Je me suis dérouillé les jambes à la Défense, ce matin.
Ce qui est intéressant, le WE, c’est que l’absence passant révèle à quel point cet espace a été pensé sur le papier — d’abord comme une carte ou un plan, une maquette faite pour être regardée, plus que comme un lieu de vie.
Quand je me balade dans les rues de Paris, même si je n’ai pas le droit de publier les photos, ce sont les gens que je photographie le plus : Paris et les Parisiens sont indissociables pour moi : commerces, habitations, les lieux de passage eux-mêmes portent tous les traces de nos activités, du temps que nous y passons et de la façon dont nous approprions ces espaces. Paris, c’est notre ville.
Ce n’est pas le cas à la Défense, où je ne vois souvent qu’une sorte de métro inversé — sans roues et sans rails — qui ne n’irait nulle part, mais dans lequel c’est nous qui transiterions de et vers notre lieu de travail. Et les jours où on y transite pas — le WE, par exemple — tout est fermé, éteint, à l’arrêt.
Ou presque. Car je caricature, bien entendu, et pour peu qu’on prenne le temps d’y traîner, on trouve rapidement des lieux de vie. Mais toujours ils me font l’impression d’être là comme par accident, cachés derrière les façades brillantes — dans les fissures et les craquelures qui empêchent la Défense d’être aussi lisse qu’elle se rêvait d’être — comme de la mauvaise herbe qui pousse entre le trottoir et le mur des façades. Cette mauvaise herbe qui me fait rêver.
Au fond, si de Paris je peux dire que c’est notre ville. De la Défense, je dirai que nous ne sommes que des locataires dans un appartement, et qu’on y laisse bien peu de traces — qui seront vite effacées d’un coup de pinceau par le propriétaire, avant de faire place aux nouveaux locataires.
Bref. Si ça vous tente, j’ai publié quelques images sur Flickr :
Ces photos ont été prises avec un iPhone — aux puristes qui auraient le malheur de poser les yeux sur mes clichés, je présente mes excuses de m’obstiner ainsi à ne pas utiliser un vrai appareil photo.

