Day One, c’est comme Apple, ça marche.

Sans rien lui dire, j’avais installé Day One sur le Mac de ma nièce, quand je le lui ai configuré. Je ne pensais pas lui en parler avant encore un petit temps, mais il était là, attendant qu’elle soit prête (et qu’elle soit plus à l’aise pour taper au clavier). Pourtant, il y a deux semaines de ça, alors que nous bavardions, elle m’a annoncé qu’elle avait commencé à l’utiliser, d’elle-même, pour tenir son journal.

En entendant ça, /me avait un sourire jusque derrière les oreilles, vous vous en doutez probablement.

Pour vous épargner tous les détails de ma petite vie, ou pour essayer d’y trouver quelque chose qui pourrait vous intéresser (autre que l’immense plaisir d’avoir des nouvelles fraiches de ma nièce préférée) on pourrait, par exemple, très facilement se dire que son choix, tout comme le fait qu’elle puisse l’utiliser sans apprentissage spécifique, est un indice de plus que la logique “Apple” — plutôt bien intégrée par le dev de Day One, cette obsession de la simplicité et de la simplification, tant critiquée par les amateurs de complexité — est la bonne quand il s’agit de mettre l’outil informatique dans les mains d’utilisateurs “normaux” : de leur mettre l’outil informatique entre les mains non pas comme outil informatique, mais comme outil pour faire quelque chose avec lui.

Cette logique qui consiste à rendre une application (informatique) aussi banale que peut l’être un crayon (analogique) ou qu’une feuille de papier (analogique) et, même si ça semblera sûrement paradoxal à lire aujourd’hui alors que Apple est souvent présentée comme l’incarnation du marketing triomphant et de la mode “high-tech”, à la rendre aussi peu prestigieuse que le sont un crayon ou une feuille de papier.

Concrètement, quand elle résume sa journée de petite fille et confie ses pensées les plus intimes à Day One, ma nièce se fiche de savoir qu’elle crée un fichier (TXT ou DOC ou ODT ou même PROUTPROUT — encore que cette dernière extension la ferait certainement rigoler), elle se fiche de savoir que ce fichier contient, ou pas, un balisage XML et est en réalité composé d’octets qui sont enregistrés dans le système de fichiers quelque part sur le disque durle SSD du Mac, elle se fiche de savoir que ce système de fichier est lui-même accessible via le Finder de OS X. De tout ça, ma nièce chérie, s’en bat les co…uettes.

Ce dont elle ne se fiche pas, en revanche, c’est de cliquer sur l’icône de Day One, puis sur le signe +, pour ajouter une entrée à son journal.

Ce dont elle ne se fiche pas, c’est de parcourir le calendrier dans Day One, pour relire son journal. Un peuExactement comme elle tourne les pages de son autre journal en papier — sans se dire que chaque page qu’elle tourne est le résultat d’un long et lourd processus industriel qui part d’arbres tronçonnés, de chlore et de beaucoup d’eau (processus, dont ni vous ni moi, je le parie, ne connaissons vraiment tous les aspects) avant de finir sous la forme d’un pseudo vélin délicatement tinté et soigneusement relié, soyeux au toucher et juste épais comme il faut pour être agréable à caresser, donc à feuilleter.

Elle tient son journal, dans Day One comme dans son carnet rose. Et c’est génial. Putain, merde quoi.

Je ne comprends pas en quoi rendre un journal électronique aussi transparent et intuitif qu’un journal papier représente une perte ou un emprisonnement pour l’utilisateur ?

… À moins de gravement confondre deux notions.

Bien sûr, pour le moment, elle ne comprend rien à ce qui se passe sous le capot du Mac. Et alors ? Il faudrait voir à ne pas confondre l’ignorance — qui est le fait de ne pas savoir quelque chose — et l’incapacité à comprendre ladite chose — qui est le caractère de l’imbécilité ou de la stupidité. Ce sont deux choses différentes.

Le jour où/si un jour elle décide de s’y intéresser, elle pourra toujours creuser la question (et si elle le souhaite, je serais plus que ravi de l’y aider), mais ce sera son choix de le faire, ou pas. Est-ce une mauvaise chose, d’avoir le choix ?

En attendant, elle écrit. Elle pourrait dessiner, chanter, composer,…

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