Singing in the rain, la presse et le Web sont dans un bateau

Je viens de mettre Singing in the rain en pause (une COPIE d’un DVD car je t’aime, hadopi) pour publier ce billet, tellement je suis sous le choc: je pensai connaître le film, ben non. Pas du tout.

Sans exagérer, dans le registre “Putain, qu’est-ce que ça fait du bien”, c’est un de mes films préférés — faut dire que je suis un fan de comédies musicales, tout particulièrement de Gene Kelly. Pourtant, je ne savais pas que ce film me concernait à ce point.

L’histoire Le prétexte du film, c’est la rencontre entre la vedette Don Lockwood et l’actrice débutante Kathy Selden et, en arrière plan, le passage des studios hollywoodiens du cinéma muet au cinéma parlant — avec tous les drames que ça implique pour les stars du muet… et les opportunités pour ceux qui sauront saisir leur chance d’évoluer. Sur ce décor sympathique, les acteurs (délicieux, merveilleux, éblouicieux) dansent et chantent et nous divertissent.

Je ne vous dit pas ma tête il y a cinq minutes de ça, alors que je souriais comme un idiot aux efforts de diction de la pauvre Lina Lamont, quand j’ai réalisé que cette comédie musicale qui a presque 60 ans pourrait très facilement coller à un sujet contemporain qui me concerne de très près : le déclin de la presse et de l’édition papier, la montée en puissance l’édition en ligne. 

Good Mornin’,
Good Mornin’,
We’ve Talked the whole night through
Good Mornin’,

Il suffit de remplacer “cinéma muet” par “presse écrite” et “cinéma parlant” par “presse en ligne” et à la place d’acteurs jouant le rôles d’acteurs, on leur demandera de jouer le rôle d’éditeurs ou de journalistes. 

…but you have to talk into the mike first.

Un tel changement a contraint les acteurs et les studios à réapprendre leur métier et à inventer de nouveaux outils (le doublage, par exemple), pour ne pas crever la gueule ouverte, dans le caniveau. Pourquoi ça serait différent pour la presse et l’édition ? 

We’ll have to think of something else.

Je vois autour de moi certaines personnes qui cherchent désespérément à préserver leur façon de faire, leur statut, leurs habitudes, à préserver ce qu’elles connaissent au détriment de ce qu’elles ne connaissent pas… 

– ”And l can’t stan’ ‘im. ”
– And l can’t stand him.
– And l can’t stan’ ‘im.
– Can’t.
– Can’t.
– Can’t.
– Can’t!
– Can’t. Can’t.

Certains se mettent carrément la tête dans un sac et se bouchent les oreilles. Quelques uns aussi, hélas, font en sorte de pourrir tout ce qui va dans le sens du changement. Ou alors ils trichent, espérant recevoir les lauriers sans saigner un peu d’abord.

C’est pas une vie ça: vivre la tête tournée en arrière et marmonner comme pour s’en convaincre que “c’était mieux avant”, b(i)aiser avec tout le monde ? 

Ok, ça secoue, ça fait pas toujours du bien, mais ce qui arrive finira bien par donner quelque chose de meilleur que ce qui existe aujourd’hui. Une meilleure presse, une meilleure édition. Ca a déjà commencé. Et c’est tant mieux.

Vivre avec un sac sur la tête, ça ne  me tente pas. Pas plus que de b(i)aiser avec tout le monde. Il suffit de le savoir/de s’en rappeler — même si c’est au détour d’une comédie musicale — pour que pas mal de questions en suspens trouvent leur réponse ou, au moins, une ébauche de réponse. Ca fait du bien.

What a glorious feelin’
We’re happy again
We’ll walk down the Web
With a happy refrain
And surfin’
Just surfin’ on the Web

(…)

The sun’s in my heart
And I’m ready for love

Gene Kelly, dansant sous la pluie

Gene, t’es trop fort !

😉

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