C’est quoi un vrai livre ?

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Ce tweet (merci @valmente d’avoir fait suivre) m’amène à poser une question : s’il y a un “vrai” livre, c’est quoi un “faux” livre ? Mais bon, j’ai certainement l’esprit mal tourné. Revenons à ce tweet.

Il y a des petites phrases, comme ça, qui ont l’art de me donner envie de grogner… C’est donc un billet grognon qui suit.

C’est quoi un “vrai” livre ? Comme j’ai répondu sur Twitter, c’est un livre que je peux lire, et c’est un livre que je peux trimballer avec moi sans me ruiner le dos. Je ne vois pas quoi répondre d’autre.

Pour ce qui est de se bousiller le dos, chacun décidera de ce qui est “trop” lourd. Il suffit de savoir que j’ai généralement plusieurs dizaines de livres commencés en même temps pour tout de suite apprécier leur version numérique. Pour ce qui est d’arriver à lire le texte, là aussi chacun décidera :

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Le texte de gauche (Maîtres et disciples, de Steiner, chez Folio) est imprimé en caractères juste assez petits pour fatiguer ma mauvaise vue en quelques minutes et me filer un mal de tête que je ne souhaite à personne, si je veux poursuivre ma lecture malgré tout, je dois utiliser… une loupe (sans rire). Le Kindle à droite (c’est Emile, de Rousseau) — qui a la même taille que ce Folio, mais qui peut contenir une bonne moitié de ma bibliothèque actuelle sans peser un gramme de plus dans ma poche ou dans mon sac à dos — me permet de zoomer sur le texte. Et de lire sans m’emmerder avec une loupe, et sans mal de tête que je ne souhaite à personne.

C’est mal ? C’est moins un “vrai” livre Rousseau affiché sur le Kindle que Steiner imprimé sur du papier bas de gamme et en trop petit pour être lu — par moi, du moins ?

Sans blague. J’espère que Rousseau ne m’en voudra pas trop de le lire sur autre chose que du papier. Et j’attends avec impatience de pouvoir décevoir Steiner, en le lisant en numérique…

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Les joies de la “vraie” lecture, sur un “vrai” livre…

Alors oui, c’est rudimentaire une liseuse. Nous n’en sommes nulle part en terme de typographie et de mise en page. C’est moche. Mais ça n’a pas à rougir comparé à ça, qui fait l’essentiel de la production des “vrais” livres imprimés, les poches :

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Le livre se décompose avant même que j’en ai terminé la lecture. Super, la qualité du “vrai” (lire : Livre de poche ou ebook ?, un billet de 2009 désolé pour les poussières).

Quant aux nostalgiques de l’odeur du papier, je leur suggère de lire l’ouvrage de François Bon (dispo en numérique et papier) : Après le livre qui, en plus d’être souvent très intéressant, dans un chapitre décrit avec force détails les origines ô combien suspectes de ladite odeur qui, telle une madeleine de papier trempée dans leurs poétiques narines, plonge immanquablement les nostalgiques dans de tendres souvenirs. Ça calme.

Et puis, il faut bien commencer à utiliser une technologie si on veut lui donner une chance de mûrir. Si à l’époque on s’était contenté de ricaner devant les premières bibles de Gutenberg, alors qu’elles tentaient de singer les précieuses pages recopiées à la main par les moines, ce “vrai” livre imprimé dont certains parlent aujourd’hui avec tant d’attachement n’existerait simplement pas. Parce qu’il aura fallu encore quelques (longues) années avant qu’on sé décide à abandonner les caractères gothiques à la con, imitation des caractères calligraphiés par les moines, que des génies se disent que ça pourrait être intéressant de créer des polices de caractères plus lisibles. Et c’est un travail qui continue de nos jours.

C’est le principe même de la technologie : s’améliorer et se renouveler en permanence (certains pensent sérieusement qu’il n’y aura pas moyen de faire mieux que ce que eux connaissent ?). Et la presse, le papier, Gutenberg et ses caractères mobiles, c’était de la technologie — même sans octets, même sans e-ink. Une technologie qui a rendu obsolète non seulement les moines copistes, mais aussi l’utilisation du rouleau de parchemin comme support, remplacé par le papier (et par le format livre, des volumes) qui est moins solide, moins beau, moins profond, mais tellement plus pratique et plus économique… Que je sache, pas grand monde ne semble regretter la bonne odeur de peau d’animal mort, ces peaux dont est fait le parchemin, absente des “vrais” livres d’aujourd’hui.

