Saleté de placard

Ce matin, j’ai lu All Summer in a Day (une nouvelle de Ray Bradbury — attention, spoiler inside) à ma nièce, tout en la lui traduisant à la volée.

J’ose espérer que Bradbury, de là où il est, pardonnera la maladresse de ma traduction improvisée, quoi qu’il en soit ma nièce a beaucoup aimé. Il faut dire que même malmenée par votre serviteur, cela restait une superbe histoire, terriblement émouvante. Un vraiaffreux instantané de la cruauté des enfants envers celle qui est différente d’eux — une cruauté qui n’a rien à envier à celle des “grandes” personnes.

Voilà.

I’m Comic Sans, Asshole

Listen up. I know the shit you’ve been saying behind my back. You think I’m stupid. You think I’m immature. You think I’m a malformed, pathetic excuse for a font. Well think again, nerdhole, because I’m Comic Sans, and I’m the best thing to happen to typography since Johannes fucking Gutenberg.

Mike Lacher: I’m Comic Sans, Asshole

Day One, c’est comme Apple, ça marche.

Sans rien lui dire, j’avais installé Day One sur le Mac de ma nièce, quand je le lui ai configuré. Je ne pensais pas lui en parler avant encore un petit temps, mais il était là, attendant qu’elle soit prête (et qu’elle soit plus à l’aise pour taper au clavier). Pourtant, il y a deux semaines de ça, alors que nous bavardions, elle m’a annoncé qu’elle avait commencé à l’utiliser, d’elle-même, pour tenir son journal.

En entendant ça, /me avait un sourire jusque derrière les oreilles, vous vous en doutez probablement.

Pour vous épargner tous les détails de ma petite vie, ou pour essayer d’y trouver quelque chose qui pourrait vous intéresser (autre que l’immense plaisir d’avoir des nouvelles fraiches de ma nièce préférée) on pourrait, par exemple, très facilement se dire que son choix, tout comme le fait qu’elle puisse l’utiliser sans apprentissage spécifique, est un indice de plus que la logique “Apple” — plutôt bien intégrée par le dev de Day One, cette obsession de la simplicité et de la simplification, tant critiquée par les amateurs de complexité — est la bonne quand il s’agit de mettre l’outil informatique dans les mains d’utilisateurs “normaux” : de leur mettre l’outil informatique entre les mains non pas comme outil informatique, mais comme outil pour faire quelque chose avec lui.

Cette logique qui consiste à rendre une application (informatique) aussi banale que peut l’être un crayon (analogique) ou qu’une feuille de papier (analogique) et, même si ça semblera sûrement paradoxal à lire aujourd’hui alors que Apple est souvent présentée comme l’incarnation du marketing triomphant et de la mode “high-tech”, à la rendre aussi peu prestigieuse que le sont un crayon ou une feuille de papier.

Concrètement, quand elle résume sa journée de petite fille et confie ses pensées les plus intimes à Day One, ma nièce se fiche de savoir qu’elle crée un fichier (TXT ou DOC ou ODT ou même PROUTPROUT — encore que cette dernière extension la ferait certainement rigoler), elle se fiche de savoir que ce fichier contient, ou pas, un balisage XML et est en réalité composé d’octets qui sont enregistrés dans le système de fichiers quelque part sur le disque durle SSD du Mac, elle se fiche de savoir que ce système de fichier est lui-même accessible via le Finder de OS X. De tout ça, ma nièce chérie, s’en bat les co…uettes.

Ce dont elle ne se fiche pas, en revanche, c’est de cliquer sur l’icône de Day One, puis sur le signe +, pour ajouter une entrée à son journal.

Ce dont elle ne se fiche pas, c’est de parcourir le calendrier dans Day One, pour relire son journal. Un peuExactement comme elle tourne les pages de son autre journal en papier — sans se dire que chaque page qu’elle tourne est le résultat d’un long et lourd processus industriel qui part d’arbres tronçonnés, de chlore et de beaucoup d’eau (processus, dont ni vous ni moi, je le parie, ne connaissons vraiment tous les aspects) avant de finir sous la forme d’un pseudo vélin délicatement tinté et soigneusement relié, soyeux au toucher et juste épais comme il faut pour être agréable à caresser, donc à feuilleter.

