Payer pour avoir mal ?

Non, je ne parle d’entretenir des relations SM tarifées chez une Maitresse Machine ou un Maitre Machin, mais bien de s’appliquer à soi-même des chocs électriques pour se motiver à mieux faire/à mieux être. Et cela grâce à un petit bracelet, judicieusement nommé Pavlok, qui se charge de nous envoyer des décharges dès que l’on fait ce que nous ne devrions pas, ou ne faisons pas ce que nous devrions faire.

It is a bracelet that gives you electric shocks if you don’t achieve the set goal.

Ce bracelet à la “jolie finition brillante” (dixit la vidéo ) sera vendu 250$ et nous permettra donc, enfin, de “cesser de glander et d’être fainéant” ou “de ne pas atteindre nos objectifs”, sinon prend ça dans ta gueule, connard. En gros.

The Pavlok bracelet will be launched via crowdfunding in September and it is planned to be sold for for 250$ in early 2015 to people who want to fulfill their dreams of eliminating procrastination and laziness. With this accessorize you’ll never oversleep again or hesitate to open an unhealthy bag of chips.
Shock Therapy for a Better Self.

Sérieux, pas sérieux ? Éternel vaporware ou gadget de l’année ? Pour tout vous dire, je m’en fiche un peu du bracelet. Ce qui m’intéresse, par contre, c’est l’idée qu’un appareil infligeant des douleurs, même légères, puisse répondre à un besoin, pardon, à un “rêve” que nous aurions tous en commun : cesser de glander ou d’échouer. Être efficace.

Ce serait donc un rêve si essentiel pour nous, que nous serions d’accord de payer pour subir la Colère, toute mécanique, d’un bracelet qu’on chargerait de nous gendarmer ou de nous gronder ?

Je revendique le droit de ne pas être efficace — de glander, de sortir des sentiers battus, de me perdre en chemin, d’essayer et de laisser tomber ou d’échouer, de rater le train, d’arriver en retard, ou en avance, de regarder les nuages plutôt que l’écran de mon ordinateur — du moins tant qu’on ne m’aura pas annoncé que je ne suis rien d’autre qu’une machine dont la viela fonction consiste à exécuter une tâche ou une autre le plus efficacement possible, pour amortir ce que je coûte à mon propriétaire et pour le satisfaire… jusqu’à ce que je sois remplacé par un modèle plus performant, et moins coûteux.

Je revendique le droit de ne pas être noté, d’expérimenter et d’être curieux sans autre objectif que l’envie d’essayer — du moins tant qu’on ne m’annoncera pas que ma vie se résume à celle d’un enfant enfermé dans une salle de classe. Misérable élève, condamné à vie à l’école, qui attend de recevoir les bonnes ou mauvaises notes de son institutrice ou de son instituteur.

Je revendique le droit de glander et de ne pas devoir me punir moi-même pour ça, ni laisser personne me punir — tant qu’on aura pas proclamé le rétablissement de l’esclavage, et que je n’ai qu’à fermer ma gueule si je ne veux pas me goûter du fouet, et dépêche-toi de bosser si tu veux bouffer ce soir, charogne.

Et si je veux simplement m’améliorer, mais que je n’y arrive pas tout seul, ce gadget ne serait-il pas utile quand même ? Comme un coach de poche, en quelque sorte, qui me crierait en permanence dessus comme le sergent instructeur dans le film Full Metal Jacket ?

Je ne sais pas, mais j’ai une question : depuis quand (se) donner des claques est-il le signe d’un mieux-être ?

Mais qui suis-je pour me moquer de cette potentielle invention pleine de bonnes intentions ? On vend bien des colliers pour faire taire, à coups de décharges électriques, les chiens trop bruyants et des médicaments pour faire se calmer, à coups de drogues, les enfants trop turbulents.

Pour finir en musique, je ne vois pas mieux que Vian :

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