Fuji X100S et TCL-100 et pyramides et petite fille

J’ai pu passer la journée avec un convertisseur TCL-100 qu’on m’avait prêté. Il transforme le 23mm du X100S en 33mm, c’est-à-dire en équivalent 50mm. Et j’ai adoré ça.

Sans doute parce que j’ai appris la photo avec un 50 (pour être précis, c’était un 55), mon oeil s’est immédiatement senti chez lui dans le viseur — comme quand on enfile une vieille paire de pompes : c’est confortable et on se sent bien dedans et ça nous donne le sourire — là où j’en suis encore à tenter de dompter le cadre si large du 35mm du X100S.

Le TCL est volumineux, mais il n’est pas énorme — mais il le sera sans doute de toute façon trop, pour qui aime la discrétion du X100S : son gros oeil le rendant sensiblement moins discret à mon avis. S’il est excellent, je vais donc quand même le rendre sans trop de mal.

Cela dit, renouer avec le 50 me rend plus qu’impatient de voir débarquer — à défaut d’un illusoire X200 33 f2, mmmm… je l’achète dans la seconde qui suit son annonce — la prochaine optique XF de Fuji : le 35 f2, que je pourrai monter sur le X-E2… un boitier qui est de toute façon déjà moins discret que le X100S.

Pourquoi ne pas prendre l’actuel 35 f1.4 ? Parce que le f2 devrait être un peu moins volumineux — tout est relatif, le 35 n’est pas gros du tout comparé à ce qu’on trouve en reflex, mais il l’est comparé au 23 du X100 — et parce que j’attends de pouvoir comparer les deux pour choisir. Ou alors je trouve un 35 1.4 pas cher, ou alors j’aurai encore eu le temps de changer d’avis d’ici là et je reprendrai ce TCL-100 ? On verra 😉

Where's the mummy?
Where’s the mummy? (1/900, f5,6 — X100S + TCL100)

Mise au point manuelle sur le X100S : ce que j’aimerais

En me mettant à la photo de rue, j’ai pris le parti de ne pas compter sur l’autofocus : aussi rapide qu’il soit, il est toujours moins rapide que ma capacité à anticiper une scène. Faire une pré-mise au point, ou travailler à l’hyperfocale, permettant d’être toujours prêt.

Je photographie donc à la main, à l’ancienne diront certains… sauf que ça ne me semble absolument pas ancien, mais seulement particulièrement adapté à ce que je cherche : limiter le risque de ne pas être prêt à déclencher sur des scènes que le hasard de mes balades met sur mon chemin et qui ne durent souvent qu’une fraction de seconde.

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Je n’ai pas eu le temps de mieux me placer, ou de lui demander de se tourner, mais je n’aurais même pas eu la photo si j’avais dû essayer de faire la mise au point. Et puis j’aime bien l’image… assez pour “voler” d’autres images de cette jeune femme et de son amie pendant qu’elles s’amusaient pour, ensuite, les aborder et leur proposer d’en faire une dernière et de les leur envoyer par email. (f8, 1/500)

C’est une des qualités du X100S de nous laisser choisir comment on photographie, en utilisant tout ou partie des automatismes ou tout à la main, et de nous donner un accès direct sur le boitier lui-même — pas dans un menu — aux contrôles essentiels à la prise de vue : vitesse, ouverture et mise au point.

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f8, 1/500

Après quelques jours à travailler uniquement à la main, il me semble pourtant que Fuji pourrait facilement — d’accord, c’est facile de mon point de vue d’utilisateur, mais je ne suis pas ingénieur — améliorer certaines choses concernant la mise au point manuelle.

Des changements qui, à mon humble avis, apporteraient beaucoup à l’amateur de contrôle manuel, et au photographe de rue, sans rien changer dans les habitudes de l’amateur d’autofocus. Des changements qui pourraient se faire de manière purement logicielle, c’est-à-dire sans devoir rien changer sur le boitier :

