Dialogue avec une télé-vendeuse

Récemment, j’ai été sollicité par une télé-vendeuse d’une grosse société de télécom française à propos de leur offre ADSL+télé.

Voici un extrait de la fin de notre dialogue :

(...)

- Moi : J'ai déjà un abonnement pour l'ADSL et un autre la télé.

- Elle (dépitée, vraiment dépitée) : Ah ! Et chez qui ?

- Moi : chez Free et chez Noos.

- Elle : oui mais nos prix sont meilleurs : XX euros contre XX+n euros.

- Moi : C'est bien, mais franchement je n'ai pas envie de m'embêter à changer quelque chose qui marche, ni de me retrouver avec des problèmes de configuration ou des pannes...

- Elle (m'interrompant) : Mais monsieur il n'y a pas de problèmes, vous devez juste brancher le modem et ça marche !

- Moi : Ah bon ? Vous êtes certaine ?

- Elle (heureuse): Oui !

- Moi : Il y a un support technique pour les abonnés ?

- Elle : oui, bien entendu !

- Moi : Et ils sont payés pour ne rien faire ?

- Elle : Je ne comprends pas...

- Moi : Si ça marche tout seul, pourquoi sont-ils payés ?

- Elle : ...

(…)

En dehors du comique de cette discussion, enfin j’ai trouvé ça comique, et du temps perdu, deux choses me choquent :

  • D’abord cette invasion de mon espace privé via le téléphone. Ce n’est pas la première fois que je reçois des appels publicitaires (le même jour j’ai reçu une offre d’un salon de beauté pour ma compagne; et une autre pour essayer une voiture — je n’ai pas le permis de conduire…). Mais c’est de plus en plus souvent, de plus en plus insistant et… moralisateur ! “Mais je veux vous faire gagner de l’argent !“, “vous devez vouloir économiser de l’argent“, “ça marche tout seul (sous entendu : même pour les nuls comme vous)”, “c’est mieux pour vous“, etc.
  • La seconde chose qui me déplaît, c’est le culot des concepteurs de ces campagnes de ventes agressives (pas cette gentille opératrice) qui mentent ouvertement et sans hésitation : “ça marche tout seul“, “y a pas de problèmes“. Enfin bon, du yaka et cépachèr en costume de VRP digital.
    Y a pas une loi qui interdit la publicité mensongère ? Si je n’avais pas posé ma stupide question, elle aurait conclu son entretien sur un mensonge pour m’inciter à acheter.
    Leur seul objectif semble être de susciter l’achat ou l’abonnement, sachant très bien que le service après vente composera avec les déçus.

    C’est quelque chose qui est encore extrêmement courant en France : le client n’est bien traité que jusqu’au moment de l’achat. Après il ne rapporte plus rien, il coûte. Du moins c’est l’impression qu’on en retire.
    Quelle erreur que de ne pas comprendre que la valeur d’un client c’est sur la durée qu’elle doit s’évaluer… Dans mon activité professionnelle, je passe pas mal de temps à répondre aux questions de nos lecteurs et ça ne nous rapporte pas un euros. Pourquoi ? D’abord parce que les questions méritent une réponse (on essaye de faire honnêtement notre boulot et d’être à la hauteur de la confiance du lecteur), mais aussi parce que chaque lecteur apprécie que l’on se soucie de lui : il deviendra plus facilement un client fidèle.

Les anciens, ça fait pas de mal de les écouter (parfois)

Appel à la commémoration du 60e anniversaire du Programme du Conseil national de la Résistance du 15 mars 1944.

L’Appel des Résistants

Lucie Aubrac, Raymond Aubrac, Henri Bartoli, Daniel Cordier, Philippe Dechartre, Georges Guingouin, Stéphane Hessel, Maurice Kriegel-Valrimont, Lise London, Georges Séguy, Germaine Tillion, Jean-Pierre Vernant, Maurice Voutey.

Au moment où nous voyons remis en cause le socle des conquêtes sociales de la Libération, nous, vétérans des mouvements de Résistance et des forces combattantes de la France Libre (1940-1945), appelons les jeunes générations à faire vivre et etransmettre l’héritage de la Résistance et ses idéaux toujours actuels de démocratie économique, sociale et culturelle.

