Photo de rue, sans appareil photo

Aujourd’hui, je suis sorti photographier sans appareil photo. Je n’avais emporté que mes yeux et ma petite tête, pour regarder et enregistrer ce que je voyais. Plusieurs raisons à cela :

M’obliger à regarder autour de moi — pas à viser et à composer dans le cadre, mais m’obliger à ouvrir les yeux en me disant “ouais, ça serait sympa comme photo” ou “ouais mais non, parce que ça, c’est nul” ou “non”.

Je ne sais pas comment expliquer ça autrement qu’en faisant un parallèle avec l’apnée : quand je suis en rue, je me surprends souvent à ne plus regarder autour de moi, comme sous l’eau on retiendrait son souffle pour ne pas se noyer — sauf qu’en rue je ne risque pas de me noyer en ouvrant les yeux, au contraire ça me donnerait plus d’air de ne pas me replier sur moi-même ou sur une idée préconçue de ce que je veux saisir dans l’image.

M’obliger à regarder en direction de sujets que je n’ose toujours pas photographier. Là c’était très concret : je voulais regarder derrière les vitrines de magasins, des restaurants, des bistrots, salons de coiffure, etc. Je voulais aussi pouvoir entrer dans les boutiques ou même dans les cours d’immeubles accessibles et voir si je pouvais photographier quelque chose. Pour commencer, je me suis dit que je serai moins stressé de le faire sans appareil photo dans les mains.

L’expérience est étonnante. Je n’avais pas réalisé à quel point il y a des trucs intéressants à photographier le long des rues, pas seulement dessus. ET à quel point ça semble possible de faire des photos sans (se) créer de problèmes.

Au début, je marchai en jetant de brefs coups d’oeil sur ma droite sans ralentir le pas. Au moins dix fois, j’ai dû m’arrêter et faire marche arrière pour repasser devant la boutique ou la vitrine, et m’assurer que j’avais bien vu ce que j’avais vu : des postures, des attitudes, des regards, une lumière, etc. qui ne demandaient qu’à être photographiés…

Pour peu que l’on ose, car je vais avoir du mal à entrer dans une boutique pour prendre une photo et à en ressortir aussi vite que je suis entré.

Pour peu que l’on prenne son temps : s’il faut être rapide pour déclencher et saisir l’instant, il vaut mieux avancer lentement si l’on veut avoir une chance de voir quelque chose d’intéressant. Sinon, le long de la rue, onje ne serai à nouveau plus qu’un passant qui regarde distraitement défiler une succession de vitres et de portes, de façades et de silohouettes, rythmée par les coupures des routes et des avenues. Rien qu’un décor, plus ou moins sympa, sur lequel photographier d’autres passants.

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A défaut d’une vitrine, il y a la vitre du bus, entre ces dames et moi 😉 (Looking for something 2, f8, 1/320)

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