Réussir à renoncer

What can you let go of? Think of the things you’re striving for, clinging to … can you let go of them? Before you say no, consider how it might be possible. And when you limit things in your life, see if you can let go of the things that don’t make the cut. (Leo babauta)

En gros : que pouvez-vous lâcher dans votre vie ? Avant de répondre que vous ne pouvez renoncer à rien, pensez à tout ce à quoi vous vous accrochez, à ce tout ce que vous désirez : il n’y a rien du tout à quoi vous puissiez renoncer ? Réfléchisez-y.

Réussir à renoncer. C’est amusant comme ces deux mots, réussir et renoncer, mis côte à côte semblent en totale contradiction. Ce n’est pas un hasard, d’ailleurs.

Tout ou presque autour de nous, nous dit que réussir c’est posséder et accumuler : la publicité, bien sûr qui veut tout nous faire acheter (et faire de nous des représentants des marques que nous achetons, comme d’autres font la pub de Tupperware), mais aussi le travail (avoir un bon salaire, avoir un bon poste, avoir des relations, etc.), ne parlons pas de la taille de la voiture (ou du nombre de ses options), même une vie amoureuse ou sexuelle réussie se résume trop souvent à une question de nombre — de nombre partenaires, de nombre d’années de fidélité, de nombre de positions pratiquées — même les amis et les ‘followers’ sont réduits à un nombre. Même les recettes et conseils pour “tenir un blog” sont presque toutes obsédés par les nombres et la quantification : il faut publier assez et assez régulièrement, mais pas sur des sujets trop variés, il ne faut pas faire trop long, ni trop court, etc., pour fidéliser les lecteurs. Des lecteurs qui sont eux-mêmes réduits à un nombre : des statistiques soigneusement analysées et disséquées.

Plus ici. Cela fait quelques années maintenant que j’ai renoncé à Google Analytics : je ne sais pas d’où vous venez, ni combien vous êtes à passer — sans doute, vous n’êtes plus très nombreux depuis que Apple ou même Markdown ne sont plus au coeur du blog — et c’est très bien ainsi.

C’est très bien, pour deux raisons :

D’abord, parce que vous ne connaissez de moi que ce que je choisis de publier, ici ou ailleurs. Il n’y a aucune raison que moi, je connaisse de vous autre chose que ce que vous choisissez de me/nous dire ici dans les commentaires, par email ou sur Twitter. C’est bien beau de hurler au scandale de la NSA et de Google qui espionnent tout… C’est pas plus con de commencer par faire le ménage chez soi.

Ensuite, c’est la raison le plus égoïste, mais/donc pas la moins importante : avec ces stats, je m’étais créé un nouveau besoin (vous analyser), aussi idiot qu’il était dépourvu de sens puisque je n’ai jamais accepté de pub ni de publirédactionnel. Mais peu importe que ça n’avait aucun sens : chaque jour ou presque, je me surprenais à regarder les stats pour savoir qui vous étiez, à me demander pourquoi tel ou tel article marchait mieux ou moins bien que les autres. Du temps perdu.

Je ne pense pas que cela ait jamais influencé ma façon d’écrire (suffit de parcourir les dix années d’archives du blog pour s’en assurer), mais une chose est sûre : virer les stats m’a libéré du temps et, plus que tout, de l’attention. Du “temps de cerveau disponible” dirait l’autre con de TF1. Du temps de mon cerveau. Du temps disponible que j’emploie à autre chose qu’à me laisser distraire par ce qui n’est que ça, une distraction : le bruit d’un compteur qui tourne à chaque affichage d’une page, à chaque clic.

Sans ce bruit constant, sans cette carotte en plastique placée sous le nez de l’âne que je suis, je peux me concentrer sur ce que je veux dire, je peux hésiter en mâchouillant mon crayon — je peux même décider de ne rien écrire ou alors de ne rien publier de ce que j’écris. Je peux faire autre chose, ou même ne rien faire du tout.

Vaguement sur le même sujet :

Faites ce que je dis, pas ce que je fais.

