Traduire c’est trahir, dit-on

Dans un billet, Frank Chimero cite la fin du 1er chapitre du roman Slaughterhouse Five, de Vonnegut :

And Lot’s wife, of course, was told not to look back where all those people and their homes had been. But she did look back, and I love her for that, because it was so human.

So she was turned to a pillar of salt. So it goes.

People aren’t supposed to look back. I’m certainly not going to do it anymore.

I’ve finished my war book now. The next one I write is going to be fun.

This one is a failure, and had to be, since it was written by a pillar of salt.

Si le sujet (la guerre) ne l’est pas, le texte est beau. Il a un rythme qui naît à la fois des images utilisées, de la simplicité des phrases, de leur tournure et du contraste de certains mots (enfin, c’est comme ça que je le ressens en tant que simple lecteur). Pourtant, plus je le relisais, plus quelque chose m’agaçait dans ce texte que j’avais déjà lu quelques années plus tôt.

Qu’est-ce qui m’agaçait ? Le sentiment que ce n’était pas ce texte que j’avais lu.

L’insomnie aidant, après quelques fouilles archéologiques dans ma bibliothèque j’ai remis la main sur Abattoir cinq, sa traduction française publiée au Seuil. Celle qui est vendue aujourd’hui, celle que j’avais lue à l’époque.

Voici la même fin du même chapitre, en français :

Et la femme de Lot, on le sait, reçu l’ordre de ne pas diriger son regard vers ces gens et leurs demeures en ruines. Mais elle le fit, et je l’aime pour cela, c’était tellement humain.

C’est pourquoi elle fut changée en statue de sel. C’est la vie.



On n’a pas idée de regarder en arrière. Je ne recommencerai jamais, vous pouvez m’en croire.

J’ai maintenant terminé mon bouquin de guerre. Je m’amuserai plus avec le suivant.

Celui-ci est raté, c’était prévu, puisqu’il est l’oeuvre d’une statue de sel.

Je ne suis pas traducteur, et je ne prétendrais pas maîtriser l’anglais, mais ça ne colle pas. Ça ne va pas. Ça ne marche pas. Ce n’est pas la même chose. C’est le même auteur, mais ce n’est pas le même texte. Merde, quoi : ça (me) saute aux yeux.

Pour en avoir le coeur net, je viens donc de commander le texte dans sa version originale.

Je sais très bien à quel point il est possible et facile de manquer de respect au travail de quelqu’un — et pas seulment en le traduisant — de transformer une création pleine de vie en un avorton stérile, d’en trahir l’esprit pour des raisons de facilité, d’économie, de paresse ou tout bêtement par incompétence. Ici, la victime serait le roman de Kurt Vonnegut. Mais je ne peux pas croire que tout ce qui m’avait déplu en le lisant à l’époque — un texte parfois indigeste, des phrases bancales — soit uniquement le fruit de la traduction. Ce serait terrible.

Je sais que le travail du traducteur est un travail pénible et ingrat — mais si ma crainte devait se confirmer, je serais forcé de réaliser à quel point traduire c’est parfois un peu trop trahir.

Et si cela se confirmait, on pourrait se demander combien de personnes, comme moi, pensent avoir lu la traduction française de Slaughterhouse Five, alors qu’en fait elles ont lu tout autre chose ?

Affaire à suivre.

Lire un bouquin de 300 pages en 30 minutes

Je ne crois pas que ce soit possible. Mais je sais qu’il est possible de le relire en trente minutes ou même moins, si on a pensé à prendre des notes à la première lecture.

Ainsi, au lieu de relire les 300 pages de ce bouquin lu il y a deux ans de ça, il aura suffit d’un instant pour retrouver mes notes dans un fichier texte. Et de trente minutes pour les relire.

Que contenaient-elles ? Des citations extraites du livre bien entendu, le résumé des différents chapitres et les concepts clés, plus mes commentaires, qui ne sont pas forcément toujours intelligents mais peu importe : je suis le seul à les lire 😉

Le tout dans Un énoooooooorme fichier de 39 kiloctets.

39 Ko, ça semble ridicule — je pourrais stocker sensiblement plus de 1.600.000 notes de cette longueur sur le disque de 64Go d’un MacBook Air 11″ — et pourtant c’est déjà un fichier texte bien dodu, et je n’imagine pas d’utilité plus grande à mon ordinateur que la possibilité d’écrire ce genre de fichiers, de pouvoir rechercher dedans et instantanément trouver.

J’ai donc pu “relire” ce livre en trente minutes et — c’était exactement ce dont j’avais besoin cette nuit — retrouver, dans toute leur vigueur, les idées qui m’avait tant excitées à l’époque. Une excitation que ma mémoire défaillante peinait à retrouver.

C’est une autre qualité des notes de lecture : elles ne changent pas avec le temps, elles n’oublient pas, elles ne se mélangent pas. Elles ne se mettent pas le doigt dans l’oeil jusqu’au coude en pensant que c’était comme ceci ou comme cela. En fait, elles ne pensent pas, ces notes, elles témoignent de ce que, moi, je pensai en lisant ce bouquin, avec une fidélité et une sincérité parfois insupportable.

Synchroniser sans MobileMe

Macgé a demandé à ses lecteurs comment ils faisaient pour synchroniser leurs données sans utiliser le service de Apple MobileMe. Les réponses sont intéressantes : certains passent par Dropbox ou SugarSync, d’autres par Chronosync (dont j’ai déjà parlé, il y a quelques temps), d’autres encore utilisent rsync (via le Terminal, donc), par Google, etc.

Pour parler de la syncro des fichiers uniquement (pas de calendrier ou de contacts), utilisant ou ayant utilisé toutes ces solutions et une poignée d’autres, je remarque que l’article passe sous silence un aspect essentiel : la gestion des conflits.

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La formule magique pour réussir à faire ce que vous voulez

Lapidez-moi, car je vous ai un tout tout tout petit peu menti : il n’y a pas de formule magique. Ou plutôt si, mais elle ne se trouve pas sous la forme de poudre d’ailes de chauvesouris ou de bocaux d’yeux de crapauds macérés dans du jus de limaces, et elle ne fleure pas bon la mandragore récoltée au pied du vieux chêne sacré un soir de pleine Lune et pilée par une vierge nubile avec une corne de licorne. En fait, elle sentirait plutôt la sueur, Merlin — l’enchanteur — Mann la résume parfaitement :

Creative work only seems like a magic trick to people who don’t understand that it’s ultimately still work.

Vite traduit :

Le travail créatif ne ressemble à tour de magie qu’aux personnes qui ne comprennent que, finalement, c’est toujours du travail.