Word: une excellente liseuse, idéale pour les notes de lecture ?

Je viens de lire cette astuce pour l’exportation des notes de lecture, sur iOS.

Ce n’est pas ce que je fais. D’abord, parce que ça ne m’intéresse pas d’exporter chaque note ou passage surligné, un à le fois, et donc chaque fois d’interrompre ma lecture et sortir du bouquin. Ensuite, parce que je préfère une solution qui fonctionne sur n’importe quelle machine, avec l’assurance d’y retrouver mes notes.

Pour obtenir cette tranquillité d’esprit, c’est dans Word que je me retrouve de plus en plus souvent à lire les bouquins que je veux annoter.

Dans Microsoft Word ? Oui. Pas la peine de hurler au scandale ou de me jeter des tomates en m’expliquant que :

  • Word, c’est une usine à gaz <- Beeeeerk !
  • Word, c’est Microsoft <- Bouuuuuh !
  • Word, c’est pas du Markdown <- La hoooonte ! (sauf que si, c’en est aussi : voyez plus bas)
  • Word, c’est un traitement de texte, pas une liseuse <- C’est vrai, mais on parle bien de lire et de prendre des notes, non ?

Car c’est le problème avec l’immense majorité des liseuses (tablettes ou logicielles) : soit la prise de notes semble avoir été ajoutée à la dernière minute, comme pour dire que *oui, oui, c’est supporté* et puis démerde-toi. Soit, quand c’est bien pensé, ça fonctionne sur une app qui n’est disponible que sur une seule plateforme et sans synchronisation des données.

Je le répète : mes notes de lecture, même si elles n’intéressent que moi, ne sont pas moins importantes que le livre dans les marges duquel j’écris : je veux pouvoir les retrouver, je veux pouvoir les exporter.

Aucune alternative à Word, tu rigoles ?

Je ne demande qu’à connaître, donnez-moi des pistes. Mais ne me parlez surtout pas de la prise de notes dans iBooks. Pour une fois que je suis calme…

La seule autre solution viable que je connaisse, pour facilement récupérer des notes (et pas une note à la fois), sans passer par Word, c’est le Kindle. Là encore, Amazon fait bien mieux que ses concurrents qui peuvent râler autant qu’ils veulent sur son “sancaleux monopole” : leurs produits ne sont juste pas à la hauteur pour rivaliser (allez-y donnez-moi tort, j’en serai enchanté).

La gestion de notes à la sauce Amazon permet de facilement récupérer, en ligne ou dans un fichier texte sur le Kindle, toutes vos notes et soulignements (voyez Partager ses notes de lecture sur iPad/iPhone et sur Kindle). Mais elle a aussi quelques limites agaçantes. Par exemple :

  • Si toutes vos notes sont enregistrées dans un fichier TXT sur le Kindle Paperwhite, seules les notes de livres achetés sur Amazon seront synchronisées entre vos appareils.
    C’est ballot : Amazon n’est pas mon seul fournisseur.
  • Il y a aussi le fichier TXT lui-même qui demande un certain travail de nettoyage pour être récupéré et organisé en quelque chose d’utilisable. Un truc qui s’adresse plus aux geeks qu’à un lecteur “humain” standard 😉
  • Écrire sur le Paperwhite, comme sur toute liseuse eInk, est une expérience… heu… intéressante, mais que je ne souhaite pas pratiquer au quotidien.

Ainsi, je le répète, c’est dans Word que je me surprends de plus en plus souvent à lire ces bouquins qui invitent à la réflexion et à la prise de notes. Et j’adore ça.

Parce que lire dans Word, c’est aussi :

  • Lire dans une app disponible sur tous mes appareils (iOS, OSX et Windows).
  • Un logiciel qui permet de… prendre de notes confortablement, et pas comme dans un truc ajouté à la hâte pour dire que.
  • La possibilité de lire sur un ordinateur, c’est-à-dire d’utiliser un clavier classique pour écrire mes (parfois très longues) notes.
  • Un logiciel qui permet d’exporter lesdites notes, facilement et en lot.
  • Accéder à mon texte et à mes notes sur n’importe lequel de mes appareils.
  • Un logiciel (dans sa version Windows) qui peut ouvrir les PDF.
  • Un logiciel capable d’être scripté (Windows et OS X).
  • OneDrive, le cloud illimité de Microsoft proposé avec Office 365 (60€/an), qui permet d’accéder à toute ma bibliothèque d’ebooks (en plus de tout le reste).
  • Des notes enregistrées dans le fichier lui-même, on peut donc déplacer le fichier où on veut sans risquer de les perdre.
  • Pouvoir ouvrir le fichier depuis la plupart des apps tierces qui lisent le docx : elles préserveront les commentaires et permettent même parfois d’en ajouter.
  • La possibilité de partager le fichier, l’envoyer par email, etc. notes incluses ou pas : c’est vous qui choisissez.