Bâtir une culture

Il faut encourager et s’approprier les outils qui ne sont pas de simples extensions aux logiciels que nous connaissons. Il faut critiquer et abandonner ces logiciels qui n’ont jamais été prévus pour le numérique et qui freinent le développement d’une culture propre, qui restent sur un paradigme dans lequel le numérique n’est qu’un sous-produit auquel nous ne sommes même pas invités à penser.
(…)
Et il faut encore réfléchir à ce que peut être un livre numérique, ne pas se reposer sur ceux qui n’ont pas l’imagination pour le faire, ne pas faire confiance à ceux qui ont déjà prouvé qu’ils n’avaient pas vraiment d’idées
(…)
Et tout cela passera par le partage et l’échange ou ne passera pas. Il faut que ceux qui créent participent à la construction de cette culture, en expliquant leur approches et leurs méthodes.
@JiminyPan : Bâtir une culture

Je n’ai rien à ajouter à cette proclamation, à part un grand merci — et oui, je dis ça alors que je persiste à bidouiller le dinosaure Word à côté de Markdown, à faire coexister TXT et DOCX dans ma boite à outils.

Vaguement sur le même sujet : Quel est l’avenir de Pages ?

Nature makes all articles free to view

All research papers from Nature will be made free to read in a proprietary screen-view format that can be annotated but not copied, printed or downloaded, the journal’s publisher Macmillan announced on 2 December.
Nature makes all articles free to view (emphasis are mine).

Silly–and a real pain in the ass. At least, one will no longer need to rob a bank in order to read Nature or, worse than robbery, download a copy of it.

Digital immigrants

Anyone born after 1985 is a ‘digital native’ and can’t imagine a time before the internet, when we weren’t constantly connected…
Lauren Laverne’s, on Michael Harris’s ‘The End of Absence’

So, anyone born after 1985 is a digital native that can’t imagine being constantly connected. Really?

Anyone

Wikipedia

Even online, it looks like we feel the need to define second class citizens, that are not us, doomed to be mere (digital) immigrants. The only thing that has changed with analog/physical(?) immigrants being the nature of the border between them and us I guess.

Une laïcité moralisatrice et liberticide

Extrait d’une interview des juristes Stéphanie Hennette-Vauchez et Vincent Valentin qui décrivent une “nouvelle laïcité” moralisatrice et liberticide, en réfléchissant à l’affaire Baby-Loup. Il y a longtemps que je n’avais pas lu quelque chose d’aussi intelligent dans la presse sur cette question :

Au XXe siècle, le principe juridique de la laïcité garantissait une liberté : celle de croire ou de ne pas croire. Aujourd’hui, les partisans de la nouvelle laïcité veulent imposer des restrictions. Ils défendent non pas un droit mais une culture, une certaine manière d’être. On touche déjà à la manière de s’habiller, pourquoi pas bientôt à la manière de manger, ou autre ? On l’a bien vu avec la loi du 11 octobre 2010 interdisant la dissimulation du visage dans l’espace public [dite anti-burqa, ndlr]. Le gouvernement a retardé de six mois l’entrée en vigueur de sa loi pour préparer les citoyens à travers une campagne : «La République se vit à visage découvert.» Une sorte de catéchisme républicain.
(…)
L’affaire Baby-Loup est intéressante car elle révèle que le prisme espace privé-espace public ne permet plus de répondre de manière satisfaisante à ces questions. Bien souvent, des choix privés de l’individu demandent, pour avoir un sens, de trouver une forme de reconnaissance dans l’espace social. Par exemple, le changement de sexe : il n’y a pas plus intime, et pourtant, ça n’a aucun sens si l’Etat n’accepte pas de modifier l’état civil de la personne. Pourquoi ne pas réfléchir de la même manière au fait religieux ? Quel est l’espace de reconnaissance social de ce choix intime ? Ce qui est sûr, c’est que le principe de laïcité n’est pas le bon moyen juridique pour répondre à ces questions.

C’est à lire sur Libé : «La présence de la religion est désormais jugée insupportable»