Créer et résister

A titre personnel, l’enjeu qui m’a toujours paru le plus crucial, c’est celui de la dévitalisation en Occident. Pour le dire autrement : la perte de la faculté à vivre intensément, profondément, avec un spectre affectif, émotionnel, intellectuel ou physique large et sensible, la vie qu’on nous propose, et qui est pourtant libérée du poids de la survie que subissaient les époques antérieures. Je suis né et j’ai grandi dans un monde « désaffecté », désaffecté au sens de la perte des affects. Un monde technocapitaliste sursollicitant, surinvesti par le fric et les désirs préfabriqués, un monde d’extrême normalisation intime puisque le technocapialisme a cette originalité de nous « aider » à nous produire comme sujet. Ce n’est pas tant qu’il réprime ou opprime, c’est plus qu’il suggère très fortement, très continûment un mode de subjectivation très pauvre fondé sur l’accumulation matérielle, la frustration, et la conduite ciblée des désirs.
La SF a un rôle extraordinaire à jouer pour dévoiler ça.

(…)
Sur notre webzine, nous venons de lancer un challenge d’écriture de fiction pour progresser en groupe : Les Ecrinautes. Quels conseils auriez-vous à donner à des auteurs débutants ?
Lire le moins possible. S’en tenir à quelques auteurs vitaux, cruciaux, pour soi, qu’on devine vite après un premier balayage. Et les relire. Et en détacher les phrases les plus puissantes et tenter de comprendre comment ça naît, comment ça se déplie, pourquoi c’est si fort.
Lire la Lettre à un jeune poète de Rilke et juste se demander, comme il le demande au poète, dans la plus silencieuse de vos nuits « dois-je écrire ? » Si la réponse n’est pas évidente, faites autre chose ! La question la plus profonde à se poser en écriture, en art en général, est : « est-ce que je crée du fond de mes tripes pour amener à la lumière quelque chose que je sens vital pour les gens, ou est-ce que je voudrais être reconnu et salué pour ce que je crée ? » Ce sont deux rapports au lecteur, au monde, foncièrement différents.

Une très chouette interviewc’est bien autre chose qu’une simple interview de Alain Damasio : Rencontre avec Alain Damasio, via @NeilJomunsi.

Byebye App.net

Faute d’utilisateurs, app.net ferme quasiment ses portes.

C’était prévisible — je fais partie de ceux qui n’ont pas renouvellé leur abonnement payant — mais je ne suis pas certain que notre religionacceptation de la gratuité du tout numérique nous enrichisse réellement.

Peut-être cette gratuité ne fait-elle qu’encombrer nos disques durs de fichiers accumulés sans discernement, et encombrer nos écrans d’informations dont, en réalité, on n’a rien à faire ?

Ou peut-être pas. Quoi qu’il en soit, je n’ai jamais réussi à utiliser App.net aussi… quotidiennement que Twitter.

S’isoler pour travailler

Temps de lecture : ~800 mots.

It got me thinking. The internet is still relatively new, and we all certainly remember when getting online was at least arduous, if no longer quite impossible. Dial-up bandwidth, a single phone line, and machines that sometimes struggled with being dragged into the internet age. I owned many such machines, and decided to reacquire a few, just to see how they felt. I wanted the focus, knowing full well that it was because of what those devices were incapable of (or at least what was difficult for them).
Matt Gemmel: Working in the Shed

Matt, nous explique ensuite la principale qualité (ou tare, selon votre point de vue) des anciennes machines sur lesquelles il a pu remettre la main — Amstrad Notepad Computer NC100, PowerBook 150, eMate : la difficulté, voire l’impossibilité, de les connecter à Internet.

Il nous parle ensuite de solutions logicielles capables de nous sevrer de force d’Internet en coupant l’accès à certains sites ou services en ligne — sur ce sujet, j’ai déjà parlé de Freedom.

Si je suis complètement d’accord avec lui sur le fait que le souci n’est pas tant Internet que notre incapacité à y résister, pour nous concentrer sur une tâche. Je n’ai pas fait le même choix d’outils que lui, quand je désire m’isoler — et je n’ai pas écumé Ebay en quête de la perle rare :

Write
C’est le texte du premier jet d’une nouvelle, écrit en moins d’une heure. Je n’écris pas sur la page de gauche des carnets, réservée aux notes et éventuellement aux révisions imprévues — que j’essaye normalement de faire sur l’ordinateur, pas sur le carnet, mais quand “ça” veut être révisé, “ça” n’attend pas.

Ni WiFi, ni Bluetooth, ni Ethernet : impossible de connecter ce carnet à Internet.

Pour un prix raisonnable, il est léger, pas encombrant, extrêmement solide (je peux sauter dessus à pieds joints), avec une autonomie qui se mesure en mois (250 pages, plus index). Il est parfaitement lisible sous tous les types d’éclairages, avec un affichage de 36 lignes de texte — 72, si vous écrivez sur les deux pages. Et il est probablement disponible dans la couleur de votre choix 😉

Je ne m’oblige évidemment pas à toujours écrire dans un carnet, ça n’aurait aucun sens. J’écris souvent directement sur l’ordinateur ou encore sur l’iPad, connecté et joignable. Mais il se fait que je ne me sens jamais trop fatigué pour écrire dans un carnet, ne fut-ce qu’une ligne ou deux ou encore l’esquisse d’une idée, pas comme avec l’ordinateur. Il se fait aussi que j’aime la solitude ponctuelle et la lenteur que m’impose cette technologie tellement simple que beaucoup ne peuvent même plus la considérer comme une technologie : le papier et le stylo.

