Les rues de Paris

Balade photo dans les rues de Paris, hier après-midi. A peu près sans intérêt, sauf le plaisir. Ce plaisir qui pointe le bout de son nez dès que mes doigts se posent sur le boîtier et, sans que j’intervienne vraiment, vérifient que tout est en état et que les réglages sont bons.

Je ne connais pas la nature ou la raison de ce plaisir, il arrive (ou pas) quand je fais de la photo. Est-ce de me blottir derrière le boîtier, à l’abri des autres, ou au contraire de les tenir, ces autres, bien serrés dans le viseur. De découper le monde pour le recomposer à ma guise ? Ou est-ce simplement de me balader, déambuler et regarder tout et n’importe quoi, de perdre du temps ? J’en sais rien ! Mais quoi que ce soit, c’est un délice.

Ce dont je suis sûr, c’est que j’aime photographier Paris de derrière. M’écarter des grands boulevards, pas forcément m’en éloigner très fort d’ailleurs, et contempler l’arrière du décor. Là où la voiture ne trône plus car on n’a plus rien à venir y faire, des rues où l’activité et le commerce ne seraient qu’un souvenir incertain s’il y avait encore quelqu’un pour s’en rappeler. Des rues qui meurent plus ou moins doucement.

Paris. Un mur après démolition garde comme le négatif de la maison rasée

Regarder Paris se défaire et disparaître, pour laisser place à… Paris. Au fond, je n’aime vraiment de cette ville que ça : les traces qu’une époque a laissées sur la suivante. Les traces car il ne s’agit pas des immeubles prestigieux ou des monuments mais des riens du tout, une rue tordue qui impose son tracé au nouvel immeuble, un bâtiment anodin qui a survécu à l’urbanisation, ou celui là dont il ne reste que la silhouette décalquée sur un mur et des fenêtres biscornues.

Les traces qu’une victime peut laisser sur le corps de son agresseur, et qui l’accusent. En vain : la ville reprendra possession de ces espaces moribonds et les repeuplera. Sans mémoire, ils auront toujours été. Sans histoire, ils ne sauront pas que leur fin approche.

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