Du béton dans les oreilles

Je ne crois pas en avoir déjà parlé, mais il y a quelques temps que je n’achète plus de musique en ligne protégée par une DRM, ni de CD protégés contre la copie. Pourquoi ? Pour ne pas encourager un mécanisme dont je suis la principale victime, justement, dès que j’y contribue en achetant certains CD.

La prochaine discussion parlementaire, en France, sur la loi DADVSI ne fait que m’encourager dans ce sens.

(mode coup de gueule ON)

Les DRM pourrissent la vie du consommateur (celui qui remplit vos caisses, amis marchands). Comment ne pas rester stupéfait devant cette évidence ?

Les fichiers électroniques devaient nous simplifier la vie : meilleure portabilité, facilité de stockage, facilité de recherche ou d’accès, un coût réduit, etc. Et qu’avons-nous concrètement ? Des fichiers lisibles dans un logiciel (ou un baladeur) spécifique, pas forcément disponible sur toutes les plate-formes et pas forcément agréable à utiliser ni même bien fait; des fichiers copiables un nombre limité de fois; des formats soi-disant protégés qui ne font que compliquer l’accès au contenu et nous font perdre du temps; des formats dont on n’a aucune idée de leur pérennité. Et, en plus, la variété des catalogues est limitée de façon absolument arbitraire et les prix restent ridiculement élevés (c’est très notable pour les livres électroniques d’ailleurs).

Cette façon de nous mettre des bâtons dans les roues et de nous gendarmer jusqu’au creux des oreilles, juste parce que certains industriels veulent absolument croire que le problème c’est nous, ça a quelque chose de lassant. Tout comme ce lobbying auprès de certains politiciens, et fonctionnaires, pour pervertir les lois à leurs appétits financiers.

Non ce n’est pas lassant, c’est odieux. Au point qu’on a que je n’ai plus envie de côtoyer ces industries ! La simple vue d’un rayon de CD chez un disquaire me donne la nausée, pas à cause des disques ou du vendeur bien entendu, mais parce que je sens derrière le disque, au bout de la chaîne de production, et même dans le disque, dissimulés entre les notes, ces industriels qui me haïssent presque d’oser vouloir écouter leur musique comme j’en ai envie.

Alors je dis ouste ! Du balais! Je ne vais pas les payer pour les aider à me faire ch**r non !? Quel service pensent-ils rendre pour prétendre nous imposer leurs règles ? Qui sont-ils d’ailleurs ? Des intermédiaires entre la bouche de l’artiste et notre oreille. Ok, il sont puissants. Mais leur puissance, au fond, elle ne tient que dans notre argent. Celui qui sort de nos poches en échange d’un bout de plastique ou d’un fichier numérique. Sans notre argent ils cessent d’exister, pas nous, pas les artistes.

A les voir ainsi travailler au corps la législation et les règlements au lieu de s’occuper de leur boulot — faire des disques et, suis-je naïf, dénicher des talents — il peut-être utile de leur rappeler, et de nous souvenir, qu’ils ne sont pas des politiciens élus pour décider des lois, ni des juristes formés pour leur donner corps. Ils sont seulement des fabricants et des marchands. Ils n’ont pas de pays à gouverner dont nous serions les citoyens, ils ne représentent personne d’autre qu’eux-mêmes. Pourtant notre « vote » compte… dans le bilan annuel de leurs sociétés! Sanctionnons leur « politique» , puisqu’ils veulent en faire, mais sanctionnons-la où ça leur fait mal.

Qu’ils gardent leur musique si précieuse. Je garde mon argent.

(mode coup de gueule OFF)

* * *

Les moins bornés d’entre-eux savent bien que, dans leur forme actuelle, ils appartiennent déjà à l’histoire, comme la tablette d’argile, le parchemin ou le rouleau de cire d’Edison. Ils ne font qu’accélérer leur fin à vouloir empêcher ce qui doit arriver est déjà arrivé : un changement technologique comparable à l’invention du gramophone qui leur a donné la vie.

La seule chose qui m’étonne c’est de voir si peu d’artistes spontanément les rejeter. Ne sont-ils pas effrayés de voir leurs « représentants»  traiter si grossièrement les clients, de voir insulter sans répit les gens qui aiment leur musique au point de vouloir payer pour l’écouter quand ils veulent ? Ne sont-ils pas inquiets de savoir que leurs oeuvres sont enfermées dans des formats dont personne ne sait comment on pourra y accéder dans 10 ans ?

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