  • Des distances de mise au point prédéfinies.
    Pour la mise au point manuelle Fuji utilise un système qui n’est plus mécanique (la bague faisant tourner des éléments dans l’optique), mais électronique. En gros : un capteur perçoit les mouvements de la bague et transmet des instructions à l’autofocus qui s’adapte et fait le point à la distance que vous indiquez. Bref, avec un tel système, il devrait être aisé de programmer des distances de mise au point prédéfinies dans l’appareil et, soyons fous, de permettre à l’utilisateur de les choisir lui-même. Ce système électronique deviendrait alors bel et bien un avantage comparé au système mécanique classique.
    On pourrait ainsi mémoriser trois ou quatre distances, qui seraient ensuite activées d’une simple pression (ou de plusieurs, pour passer de l’une à l’autre) sur un bouton, l’appareil faisant instantanément la mise au point sur la distance souhaitée: 1m, 2m50, 3m, 5m, par exemple. Ça irait bien plus vite que de tripoter la bague actuelle qui est lente et pas forcément très maniable ou précise, surtout quand on a pas le temps de faire ça tranquillement.
  • Hyperfocale prédéfinie. C’est encore plus évident en ce qui concerne l’hyperfocale, qui pourrait être accessible via le même bouton que les distances prédéfinies. Les ingénieurs de Fuji connaissant tous les paramètres de l’optique et du capteur du X100S, ils pourraient offrir un accès instantané à l’hyperfocale pour chaque ouverture plutôt que, là encore, de devoir chipoter avec la bague de mise au point.
  • Ce ne serait pas mal aussi de pouvoir désactiver la bague de mise au point, par exemple quand on utilise une distance de mise au point programmée, ou l’hyperfocale : la bague pourrait toujours tourner, mais sans risque de changer accidentellement la distance de mise au point — toute impression qu’il s’agirait d’une expérience vécue serait justifiée… au point que depuis deux jours je colle un bout de gaffer sur la bague, pour être sûr qu’elle ne bouge pas au moindre frôlement, ce qui est loin d’être pratique.
  • Désactiver l’accélération de la bague de mise au point, au moins en option. Je ne connais pas le nom de cette fonction, mais c’est ce qui fait que plus on tourne la bague de mise au point rapidement plus la distance de mise au point se modifie rapidement. Je ne m’y habitue pas.
    *Si* je dois utiliser la bague de mise au point, je préfère qu’elle soit lente et devoir la faire tourner plusieurs fois, mais de façon prévisible, plutôt que rapide, mais avec des amplitudes variables. Si je dois l’utiliser ? Oui, parce que si je suis vraiment obligé de faire la mise au point précisément moi-même en mode manuel, je ne vais pas me priver d’activer provisoirement l’AF, en appuyant sur AF/AEL.

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f8, 1/500

Le Fuji X100s — je dis “S”, parce que c’est celui que je possède, mais j’imagine que ça vaut autant pour le X tout court ou le X100T — est un excellent appareilappareil génial que je commence seulement à correctement utiliser pour la photo de rue, mais chaque sortie est un plaisir plus intense que la précédente, et s’il fait trop humide dehors, c’est au Louvre ou dans un autre musée que je vais faire de la photo de “rue”, hors de question de ne pas pratiquer. Hors de question de laisser ce boitier ne rien faire.

C’est un appareil qu’on a envie d’emporter partout avec soi, il est discret, il tient dans la poche d’un manteau… hum… et les batteries de réserve remplissent une autre poche du manteau… hum…, il est équipé d’une excellente optique derrière laquelle on trouve un incroyable capteur, le tout emballé dans un design qui ne l’est pas moins, avec une ergonomie qui est plutôt très très bien pensée dans l’ensemble. Mais, à l’usage, on se dit que la mise au point manuelle pourrait être beaucoup plus agréable, avec ces quelques changements.

Bref, Fuji il paraît que tu écoutes tes clients ? Fuji, je suis un de tes clients. Merci d’avance — merci même sans ça, en fait 😉

Se mettre à la photo de rue

Se mettre à la photo de rue et moi et moi et moi, à Paris (droit à l’image, X100S, les gens)

Depuis quelques jours, je me suis mis à pratiquer un genre photo qui m’a toujours énormément séduit, mais qui m’intimide encore plus : la photo de rue.

Je n’ai pas de temps à perdre à discuter sans fin de ce qu’est ou n’est pas la photo de rue, je laisse ça aux trollsexperts, et je dirai que la photo de rue, pour moi et pour le moment, c’est photographier des gens dans la rue. Voilà.

