Un livre/un bateau en papier

2013 06 22 20 Fotor.png

C’est entièrement la faute de @fbon si je me retrouve avec un livre papier dans mon sac à dos, à côté de l’iPad.

À ce stade, nous nous trouvons face à ce qui me paraît être la plus subtile des énigmes ; la dictée par Marco Polo du livre à Rustico. Qui est ce Rustico ? De lui, on sait peu chose, mais ce que nous savons peut suffire pour déchiffrer une situation au charme angoissant : Rustico est, en français, l’auteur de compilations tirées de la matière de la Table Ronde ; l’une de ces compilations connut quelque fortune auprès de certaines cours. Il ne s’agit pas d’un lettré : c’est un fabricant de livres périssables, un conteur des histoires d’autrui, de fables, de légendes ; il aime l’amour, il aime les passions terribles et fantastiques, il apprécie le taciturne vacarme que font les minuscules batailles qu’il protège de sa main. Ce n’est pas un poète, mais il sait raconter avec une grâce rêche ce que tout un chacun sait ; et ce monde archiconnu et fictif, ce grand corps quelque peu monstrueux où se rassemblèrent magies et merveilles, homicides, fureurs et passions sauvages, ce labyrinthe de chair et d’hallucinations, est désormais entré en déchéance, il perd ses membres polychromes. Rustico est le compilateur d’histoires admirables, attendries et empoisonnées par le pressentiment de leur propre fin.
(Giorgio Manganelli, “Marco Polo”, cité par François Bon)

2 comments » Write a comment