Ton stylo, il est cher

Lors d’une discussion, après un passage dans une boutique spécialisée, un ami s’étonnait du prix de certains stylo-plumes — assez chers.

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C’est vrai, ils sont chers mais celui-là, lui dis-je en parlant d’un modèle de ma propre collection, je l’ai acheté d’occasion et son ancien propriétaire l’avait lui-même acheté d’occasion. Pourtant, tout comme celui-ci que j’ai acheté neuf, il fonctionnera bien longtemps après que je sois mort et enterré. Je pourrais les léguer à ma nièce ou à mon neveu ou, soyons optimistes, à leurs enfants — mais d’ici-là ces plumes auront encore écrit des kilomètres et des kilomètres de texte, avec à peine d’entretien.

C’est sûr qu’on trouve une flopée de stylos pas chers — certains sont excellents, pour ne pas dire parfaits, la plupart sont jetables et sont jetés d’une année sur l’autre à chaque rentrée scolaire. Je ne sais pas ce qui est le plus triste, ni ce qui revient le plus cher au final.

Bien sûr, posséder autant de plumes est un luxe. C’est donc absolument inutile : une seule suffit pour écrire. Mais depuis quand est-il interdit de se faire plaisir ?

Et puis, chaque plume est différente, avec le temps elle se fait d’une façon unique à votre main et procure une sensation différente. Le même genre de plaisir que l’amateur de polices de caractère trouve en utilisant telle police plutôt que telle autre pour afficher son texte çà l’écran ou pour l’imprimer — là où d’autres personnes ne penseront jamais qu’il est possible de choisir une police ou ne verront pas à quoi ça peut servir de le faire — ou dont on choisira plus ou moins soigneusement son papier.

Il y a aussi les aspects pratiques : comme d’utiliser des encres différentes sans devoir nettoyer le stylo chaque fois qu’on en change, ou toujours avoir un stylo plein en réserve,…

Et, j’y reviens, il y a cette étrange satisfaction de se dire que ce sont des objets qui dureront plus longtemps que soi : des objets que l’on ne possède pas réellement mais que l’on transmet — peut-être un peu comme on transmettait une maison de génération en génération, quand les maisons n’étaient pas encore devenues des produits jetables comme les autres.

Ma collection se fait lentement, et elle se fait depuis des années. Telle ou telle occasion, telle ou telle plume étonnante vient s’ajouter aux autres, alors que telle autre s’en va parce que je ne l’apprécie plus. Comme s’enrichi une bibliothèque ou une discothèque : lentement, en suivant votre évolution personnelle (et vos moyens : je ne peux m’offrir ce genre de luxe depuis un moment) et qui n’est jamais réellement achevée.

Tout n’est évidemment pas parfait, on tombe parfois sur des canards boiteux. Si ça vous intéresse, le plus décevant dans ma petite collection (il en manque trois, sur la photo), c’est le Mont-Blanc, qui n’a jamais eu un débit d’encre constant. Mais c’est un cadeau de quelqu’un que j’aime beaucoup.

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