Oser la photo de rue, quand tu es gros (donc pas discret) et timide

Je n’ai jamais vraiment osé m’y mettre, à part le cliché occasionnel, pour deux raisons qui n’ont rien de flatteur — j’espère juste qu’en parler pourra servir à quelqu’un d’autre :

  • D’abord, parce que lors de toute ma première sortie photo parisienne — c’était mon premier jour à Paris, en 2000 — je me suis fait engueuler comme du poisson pourri par la dame que je venais de photographier. Pour le coup une superbe photo, celle-là, mais la dame n’a cessé, entre deux insultes, d’exiger que je détruise la photo, que lorsque je lui ai poliment suggéré d’appeler la police. Tu parles d’une première fois… Du coup, j’ai la trouille.
  • Ensuite, parce que je suis gros (même si je ne ressemble pas à une boule, je suis massif et on me voit de loin) et parce que je suis maladivement timide.

Bref, il y a quelques jours de ça j’ai réalisé que dans les deux cas j’avais tort et — ce qui est probablement pire que de se tromper — que j’étais le seul à en pâtir. Le monde entier se foutant complètement de savoir si, oui ou non, je faisais les photos dont j’avais envie, j’étais le seul à me sentir frustré. Une véritable révélation, et tant pis si ça fait marrer.

Je me suis donc équipé de mon fidèle X100S et j’ai commencé à me promener dans les rues de Paris avec un objectif simple : oser photographier des gens, pas la rue, pas les bâtiments, etc. Non, des gens. (Objectif annexe : marcher, pour rééduquer ma jambe et mon pied qui n’en finissent plus de me rappeler qu’ils sont amochés.)

Pour limiter le risque d’engueulades pour ma première sortie — sans exagérer, depuis quinze ans, je pense à cette dame colérique chaque fois que je sors avec un appareil photo — j’ai un peu triché : en limitant ma promenade à quelques quartiers hypertouristiques, où apercevoir quelqu’un avec un appareil photo ne choque (presque) plus personne. Le tout petit X100S passant également à peu près complètement inaperçu (surtout couvert de gaffer, comme le mien), dans la masse de reflex aux téléobjectifs plus imposants les uns que les autres.

2015 0302 171445 2 J’ai toujours couvert mes appareils de gaffer, pour masquer leur marque et les rendre plus discrets et moins séduisants pour un éventuel voleur. Mais je n’ai jamais été aussi triste de le faire que sur le X100S, qui est si beau.

Le premier jour mon objectif était simple, je l’ai dit : oser déclencher. Je suis revenu avec une centaine d’images, dont aucune n’était bonne, mais c’est peu dire j’étais ravi de pouvoir admirer mes photos de tant de visages inconnus.

Le lendemain, après avoir pris le temps d’analyser les photos de la veille et de repérer les plus gros problèmes, l’objectif était double :

  • M’approcher un peu plus. Et là encore le X100S s’est révélé génial : pas de zoom, tu es obligé de t’approcher de ton sujet, que tu le veuilles ou non.
  • Travailler uniquement à l’hyperfocale, et sans AF donc, pour ne plus perdre de précieuses (nano)secondes à faire la mise au point. J’y reviendrai dans un autre article, si ça vous intéresse.

Les photos de cette seconde journée étaient un peu moins nulles, mais toujours rien de bon. Rien, comme dans zéro, donc. Mais je m’étais encore rapproché, ça se sentait dans les cadrages moins pauvres. J’avais réussi à maitriser, si l’on peut dire ça vu les contraintes, l’hyperfocale sur le X100S malgré son absence de véritable bague de mise au point manuelle.

Ce matin, troisième jour et troisième sortie avec un seul objectif : encore plus près. Je n’ai toujours ramené aucune bonne image, aucun “instant décisif” — par contre, qu’est-ce que j’ai ramené d’instants “bordel t’es con, si t’avais appuyé un instant plus tôt/plus tard” —, mais je suis encore plus enthousiaste qu’il y a trois jours. Et ma jambe semble partager mon ethousiasme : elle n’a pas encore déclaré forfait.

Au niveau des réactions, si j’ai bien noté quelques regards crispés ou suspicieux, voire carrément hostiles, j’ai aussi noté un bon paquet de sourires et de regards curieux — et ça c’est une surprise — dont une poignée a débouché sur une prise de contact plutôt encourageante.

Il semblerait aussi que ma timidité me foute la paix quand je suis dans le bon état d’esprit “photographique” — quand j’oublie de penser à moi et à la foule autour, pour ne m’intéresser qu’à ce qui entre et sort du cadre.