Soixante ans plus tard, le nazisme est vaincu, grâce au sacrifice de nos frères et soeurs de la Résistance et des nations unies contre la barbarie fasciste. Mais cette menace n’a pas totalement disparu et notre colère contre l’injustice est toujours intacte.

Nous appelons, en conscience, à célébrer l’actualité de la Résistance, non pas au profit de causes partisanes ou instrumentalisées par un quelconque enjeu de pouvoir, mais pour proposer aux générations qui nous succéderont d’accomplir trois gestes humanistes et profondément politiques au sens vrai du terme, pour que la flamme de la Résistance ne s’éteigne jamais :

Nous appelons d’abord les éducateurs, les mouvements sociaux, les collectivités publiques, les créateurs, les citoyens, les exploités, les humiliés, à célébrer ensemble l’anniversaire du programme du Conseil national de la Résistance (C.N.R.) adopté dans la clandestinité le 15 mars 1944 : Sécurité sociale et retraites généralisées, contrôle des « féodalités économiques », droit à la culture et à l’éducation pour tous, presse délivrée de l’argent et de la corruption, lois sociales ouvrières et agricoles, etc. Comment peut-il manquer aujourd’hui de l’argent pour maintenir et prolonger ces conquêtes sociales, alors que la production de richesses a considérablement augmenté depuis la Libération, période où l’Europe était ruinée ? Les responsables politiques, économiques, intellectuels et l’ensemble de la société ne doivent pas démissionner, ni se laisser impressionner par l’actuelle dictature internationale des marchés financiers qui menace la paix et la démocratie. Nous appelons ensuite les mouvements, partis, associations, institutions et syndicats héritiers de la Résistance à dépasser les enjeux sectoriels, et à se consacrer en priorité aux causes politiques des injustices et des conflits sociaux, et non plus seulement à leurs conséquences, à définir ensemble un nouveau « Programme de Résistance » pour notre siècle, sachant que le fascisme se nourrit toujours du racisme, de l’intolérance et de la guerre, qui eux-mêmes se nourrissent des injustices sociales.

Nous appelons enfin les enfants, les jeunes, les parents, les anciens et les grands-parents, les éducateurs, les autorités publiques, à une véritable insurrection pacifique contre les moyens de communication de masse qui ne proposent comme horizon pour notre jeunesse que la consommation marchande, le mépris des plus faibles et de la culture, l’amnésie généralisée et la compétition à outrance de tous contre tous. Nous n’acceptons pas que les principaux médias soient désormais contrôlés par des intérêts privés, contrairement au programme du Conseil national de la Résistance et aux ordonnances sur la presse de 1944.

Plus que jamais, à ceux et celles qui feront le siècle qui commence, nous voulons dire avec notre affection : “Créer, c’est résister. Résister, c’est créer”.

Signataires :

Lucie Aubrac, Raymond Aubrac, Henri Bartoli, Daniel Cordier, Philippe Dechartre, Georges Guingouin, Stéphane Hessel, Maurice Kriegel-Valrimont, Lise London, Georges Séguy, Germaine Tillion, Jean-Pierre Vernant, Maurice Voutey.

Le P2P tue la musique ?

Quelqu’un a trouvé le corps de la victime ? Pas vraiment…

Histoire de ne pas laisser la parole qu’aux larmoyantes et alarmistes Majors, un chercheur a analysé l’impact du partage de fichiers (le P2P, quoi) sur les ventes de CD.

Son étude est téléchargeable ici au format PDF, en anglais.

Via Boingboing.

Facturer le trafic montant de la bande passante ?

“Un amendement visant à taxer les débits sortants pourrait être proposé par les sénateurs dans le cadre de la loi sur l’économie numérique.”, selon vnunet.fr.

L’article complet est disponible ici.

C’est inquiétant.

