Dire merde à Hadopi, avec le sourire

Hadopi est une connerie phénoménale. Et c’est peu de le dire. 

Son unique intérêt, la seule chose qui fera qu’on s’en souviendra après qu’elle aura rejoint dans les égouts les autres lois votées dans le seul but de faire plaisir à quelques amis et pour satisfaire les intérêts d’une minorité puissante au détriment de la majorité, son seul intérêt, disais-je, c’est qu’elle marque ce que l’on espère être le sommet de l’incompétence politicienne et de la stupidité administrative face aux technologies numériques (je suis un incorrigible optimiste).

En attendant que cette mauvaise loi s’effondre sous le poids de sa propre connerie, ça reste une loi. Avec tout ce que ça implique de coups de bâton sur le coin de la tronche si on ne marche pas au pas… 

Heureusement, il existe des solutions pour protéger notre anonymat en ligne. 

Ca fait un moment que je pensai en parler, mais je n’en n’aurai sans doute pas la possibilité et ce n’est même plus la peine car vous trouverez pas mal d’infos dans ce chouette article (de cet excellent blog qui file sans attendre dans mes favoris) : Défaire le totalitarisme numérique.

Quelques outils comme TOR et d’autres, combinés à un peu de jugeote peuvent vous donner un peu d’air pour respirer librement.

Mais il est évident que contourner la loi n’est PAS la bonne solution pour régler le problème que pose une mauvaise loi. C’est une roue de secours. Rien de plus. Il faut attaquer le mal à la racine : il faut changer la loi. Et si ceux qui font les lois refusent de la changer, il faut les changer eux.

Exigez de vos élus (je n’ai pas le droit de vote) qu’ils abrogent Hadopi et s’ils ne veulent pas… C’est vous qui votez pour eux, c’est vous leur patron.

Savoir écrire, ou savoir écrire ?

(Because) he could not properly form his letters(, for) Simon, homework was always stressful. He would stare at a blank page for an hour. Then he would write one word and then stop; write a few letters and then stop. Soon, he began to fear taking up a pencil at all (…) Then he began to worry about not having anything to say, not knowing how to say it, or he would come up with ideas that he would not write down because they would take too long and thus write nothing. Perennially being told his handwriting was bad transmuted in his mind into proof that he was a bad writer — a poor student incapable of expressing ideas.(…)

Ce qui donne, traduit vite fait :

Parce qu’il ne savait pas écrire à la main, pour Simon les devoirs étaient toujours stressants. Il fixait la page blanche pendant une heure. Puis écrivait un mot et s’arrêtait; écrivait quelques lettres puis s’arrêtait. Bientôt, il eut même peur de prendre le crayon (…) Ensuite il commença à s’inquiéter de n’avoir rien à dire, de ne pas savoir comment le dire, ou d’avoir des idées qu’il n’écrirait pas parce que ça prendrait trop de temps et donc n’écrirait rien. S’entendre dire que son écriture était mauvaise transformé, dans son esprit, en preuve qu’il était un mauvais écrivain (…)

Writing words by hand is a technology that’s just too slow for our times, and our minds. Un article intéreressant sur la place de l’écriture manuscrite dans notre société dominée par le clavier.

Pour ajouter de l’eau au moulin, je tiens à signaler que, pour la prise de notes, je suis moi-même repassé d’une écriture cursive à une écriture en lettres capitales tant il devenait difficile, souvent impossible, de me relire.

N’empêche, il est bon de rappeler que savoir tracer des lettres sur une feuille de papier ou les frapper sur un clavier, ce n’est pas savoir écrire. Confondre les deux n’est pas sans conséquences.

Je ne me souviens plus du nom de mon instituteur — d’un de mes instituteurs en réalité, appelons-le Mr. Mouche — qui a passé une année complète à me dire que j’écrivais vraiment trop mal, que mon écriture était illisible et que je ne réussirais jamais rien si je ne “savais pas écrire”. Est-ce lui cette petite voix qui ne cesse aujourd’hui encore de bourdonner à mon oreille, inusable enregistrement, toujours le même : “tu ne sais pas écrire, tu écris mal. Tu n’arriveras jamais à rien”.