En même temps que cette indifférence — qui a peur des contradictions ? — je remarque aussi que je prête plus attention à la réaction des personnes et que j’essaye de répondre à un regard par un sourire, par un clin d’oeil ou par un petit geste. Des petites choses qui peuvent désamorcer un début d’inquiétude ou transformer un élan de mauvaise humeur en de la curiosité.

Je n’ai eu que deux ou trois engueulades sérieuses — quelque chose que j’ai décidé de déléguer à mes plus fidèles alliés : mon physique d’armoire à glace et mon sourire en coin. Pour l’instant, ça marche 😉

Photos de rue et droit à l’image

Je vous le disais : mon objectif est d’abord de vaincre ma timidité et de photographier des gens dans la rue. On verra ensuite si la photo de rue et moi c’est (le commencement d’)une belle amitié.

Reste les photos elles-mêmes. Si elles sont toutes mauvaises, certaines me semblent prometteuses. Assez pour que je veuille avoir l’avis d’autres photographes. Internet est idéal pour ça.

Sauf qu’il ya le droit à l’image qui, en France du moins, nous explique, mais pas toujours clairement, ce que l’on a le droit de faire ou pas avec une photo de quelqu’un. Je cite Wikipédia :

toute diffusion publique d’une photographie par voie de presse ou autre (site internet, télévision, revue, journaux, blogs etc.), le diffuseur doit obtenir l’autorisation expresse de diffusion de la ou les personnes concernées.
Si le sujet de la photographie est une personne, celle-ci, fût-elle inconnue, possède un droit de s’opposer à l’utilisation de son image. Ce droit est assimilé à la notion de vie privée bien que le droit à l’image ne soit pas une construction juridique clairement définie en soi. Avant de pouvoir utiliser la photographie concernée, il faut s’assurer que la personne photographiée ne se prévaut pas du respect de sa vie privée et de son image et qu’elle ne s’oppose pas à la communication, la diffusion, la publication de cette image. Ce droit à l’image déborde le seul cadre de la sphère privée. Des personnes se sont opposées à la publication d’une photographie les représentant dans un lieu public, dès lors qu’elles apparaissent comme étant le sujet de l’œuvre, en raison d’un cadrage ou d’un recadrage. D’autres, dans une photographie de groupe, lors d’une manifestation de rue, ont exigé que leurs traits soient rendus inidentifiables.
La personne dont l’image est en cause peut agir pour s’opposer à l’utilisation de son image en demandant aux tribunaux d’appliquer l’art.9 du code civil qui consacre le droit de tout individu au respect de la vie privée. Il faut toutefois pour cela que la preuve de l’existence d’un préjudice constitutif d’une atteinte à la vie privée soit faite.
Contrairement à une fausse idée répandue[réf. souhaitée], ce n’est pas la prise de photo sur la voie publique qui est éventuellement condamnable, mais la diffusion ou la publication de photographies où une personne est aisément reconnaissable, sans préjudice du droit à l’information où l’autorisation n’est pas nécessaire. Tout photographe qui ne se contente que de prises de vues pour son seul usage personnel et privé ne viole pas la loi ni civile ni pénale.
(Wikipédia : Droit à l’image)

Si je n’hésite plus à donner mon adresse email ou à prendre celle des personnes intéressées de recevoir leur photo, je ne me trimballe pas non plus avec une pile d’autorisations de publication, histoire de courir derrière chaque passant et lui demander s’il veut bien la signer, merci t’es trop chou mon lapin, on t’as déjà dis que t’avais de beaux yeux ?

Difficile, donc, de publier la moindre image, vu qu’il y a sur chacune d’elle la belle tronche de l’un ou l’une de mes conctitoyen(ne).

Le respect de la vie privée, oui. Mais en rue, c’est-à-dire dans un espace public ? Dans des rues qui, de toute façon, sont de plus en plus contrôlées par des caméras de surveillance ?

Paris a toujours été célébré la photo, on se presse dans les expositions. Je me demande quand même ce qu’on exposera comme photos de rue, dans quelques années ?

Droit

Si je la photo de rue vous intéresse, si vous ne le connaissez pas déjà, le blog de Bernard Jolivalt est une mine — y compris en ce qui concerne le droit à l’image.