L’Adam de l’amer

On est une belle race: avec de jolies teintes de peau qui vont du blanc au noir. Des tas d’idées, de la poésie plein les yeux et la tête, de l’amour à revendre (et de la haine, aussi). Si je ne l’étais pas déjà, certains jours je rêverais d’être l’arrière(∞)-petit fils de Adam et Eve.

Mais on est aussi de sacrées saloperies ! Plus méchants et plus cons qu’une belle-mère qui aurait enfermé son gendre abhorré dans le four à micro-onde qu’elle s’apprête à allumer. Du coup, je suis moins heureux d’être l’arrière(∞)-petit fils de Adam et Eve.

J’ai commencé la lecture de Le jour où l’abeille disparaîtra, un essai de Jean-Christophe Vié sur l’état de la biodiversité nature, et ça n’est pas réjouissant.

Je dois confesser deux choses. D’abord, je ne me suis jamais intéressé de spécialement près à la nature: j’aime bien les papillons, mais j’en vois moins que durant mon enfance. J’aime les arbres (à la folie! Sans rire, j’ai du être une mousse sur un tronc dans une vie antérieure, et gare au premier qui dit que je suis un gland dans cette vie-ci !) et j’aime la mer (c’est ma pile, mon chargeur). Ensuite, comme tout le monde j’imagine, je me dis que c’est très con de polluer la planète et que ça finira par se payer. Mais à part baisser le radiateur, consommer un peu moins de flotte, éteindre les ampoules (basse consommation), et revendre la voiture (enfin, Sandra a revendu sa voiture, moi j’ai pas de permis), c’est une pensée qui ne se traduit pas en actes.

Le bouquin tourne autour d’une idée forte: la nature s’appauvrit (moins d’espèces vivantes, une nature moins sauvage et appauvrie par les choix que nous faisons et la pollution que nous créons) et, selon l’auteur, c’est un sacré problème… pour nous. Les dégâts sont très importants, mais ce n’est pas encore désespéré — en clair: le bateau coule, mais on ne va pas commencer à hurler en agitant les bras, ou se piétiner pour atteindre un canot de sauvetage qui n’existe de toute façon pas. Essayons plutôt de colmater la brèche.

Le bouquin n’est pas “neutre”, c’est pas une thèse, chaque page est une déclaration d’amour à la nature (et on se dit aussi qu’il vaut mieux pour certaines personnes que l’auteur ait choisi le stylo plutôt que le bazooka pour s’exprimer). Mais il y a quelques chiffres et quelques explications un peu plus techniques qui font réfléchir (même une buse de mon espèce). Par exemple — et ce n’est qu’un exemple. Dans certaines pages chaque phrase est une claque, ou un coup de pied dans la figure — il y a ça:

Pour alimenter le marché des ailerons (de requins) et ne pas s’encombrer de carcasses inutiles, une pratique inqualifiable a cours: le finning. Capturés, les requins sont rapidement amputés de leurs ailerons, moins de 5 pour cent du poids total de leur corps, et rejetés la mer, parfois encore vivants, où ils périssent lamentablement.”
(p131)

Un peu plus loin on apprend que dans telle partie de tel océan 89% des requins de telle et telle espèces ont disparu — so long Jaws. Et ce n’est que le petit chapitre consacré aux requins, le reste des petites bêtes qui font des vagues sous l’eau ne semble pas beaucoup mieux loti. Ca n’est guère plus réjouissant pour les petites bêtes qui grimpents aux arbres, qui courent à gauche et à droite ou qui rampent ici et là. Même les escargots ont du souci à se faire.

Toutes, elles sont toutes si… mal traitées. Matière première dont la “vie”, le fait que ce sont des êtres vivants, ne serait qu’un accident, une nuisance que l’on doit bien supporter.

Comment espérer une société plus juste — pour nous-même — si on ne voit pas le mal dans cette façon de “récolter” la nourriture que l’on consomme ? On est pas mieux que les cow-boys qui flinguaient les bisons à tour de bras (les mêmes qui ont massacré les tribus indiennes ?). On est pire: on sait que c’est une très mauvaise idée et on le fait quand même.

Lisez ce bouquin (je ne l’ai pas terminé, et n’ai même pas bien résumé de que j’ai lu). Je ne sais pas si ça changera quoi que ce soit de le lire, en fait. Evidemment non, mais au moins savoir un peu mieux ce qui se passe, c’est déjà quelque chose.

6 comments » Write a comment

  1. Tiens, ça me fait penser à un livre que j’ai vraiment apprécié, il ne laisse aucune place, aucun doute, sur la responsabilité de l’homme dans ce "carnage naturel", et franchement on se prend de bonnes claques dans la tronche :

    "L’humanité disparaîtra bon débarras – Yes Paccalet" Rien que le titre, j’adore.

    Si tu le lire, dis le moi, je te le passerai 😉

  2. J’avais vu ce titre, qui m’avait interpellé 🙂

    Oui, je veux bien le lire. Mais je ne suis pas aussi certain qu’on soit les seuls “responsables” de tout.

  3. Je pense que l’on flippe tous énormément et les médias n’aident pas, encore ce midi, aux infos, on nous parle du fait que les magasins ne distribuant plus de sacs plastiques (pour préserver la planète), la consommation des vrais sacs poubelle a augmenté de 30% en quelques années. Donc on en revient au même. Sauf que les supermarchés se déresponsabilisent, ils peuvent donc dormir tranquille…

    Et en même temps, la bio-nutrition, bio-machin, bio-truc c’est à la mode. Dans 10 ans le monde n’ira pas mieux mais les gens s’en ficheront puisque ce ne sera "in" d’avoir une maison isolée avec des matériaux naturels…

    Désolée je suis un peu amère à ce sujet, parce que moi aussi je vois beaucoup moins de papillons que lorsque j’étais gamine. (et je n’ai que 26 ans) Et tout ce business écolo, franchement ça me fait gerber. (et non pas Gerblé© :p)

    Alors que comme tu dis "on n’est pas responsable de tout" mais si, on avait su, il y a 60 ans que le charbon, les moteurs, les chemins de fer, les fusées, les satellites, la chasse à l’éléphant, etc auraient eu ses effets sur la planète, aurions nous fait marche arrière ? Vraiment pas sûr… Puisque le bénéfice prend le pas sur tout le reste.

    Je ne sais pas si tu as vu le film-reportage d’Al Gore : "Une vérité qui dérange" ? Quand tu vois que l’état américain hésite entre l’état de la planète et le fric, ça fait franchement flipper…

    Donc en humains égoïstes, on se dit que c’est le cycle normal de la planète et qu’elle s’en sortira bien mieux que nous ? Ironie inside.

    On nous met (à travers les livres, les médias) un poids sur les épaules dont on n’est pas responsable. Une petite pensée pour Bush qui se marre alors que la banquise fond…

    Désolée pour la longueur du post, je pourrais écrire un livre sur ce sujet tellement ça me révolte.

  4. notre responsabilité (qui n’est pas synonyme de “culpabilité”), elle est au niveau individuel, dans nos choix de consommation. Par exemple 🙂

  5. Je regardais si vous aviez qlqs articles sur le Gimp et suis tombé sur ce papier 😉
    Merci de votre petit compte-rendu 🙂
    ^^

  6. Héhé, pas de quoi

    pub même pas honteuse — au cas où, sur Gimp j’ai écrit ça 😉