Toujours en quête d’une solution miracle pour lutter contre les monstrueux pirates informatiques que nous sommes tous, nos députés seraient à deux doigts de proposer un amendement à la LEN visant à taxer l’upload de façon à, je cite l’article de vnunet, “limiter les échanges illégaux des fichiers soumis au droit d’auteur sur les réseaux peer-to-peer (P2P)”.

Ben ça ! Après la taxe sur les CD vierges, une autre sur la bande passante… C’est beau l’obstination.

On ne peut pas punir les ‘coupables’ alors on tape sur tout le monde ? En tout cas c’est comme ça que je le comprend !

Certains élus (les mêmes qui nous demandent de voter pour eux, remarquez) semblent penser que l’upload c’est forcément pour partager des fichiers piratés, que c’est du pain ôté de la bouche des multinat… des pauvres artistes et autres auteurs.

– Prend le violon et joue moi une valse ! Fais moi tourner la tête, chéri !

J’ulploade, donc je suis criminel ? Observons ma consommation d’upload quotidienne:

  • Quelques Mo d’emails par jour (c’est mon outil de travail principal, avec un traitement de texte)
  • Quelques Ko pour ce site,
  • Quelques Ko pour d’autres sites.
  • Des Mo (des centaines !) d’upload en P2P (ou en FTP)… mais de fichiers dont je suis l’auteur ou le propriétaire !
  • 0 (zéro) Mo de fichiers piratés.

C’est un crime ça ?

Je ne suis pas juriste, mais il me semble qu’il y a en France un principe qui dit qu’on est présumé innocent jusqu’à preuve du contraire. Est-il légal de voter une loi qui se base sur la présomption de culpabilité ? Coupables, en plus, d’un délit que personne n’est parvenu à identifier avec certitude (des chiffres, des faits, quelqu’un ?).

* * *

Mais le fond du problème dépasse cette question de payer plus pour lutter contre le piratage.

La question c’est : assistons-nous à la transformation du réseau mondial d’échange d’informations (Internet) en un réseau commercial à sens unique ? Un Internet où nous ne serions plus que des consommateurs autorisés (mais sous contrôle) à recevoir des produits, contre paiement. Le rôle de producteur ou de créateur de contenu étant réservé à des multinat… auteurs professionnels.

Cet Internet ne serait alors qu’un espèce de super-télé, pour paraphraser l’excellente image de Bernard Benhamou (lire cet article passionnant : Réflexions sur l’architecture et les enjeux politiques de l’Internet, 1992). Nous en serions les spectateurs et n’aurions plus comme pouvoir que de choisir entre les programmes.

Bof bof 🙁

* * *

Pour se donner le droit de nous traiter de voleurs et de proposer des (projets de) lois surréalistes, ils emploient toujours la même mauvaise excuse ! C’est à croire qu’ils ne cherchent même plus à donner le change : c’est pour protéger les droit d’auteurs.

Le droit d’auteur n’est-il pas d’abord d’être diffusé ? On pourrait aussi s’interroger sur la part réelle de l’auteur dans ces/ses intérêts dont certains se sont auto-proclamés les défenseurs. N’est-ce pas le droit de copie qu’ils veulent protéger et se réserver, leur gagne pain ? Mais c’est une autre question.

Que penser d’une loi qui demanderait (poussons sa logique au bout) à chaque auteur de payer plus cher pour diffuser lui-même son propre contenu ? Faut-il comprendre que, pour nos élus, l’art se réduit à ce qui est marketé et diffusé par les multinati… professionnels. Les auteurs doivent-ils passer par ces professionnels pour prétendre être publiés ?

Au final, seuls les artistes signés par les grosses boîtes profiteront un peu d’une telle loi, eux seuls. Ni les autres artistes, ni les auteurs indépendants, ni les créateurs amateurs, ni personne d’autres n’en tirera rien.

Nous allons tous payer pour quelques rigolos qui trafiquent des MP3. Au fond, ca va être sacrément enrichissant pour l’industrie du disque (et du cinéma, et qui encore ?) ce piratage numérique.

Assistons-nous à la mort de l’Internet, ou juste à sa castratio…professionnalisation ?

Il y a une différence ?