Il avait pas forcément tord, Mr Mouche, si je regarde les évènements récents. Je n’arriverai jamais à rien. Il paraît même que je déçois les gens. Dingue. Il était devin, Mr Mouche ?

Merde, je dis pas que des conneries

J’en écris aussi, ajoutera le petit rigolo au fond de la classe. Et il a bien raison.

Je viens de relire ce billet de 2005, dont je vous parlai à l’instant. Bon, je suis mal placé pour le trouver intéressant mais peu importe: j’y retrouve en filigrane les questions qui m’animent aujourd’hui plus que jamais. Coup de pied salutaire dans le fondement de votre serviteur qui s’était un peu assoupi dans la routine…

Jusqu’où pouvons-nous pousser un tel transfert sans en arriver à tracer un signe d’égalité entre “ça”, les objets, et nous, les humains ? Dire d’un outil qu’il est stupide, ou intelligent, n’est-ce pas implicitement avoir déjà tracé ce signe d’égalité ? Et qui peut croire que nous nous arrêterons à l’égalité ?

Cette ##### de technologie n’est pas neutre

La reconnaissance vocale du Nexus de Google ne traduira pas les gros mots (via). 

Ca semble tellement anodin, et si bien pensant qu’on en verserait presque une larme de joie. C’est mignon. Vraiment, on se croirait rendu au pays des schtroumpfs où, comme chacun sais, il n’y a pas d’enschtroumpfé ni de fils de shtroumpf, et si ça lui plaît pas à ce gros shtroumpf, pour le même prix il peut aller se faire schtroumpfer. 

Le problème c’est que je ne suis pas un schtroumpf. Je suis un adulte. Un citoyen responsable dont la voix, aussi grossière soit-elle, est sensée façonner le monde dans lequel je vis. Ma voix. Et je ne reconnais à personne le droit de décider à ma place des mots qu’il convient que j’emploie — Et encore moins à une bande d’ingénieurs qui s’arrogeraient le droit de (me) prescrire une morale quelconque sous couvert que j’utilise leurs inventions. 

Les gars: vous fabriquez les outils, je décide comment les utiliser. La répartition des tâches s’arrête là, merci.

Peut-être il faudrait prendre le temps de nous rappeler que la technologie n’est pas neutre, qu’elle impacte le monde où nous viv(r)ons. C’est déjà un problème, mais ça deviendra vite un enfer si, en plus de ça, les techniciens qui fabriquent cette technologie se mêlent de vouloir moraliser le monde. Prêtes sans soutane d’une église qui n’a pas encore osé nommer son dieu ?

Bien  entendu, aucune église, même la plus minable, ne peut prospérer sans fidèles pour la soutenir. Acheter un téléphone, ou n’importe quel objet, ce n’est pas que dépenser du pognon. C’est voter.

Si vous avez 5 minutes de libres, voici un billet qui date de 2005 : La technologie est stupide ?

Je n’ai pas la peau bleue

Du moins pas bleu layette. Ce soir, si j’avais la peau bleue, ce serait plutôt d’un bleu couleur blues fripé, usé, avec des accrocs qui y feraient des ombres pas rassurantes. 

Mais quelle importance tant que je peux me réfugier non pas dans un coin sombre — j’ai le cafard, je n’en suis pas un — mais derrière cette tasse juste brûlante d’un savoureux thé au jasmin, plongé dans la lecture d’une jeune auteur(e) que j’aime tant, mais qui ne le saura probablement jamais tant je suis timide dans mes admirations. 

Et quand je reposerai son recueil de nouvelles, fidèle compagne bien malgré-elle, PJ Harvey finira avec moi le bout de chemin jusqu’au bout d’une autre nuit-blanche : The peel sessions, White Chalk et peut-être Is this desire.

Désir ? Oui, bien sûr. Féroce.