Évidemment, Word reste un programme d’écriture plein de choses inutiles dans une liseuse — déjà qu’il y en a un paquet qui sont inutiles pour écrire, alors…

En plus de ça, ses fonctions ne sont pas identiques d’une plateforme à une autre (quelque chose qui devrait être amélioré dès les prochaines versions). En clair, il est tout à fait possible de lire et prendre des notes sur OS X et sur iOS, mais, à mon avis, c’est dans la version Windows (Word 2013/Office 365 ou Word 2010) que c’est le plus agréable… pour le moment.

Word 2013/2010 disposent en effet d’un mode d’affichage très confortable : le mode Lecture, qui en fait une liseuse classique :

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La petite bulle en marge, c’est une note de lecture, masquée. (Pour info, il n’y a pas d’édition numérique officielle de ce texte de Bernanos. Mais rien ne m’interdit de faire un scan+OCR de l’édition imprimée qui est en ma possession.)

Une, deux ou trois colonnes sont proposées, selon la taille du texte et l’espace dont vous disposez.

La police utilisée vous semble moche ? Réjouissez-vous ! C’est un des avantages d’utiliser Word comme liseuse : vous pouvez utiliser la police de votre choix — celle-ci convient à mes (pas si vieux) yeux fatigués. Même sur iOS, en installant ceci (voyez la fin du billet).

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Ici, le même passage, avec le sommaire affiché à gauche, et le contenu de ma note affiché en popup

Ma note est brève, mais le fichier de notes complet, une fois exporté, fait plus de 40 pages : c’est vraiment possible de travailler confortablement dans les marges d’un fichier Word. Il n’y a aucune contrainte de longueur ni de fatigue.

Mes commentaires à moi, nos commentaires à nous

Comme vous le voyez dans la capture précédente, chaque note est automatiquement datée (“Hier” est une date relative, à la façon OS X, mais la date et l’heure exactes sont enregistrées dans le commentaire) et associée à un nom d’auteur (celui que vous avez défini dans Word). Il est donc aussi possible de lire et commenter un texte à plusieurs.

Si Microsoft a sûrement pensé cela dans une optique “business” de préparation de rapports ou de synthèse à plusieurs, je ne peux pas m’empêcher de trouver ça intéressant pour le travail de classe (ou même entre auteurs), entre le prof qui partagerait le docx original, via le cloud, et les élèves qui pourraient commenter le texte seul ou en groupe, en classe ou non, sous la supervision du prof qui pourrait réagir à chaque commentaire, individuellement.

Word est donc parfait, comme liseuse ?

Bien sûr que non. Loin de là.

Il s’agit uniquement de se fixer des priorités. Quand je veux lire, rien ne remplace le Kindle ou l’iPad. Quand j’ai envie de travailler un texte au corps à corps, je ne connais pas mieux que Word. Mais tout à un prix :

D’abord, la version iOS de Word insiste pour afficher le document en mode page, avec des marges et toutes ces conneries d’un autre siècle. c’est crétin, car ça gaspille un précieux espace d’affichage sur l’écran :

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Ooooooooh, regardez donc ces jolies marges… qui ne servent à rien.

Par contre, les notes en marge retrouvent leur sens premier… elles sont affichées dans les marges :

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Ensuite, la syncro de l’emplacement de lecture n’est pas 100% fiable. Un docx doit théoriquement se rouvrir à l’emplacement où vous l’aviez fermé. C’est le cas… sauf quand ça ne marche pas.

Word reste une usine à gaz. C’est moins sensible sous iOS et Windows, mais ça reste un souci sur la version OS X. Encore une fois, c’est une question de priorités : «lourdingue, mais fonctionnel», c’est mieux que «superbe interface avec de subtils effets, mais dans laquelle je ne peux rien faire». Cela dit, faut se farcir les lourdeurs de Word…

Un PC, c’est lourd. Beaucoup plus lourd qu’un Kindle, même. Vous l’aurez compris, j’apprécie tout spécialement la version Windows de Word, comme liseuse. C’est donc sur un ThinkPad (1,4kilo) que je lis le plus.

