Un peu de lecture

L’idée du #RaysDay — le jour de Ray — proposé par Neil Jomunsi, c’est de faire du 22 août, anniversaire de la naissance de Ray Bradbury, grand amoureux des livres, un jour de célébration de la lecture.

Je ne sais pas si la lecture a besoin qu’on la célèbre — c’est pas ma grand-mère, et de toute façon je ne fête pas l’anniversaire de ma grand-mère — et, même si je devais le faire, je serais bien incapable de vous expliquer pourquoi c’est bon de lire et que vous devriez essayer — si je vous dis : parce que c’est (presque) aussi bon que le sexe, parce qu’on peut le pratiquer avec autant de partenaires qu’on veut, et dans toutes les positions, sans jamais s’en lasser et sans jamais se sentir infidèle; ça vous va comme explication ?

Bref, puisque j’ai rien à dire pour fêter la lecture — et c’est pas plus mal, vu qu’il est question de lire, pas de s’écouter causer — je vous propose de lire un texte qui, lui, m’a laissé sur le cul.

C’est une nouvelle de Ambrose Bierce qui date de 1890. Paraît que c’est un classique… que je ne connaissais pas il y a encore deux semaines.

Le souci, quand on parle de “classique”, c’est que ça fait peur : ça sent un peu trop fort le vieux bois des bancs d’école, les murs de classe couleur jaune pisse, et les minutes qui n’en finissent pas de ne pas passer sur la grosse horloge; ça rappelle un peu trop le goût de l’effaceur, infect, mais qu’on finissait toujours par se mettre dans la bouche pour le mâchouiller, avec lequel, juste avant de rendre notre copie on corrigeait nos mauvaises réponses, après avoir copié par dessus l’épaule du voisin.

Un classique, ça risque d’ouvrir grand la porte à la sale tronche des mauvais profs, ceux et celles pour qui la lecture à l’école devait se faire dans la douleur, comme d’autres gavent des oies — tu reprendras bien une tranche de Thérèse Desqueyroux, avec ton Grand Meaulnes. Allez, avale-ça ! Mais avale, bon Dieu !

Donc, ce texte est peut-être ancien, mais ce n’est absolument pas un classique. Ouf !

En fait, c’est tellement pas un classique que c’est carrément pas ce genre de texte que le genre de profs qui rêvent de dégoûter leurs élèves de la lecture choisissent de faire lire. C’est un texte qui raconte la pendaison d’un “terroriste” sudiste par les troupes du nord, durant la guerre de Sécession, sur le pont d’Owl Creek, et la façon dont il imagine échapper à son triste sort.

C’est une putain d’immersion dans un instant, qui nous emporte comme un tourbillon, et nous coupe le souffle comme dans un tourbillon — je laisse les critiques expliquer pourquoi c’est bongénial, et comment ça marche, de mon côté je file le relire.

PS : y a aussi des profs qui font aimer la lecture, des profs dont on se souvient avec joie. Des profs auxquels on pense chaque fois qu’on ouvre un livre, ou presque. Comme monsieur Denis Leclerc.

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