L’importance de la photographie

(…) L’importance de la photographie ne réside donc pas seulement dans le fait qu’elle est une création, mais dans le fait surtout qu’elle est un des moyens les plus efficaces de façonner nos idées et d’influer sur notre comportement.

A l’époque actuelle, dominée par la technostructure dont le but est de créer sans cesse de nouveaux besoins, le développement de l’industrie photographique est un des plus rapides parmi celui de toutes les industries. L’image répond au besoin de plus en plus urgent de l’homme de donner une expression à son individualité. Aujourd’hui, et malgré les perfectionnements sans cesse grandissants de la vie matérielle, l’homme se sent de moins en moins concerné par le jeu des évènements et relégués à un rôle de plus en plus passif. Faire des photos lui semble une extériorisation de ses sentiments, une sorte de création. (…)

(Gisèle Freund, Photographie et société, 1974)

Je souligne

Une voix que j’aimerais photographier !

J’ai pas vraiment l’habitude parler de musique. Pas vraiment l’habitude d’écouter des compositeurs… vivants 1, d’ailleurs 😉

Pourtant, il y a cette voix sur laquelle je suis tombé ce matin par je ne sais quel accident — magie d’Internet. La voix de Lonah.

Lonah, c’est un groupe de rock (hum… j’espère ne pas dire de bêtise :)). La voix, c’est celle de Raphaëlle Fortier. A partir de là, je peux dire absolument n’importe quoi sans rougir, vu que je n’y connais rien en rock, pop et autres hop! Alors, je me lance : j’aime beaucoup, la voix (je l’ai déjà dit ? Pas grave, faites comme si je l’avais pas déjà dit, que j’aimais beaucoup cette voix là), les textes, la musique, leurs “Pièces” (c’est le nom de l’album, téléchargeable gratuitement sur Jamendo). “Pièces” parce que, comme ils le disent eux-même, ce sont “des pièces différentes, ayant chacune un univers propre de mots, de sons, d’harmonies et de confitures”. La musique n’est peut-être pas toujours à ce point totalement différente d’une pièce à l’autre, mais je me trompe probablement et ça n’enlève rien au plaisir.

A vue de tripes, ma seule référence fiable ici, il doit y avoir une belle proximité entre eux pour arriver à mêler ou frotter si délicieusement l’une contre l’autre leurs différences et leurs talents.

Ca me donne envie d’avoir 10 ans de moins — bon allez, 15 ans de moins — pour avoir encore l’âge d’ouvrir mes oreilles à d’autres musiques… Peut-être que j’ai 15 ans de moins, d’ailleurs ? Allez ! Je me le repasse !

Ré-écouter l’album.

Paris, le 23 août 2006. Chat noir au Père Lachaise

PS : Y aurait d’autres choses à dire. Mais pas de celles que l’on dit en public. Des mots que l’on murmure, plutôt.

(1) A part peut-être Radiohead, Portishead et Pink Floyd. Edit : et Noir Désir ! (pardon, pardon)

The Hollow Men

We are the hollow men
We are the stuffed men
Leaning together
Headpiece filled with straw. Alas!
Our dried voices, when
We whisper together
Are quiet and meaningless
As wind in dry grass
Or rats’ feet over broken glass
In our dry cellar

Shape without form, shade without colour,
Paralysed force, gesture without motion;

Those who have crossed
With direct eyes, to death’s other Kingdom
Remember us — if at all — not as lost
Violent souls, but only
As the hollow men
The stuffed men.
(T.S. Eliot, The Hollow Men)

C’est pas facile d’expliquer pourquoi on aime un poème. C’est un peu comme vouloir dire pourquoi tel tableau est beau, ou tel rythme est bon. On peut y réfléchir, se demander pourquoi on aime ça, c’est même une très bonne idée, mais c’est une démarche personnelle : pas vraiment partageable, telle quelle.

Parler d’un poème, on peut le faire pour rigoler, entre potes. On peut probablement en parler entre poètes — comme des techniciens qui jaugent un travail en connaisseurs. On peut sans doute aussi en parler sérieusement, à la façon des profs — le genre de propos qui ne peut vivoter qu’abrité derrière les quatre murs épais d’une salle de classe, devant un public docile.

Je ne sais pas parler de poème, pas plus que de musique. Je ne sais pas en écrire, non plus. Je peux juste dire, “écoute ça !” ou “lis-donc !” et espérer que la rencontre ai lieu.

Il y a un autre écueil à éviter quand on lit un poème comme celui-ci : se placer tout à côté de l’auteur, légèrement en retrait peut-être et, penchant la tête par-dessus son épaule, souriant d’un air entendu, doucement hocher la tête en lisant ce qu’il écrit à propos des autres.

Paris le 9 septembre 2006 : photographes photographiés. Père Lachaise