Le livre est un produit

Comment expliques-tu l’absence de réaction des éditeurs français jusqu’à très récemment ?

(…)Ce n’est pas une absence de réaction, c’est une politique très construite pour retarder l’échéance d’une bascule, avec risque évident de remplacer une transition progressive par un basculement plus brutal. À leur décharge, l’impossibilité manifeste de transférer dans l’économie web leurs infrastructures très lourdes, liées à l’écosystème de la distribution papier – effectifs, entrepôts, camions mais tout aussi bien services de presse, représentants, tout est lié à l’écosystème actuel, alors que nous travaillons sur le web en micro-structures très souples, sans heure, sans lieu fixe, où chacun garde son statut de micro-entrepreneur. Les seules analogies qui me viennent ne proposent pas de solution miracle : en France, en 1914, 70% de la population vivait de l’agriculture, encore 30% en 1968, moins de 6% aujourd’hui – on n’a pas sauvé les aciéries ni les mines, et le seul discours qu’on entend dans leur chasse aux subventions, c’est que le livre « n’est pas un produit comme les autres », quand justement, dans la période très récente où l’édition est devenue industrielle, elle en a fait un produit comme les autres.

François Bon : publie.net, éditeur à réaction