Elle tient son journal, dans Day One comme dans son carnet rose. Et c’est génial. Putain, merde quoi.

Je ne comprends pas en quoi rendre un journal électronique aussi transparent et intuitif qu’un journal papier représente une perte ou un emprisonnement pour l’utilisateur ?

… À moins de gravement confondre deux notions.

Bien sûr, pour le moment, elle ne comprend rien à ce qui se passe sous le capot du Mac. Et alors ? Il faudrait voir à ne pas confondre l’ignorance — qui est le fait de ne pas savoir quelque chose — et l’incapacité à comprendre ladite chose — qui est le caractère de l’imbécilité ou de la stupidité. Ce sont deux choses différentes.

Le jour où/si un jour elle décide de s’y intéresser, elle pourra toujours creuser la question (et si elle le souhaite, je serais plus que ravi de l’y aider), mais ce sera son choix de le faire, ou pas. Est-ce une mauvaise chose, d’avoir le choix ?

En attendant, elle écrit. Elle pourrait dessiner, chanter, composer,…

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Quand la technologie s’efface

Un aller simple pour la Lune

John M. Cord, a Project Engineer in the Advanced Design Division at Bell Aerosystems Company, and Leonard M. Seale, a psychologist in charge of Bell’s Human Factors Division, developed a plan for a desperate mission to put a man on the moon ahead of the Soviets. They unveiled their “One-Way Manned Space Mission” proposal in Los Angeles at the Institute of Aerospace Sciences (IAS) meeting in July 1962.

Cord and Seale explained that, since neither propellants for departing the moon nor parachutes and an Earth-atmosphere-reentry heatshield would be required, their new approach would slash lunar spacecraft mass. This would enable a rocket with between 450,000 and 1.1 million pounds of thrust to launch a one-man moon lander on a Direct-Ascent path to the moon. Such a rocket would, they estimated, be ready in the United States in 1964 or early 1965.

Though they termed it “one-way,” Cord and Seale did not propose a suicide mission. They estimated that a rocket capable of launching a three-man Direct-Ascent Apollo mission to retrieve the One-Way Space Man — that is, a rocket with between 1.1 million and 3.5 million pounds of thrust at liftoff — would become available in the U.S. in the 1965-to-1967 period, between 18 and 24 months after his arrival on the moon. Nevertheless, the mission would be “extremely hazardous.”

C’est juste passionnant de voir comment le désir de damer le pion aux Russes, de prendre la tête de la course à l’espace, a poussé les idées les plus folles ou les plus casse-cou — accessoirement, ça me donne l’espoir de terminer une histoire bloquée depuis 3 ou 4 ans, faute de trouver une explication crédible, heu… au moins à mes yeux, à une situation à peu près similaire : David S. F. Portree: One-Way Space Man (1962).

Angle Mort, numéro 7

Le numéro 7 de l’excellente revue électronique Angle Mort, est sorti.

Comme pour les six précédents numéros — je n’ai pas aimé tous les textes, mais chaque texte était une rencontre intéressante — on a droit à un savant mélange de quatre fictions et quatre entretiens avec leurs auteurs respectifs. Plus un édito qui rend ses lettres de noblesse au genre, en jouant parfaitement son rôle d’invitation à réfléchir et à explorer de nombreuses pistes (proposées sous forme de liens).

Comme pour les six précédents numéros, l’édito ainsi qu’une nouvelle sont déjà accessibles librement en ligne. Les autres nouvelles suivront plus tard — les interviews sont toujours réservées aux acheteurs de la revue, nananèèère.

Comme pour les six précédents numéros, la revue est proposée en téléchargement sans DRM : PDF (ordinateur), ePub (iPad) et Mobi (Kindle) — ♥.

Comme pour les six précédents numéros, c’est un achat vivement recommandé. Parce que c’est une lecture intéressante, parce que c’est pas cher — 2.99€ — et parce que c’est une façon efficace de soutenir un travail qui mérite de l’être.

Un reproche à lui faire ? En cherchant bien : il n’y a pas d’abonnement.

À part ça, vous l’aurez compris, ma mère en short devant le Prisu et moi-même, nous kiffons cette revue. Grave.