Est-ce un handicap ? Oui et non. Quand je lis en mode “je prends des notes”, c’est rarement en déplacement : je suis chez moi ou à la bibliothèque ou à l’hôtel — assis dans un fauteuil ou vautré dans un canapé, soit installé devant un bureau. Le poids ou l’encombrement de l’ordinateur n’est donc pas une gêne.

Je dois même dire que j’apprécie pouvoir poser l’ordi sur mes genoux et pouvoir incliner son écran — mat — à ma guise. En déplacement, si je dois lire dans Word, la version iOS sur iPad est assez fonctionnelle, même si agaçante avec ses “pages”. Et l’iPad est toujours aussi génial à trimbaler partout avec soi.

Enfin, vous l’aurez certainement deviné, c’est le plus gros souci : pour lire une book dans Word, je dois d’abord me taper sa transformation en un fichier docx. Avec Calibre, c’est assez rapide, mais (ePub/Mobi->RTF->Word->docx), j’en ai déjà parlé, ce serait encore mieux si Word pouvait lire les formats ePub et Mobi nativement, comme il peut lire les PDF. Il est parfois aussi nécessaire de virer les DRM, si l’ebook est verrouillé : là encore, c’est facile et rapide, mais c’est encore du temps perdu.

Il reste un défaut auquel je n’aurai jamais songé, tant il est débile, mais qui s’est imposé à moi ces derniers mois quand j’ai commencé à causer d’autre chose que Apple et de Markdown : l’importance du choix de nos outils sur l’image que nous donnons de nous-mêmes, mais aussi, surtout, sur celle que se font de nous les autres. C’est un sujet qui n’est guère flatteur pour notre belle société civilisée — c’est aussi débile que de refuser de fréquenter les gens qui n’auraient pas une Rolex à leur poignet avant leur 50 ans — et c’est un sujet complexe qui mérite son propre article de blog… un jour, ou pas.

Et récupérer ses notes, alors ?

Avant de conclure, faudrait quand même aborder la question qui a motivé ce billet.

Le problème, c’est que ce billet a pris une taille inattendue. Je vais donc faire un résumé des outils dont on dispose dans Word, mais je ne parlerai en détail de l’export Markdown que dans le prochain billet — ce soir, ou demain, promis.

Donc, en résumé pour exporter :

  • On oublie le copier-coller à la main.
  • Dans sa version Windows (pas vérifié sous OS X), Word permet d’imprimer les commentaires : au lieu d’imprimer le fichier, c’est donc uniquement vos commentaires qui sortent. C’est pas mal (rien n’empêche d’imprimer dans un PDF), mais c’est très limité :
    • L’export ne contient que les commentaires, pas les passages surlignés.
    • L’export ne conserve pas la partie du texte original sur lequel vous avez ajouté un commentaire.
  • Enfin, il y a mon tout petit script VBA, qui exporte les commentaires et les passages marqués en Markdown, ou non — ouais, môssieur. On en reparle dans le prochain billet 😉

Conclusion ?

Plutôt que de conclure quoi que ce soit, je vous propose cette question : comment se fait-il que, testant à peu près toutes les liseuses du marché, logicielles comme matérielles, n’ayant aucune religion et n’éprouvant aucun besoin de croire en une marque plutôt qu’en une une autre, c’est dans un logiciel de traitement de texte, un logiciel d’écriture donc, et pas le plus populaire avec ça, que je trouve le seul outil me permettant de véritablement disposer d’une expérience de lecture active digne de ce nom ?

C’est-à-dire me laissant annoter un texte, confortablement et sans avoir à m’inquiéter de le sécurité et de la disponibilité de mes notes sur le long terme ?

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Mentions légales et autres détails techniques passionnants : Aucun fanboy de Markdown n’a été maltraité durant la rédaction de ce billet, qui a été entièrement composé dans TextMate et en Markdown, sous OS X Yosemite. Apple et Microsoft sont des marques déposées, mais ne vous inquiétez elles ne risquent rien : quelqu’un les ramassera sûrement rapidement. Ce billet a été rédigé en compagnie de Jean-Sebastien Bach et de Daft Punk.