), de Tor (dont je vous parlai ici) qui offre à la fois un VPN et un proxy.

Dans le cas de Tor, notre martien se retrouverait en réalité dans un véritable réseau de relais entre sa connexion et le site hypernet qu’il désire visiter, de façon à ce que personne ne puisse connaître sa véritable identité (les relais changeant régulièrement pour encore compliquer les choses et étant ignorants les uns des autres) et cela sans passer par un serveur centralisé, rendant encore plus difficile, pour ne pas dire impossible toute traque de la part de l’Union des Marchands Planétaires.

Bien sûr, l’intérêt de l’Union des Marchands Planétaires serait d’empêcher la publication de ce genre d’astuces et/ou de faire croire que c’est illégal ou que c’est utilisé par des pervers sexuels obsédés par les hermaphrodites cannibales de Ganymède, ou par les terroristes de la ceinture d’astéroïdes. Ou encore que c’est trop compliqué à mettre en oeuvre par un simple mortel.

Sauf que non, justement : c’est d’une simplicité enfantine.

Dans le cas de Tor, il suffit d’installer le bundle Tor correspondant au système d’exploitation de l’ordinateur (Mac, GNU/Linux ou même Windows) et puis de le démarrer. Il se charge de tout, tout seul.

Une fois qu’il s’est correctement configuré et connecté au réseau (cela peut prendre quelques instants), il lancerait alors une version spécifique de Waterchicken (l’équivalent martien du navigateur Web terrien Firefox) entièrement personnalisée pour laisser le moins de traces possible sur l’ordinateur et sur l’hypernet). C’est tout, notre martien pourrait surfer anonymement sur l’hypernet et téléporter absolument tout ce qui lui chante.

Oublions donc nos martiens. Revenons sur Terre, et réfléchissons aux véritables enjeux, car cela laisse songeur quand on y pense.

Tor est majoritairement utilisé par des dissidents politiques, dans des pays aussi respectueux des droits de l’homme que la Chine, l’Iran, la Syrie, etc. Il est aussi utilisé par des journalistes qui veulent protéger leur anonymat et celui de leurs sources de l’inquisition de certains gouvernements un peu trop zêlés. Cela n’inquiète personne d’avoir à recourir au même outil, en France, pour accéder à de la culture ? vraiment ?

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Seule solution “légale”, sans rire ?, prendre l’avion et me connecter à Internet depuis le Canada. Et cela pour avoir le droit d’accéder à la version électronique de textes qui peuplent depuis des années ma bibliothèque (et celles de toutes les personnes à qui j’ai offert les ouvrages). C’est stupide.

MAJ plus tard dans la journée : toute ressemblance avec cette affaire serait purement accidentelle. Bien entendu.

Mises à jour des TOS de Dropbox

Dropbox a mis à jour ses conditions d’utilisations et la page concernant la sécurité (pour l’instant en anglais seulement). C’est plus clair ainsi pour tout le monde.

On aurait sans doute aimé, naïvement, une annonce forte au niveau de la confidentialité, une modification de leur mode de fonctionnement. Ce n’est pas le cas. La page se termine cependant sur le (bon) conseil (que nous avions abordé) de chiffrer soi-même ses données avant de les poser dans la Dropbox, en nous rappelant au passage que cela nous privera d’une partie des fonctionnalités de Dropbox (le versionning par exemple).