Pour les plus curieux, sur la photo c’est un carnet A5 Leuchtturm 1917 — par la qualité du papier et le souci du détail, perceptible d’un bout à l’autre du carnet, Leuchtturm a définitivement remplacé Moleskine (et les autres) pour moi — avec un stylo bille Parker tout bête mais équipé d’une cartouche d’encre pressurisée Fisher SpacePen : il faut utiliser l’encre pressurisée Fisher pour apprécier la différence.

Pour les plus longues séances d’écriture, je préfère le stylo-plume au stylo-bille (ils sont regroupés dans la tasse, sur la photo) et, parfois, écrire dans un plus grand carnet — toujours un Leuchtturm, au format A4 (partiellement visible, sur la gauche).

Et le Kindle (en mode avion, sans Internet donc), c’est pour quoi faire ? Pour ne pas trimbaler des kilos d’anciens carnets. En plus des romans et ouvrages de référence, il contient mes propres textes, que je recopie sur l’ordinateur le plus régulièrement possible, et qu’il est très facile de convertir automatiquement en Mobi ou en ePub.

Bien entendu, ça fonctionnerait aussi bien avec un carnet d’une autre marque et avec un bête crayon, et avec autre chose qu’un Kindle. Mais rien n’interdit de se faire plaisir.

Ça pourrait aussi marcher avec un iPad sauf que, même si je résiste à la pulsion de le reconnecter à Internet pour consulter le mail ou Twitter, il resterait… les jeux 😉

Sur le même sujet :

Procrastiner (réaction d’un lecteur)

Voici une copie de ce qu’un lecteur m’a envoyé suite à la lecture du billet No New Tools, publié la nuit dernière. Il a choisi de rester anonyme mais, je pense, cela n’enlève rien à l’intérêt de ce qu’il dit… pour nous tous.

(Les plus anciens lecteurs du blog se souviendront que je suis un fan de GTD, depuis de nombreuses années. Vu ma situation profesionnelle actuelle, je n’en ai plus vraiment besoin, mais c’est encore le seul système d’organisation que je pourrais recommander sans hésiter… en l’adaptant, bien entendu.)

Bonne lecture 😉

Procrastinons

Je viens de lire le billet No new tools de David Bosman et je ne sais pas encore précisément pourquoi, il m’a fait penser à la procrastination.

La procrastination, c’est l’art de tout remettre au lendemain. C’est l’art de faire autre chose que ce que l’on doit faire. Et je suis un procrastinateur invétéré. J’en suis parfaitement conscient, mais c’est plus fort que moi.

Comme je remets toujours tout à plus tard, je suis souvent en retard et j’ai du mal à tenir certains de mes engagements, et je culpabilise. Et vous n’imaginez pas à quel point cette culpabilité est étouffante.

Ainsi je suis un procrastinateur qui ne s’ignore pas et qui l’a très mal vécu pendant longtemps. Ça a changé un peu, quand j’ai lu le bouquin de John Perry qui traite du sujet.

Je ne vous direz pas à quelle conclusion l’ouvrage en question m’a permis d’arriver , parce que je sais qu’il revient à chacun de trouver ses propres réponses. Il a simplement été salvateur.

Et je sais maintenant pourquoi No new tools m’a fait penser à ma procrastination. Il y a quelques temps, alors que je cherchais à la vaincre pour de bon, je me suis mis à la méthode GTD1 de David Allen et j’ai acheté l’application OmniFocus pour iPhone, au lieu de faire ce que j’avais à faire.

Ça ne m’a pas transformé ou guéri mais je dois admettre que la méthode est efficace.2

Je fais souvent ça. Du shopping sur l’AppStore en espérant trouver l’app ultime qui m’aidera à faire ce que je devrais faire.

Si vous êtes concerné et que vous avez des choses vraiment importantes à faire, je ne saurai que trop vous conseiller d’interrompre votre présente activité pour aller lire La procrastination de John Perry. Ça ne vous prendra pas longtemps.


  1. Getting Things Done

  2. Lire S’organiser pour réussir

Synchroniser deux dossiers, localement

Une nouvelle version de ChronoSync est disponible (à lire sur Macg).

Pendant des années, je l’ai utilisé pour automatiquement synchroniser mes clés USB, mais j’avais fini par laisser tomber à cause de l’interface un peu trop usine à gaz à mon goût.

Bref, malgré cela ChronoSync reste une solution très intéressante si vous cherchez un outil fiable pour synchroniser deux dossiers sans passer par un service en ligne et sans passer par la ligne de commande.

Ah oui, sa licence est perpétuelle : vous avez droit à toutes les mises à jour, sans limite dans la durée.

ChronoSync.