Bref, de toute façon, que ce soit moins bien qu’un beau livre, même si je le regrette je m’en fiche : car avec une liseuse je peux lire, plus et plus confortablement qu’avec de nombreux ouvrages imprimés. Et je pourrais lire encore plus si ces fossiles d’éditeurs se sortaient le doigt du cul pour se mettre à publier sous forme numérique au lieu de freiner à mort pour ne pas avoir à changer.

Le numérique s’adapte à mes faiblesses (je ne suis pas parfait; je sais ça surprend quand on me connait, tant je suis le mec idéal), à ma mobilité, à mes sources de lectures (je ne lis pas que des “livres” : je lis ce qui me semble intéressant donc assis des “textes” qui vivent en ligne ou, au moins, sous forme numérique).

Oui, ce tweet m’a énervé. Par son ton péremptoire, par ce qu’il révèle de routine assoupie et capable de condamner à mort par simple paresse intellectuelle. Je suis énervé d’entendre les habitudes s’ériger en jugement du vrai et du faux. C’est-à-dire, presque mécaniquement souvent aussi, du bien et du mal.

Qu’ils critiquent les défauts des liseuses et des ebooks, ils ont parfaitement raison de le faire, c’est pas les défauts qui manquent. Mais qu’ils critiquent ce qui doit l’être, pas l’agacement qu’ils éprouvent à voir leurs habitudes remises en question. Ou à voir d’autres aimer ce qu’ils n’aiment pas. Et qu’ils critiquent dans les deux sens : les défauts, mais les qualités aussi, bordel. Leur “vrai” livre imprimé est loin d’être parfait.

Bref. J’ai bien ronchonné, il est temps de tourner la page… euh non… de scroller… comme on scrollait un rouleau de parchemin, pour lire la suite d’un texte, avant l’invention de ce “faux” rouleau qu’est le livre…

C’est un billet ronchon, je le répète, mais je ne le regrette pas. Si mon billet vous a agacé, et si vous avez besoin d’être rassuré sur mon incapacité à comprendre la beauté du livre en tant qu’objet… Sachez que je ne suis ni collectionneur, ni nostalgique, ni bibliophile. Ouf ? Ben non pas vraiment, parce que j’ai été tout ça — et un intensif, avec ça. Je sais relier un livre, j’ai suivi des cours de typographie, j’ai bossé chez un imprimeur. Et si je ne “bibliophilise” plus depuis des années, il me reste quelques pièces intéressantes que je garde tant elles me plaisent. Parce que je ne suis pas incapable de nostalgie, je vous dis ça la larme à l’oeil : je fabriquais mes premiers “magazines” à la main, des fanzines, à un âge où la main d’un ado lui sert généralement à tenir autre chose qu’un magazine, ou alors un de ceux qu’on lit d’une seule main, mais avec le même enthousiasme répétitif et frénétique.

Je sais, je suis un poète. Blague à part : tout ce que j’essaye de dire c’est qu’un objet n’est pas plus “vrai” qu’un autre objet parce que fabriqué autrement ou à partir d’une autre matière première, un texte n’est pas plus digne de lecture imprimé sur du papier ou affiché sur un écran, un livre n’est pas plus vrai composé de pages reliées et de cahiers cousus (ou de feuillets mal collés) que sous la forme d’un écran sur lequel le texte défile — il est peut-être plus ou moins confortable et plaisant à lire, plus ou moins beau. Mais ça ce n’est jamais qu’une préférence, du plaisir : ni du vrai, ni du faux.

Ce n’est qu’un mot “vrai”, vous me direz ? Oui, comme le papier n’est jamais que du bois traité chimiquement. Si vous aimez les mots imprimés sur du beau papier, avec une belle typo, j’aime encore plus qu’on utilise les mots à bon escient. Le “vrai” est trop souvent assassin.

Et si au lieu de parler du vrai livre, on parlait des bons livres ?

Parce que, papier ou numérique, les merdes qui surchargent chaque rentrée littéraire restent des merdes. On pourrait aussi se demander quelle place il reste aux bons livres, dans ce monde plein de “vrais livres” vite imprimés et aussi vite pilonnés pour faire de la place à la prochaine fournée de papier imprimé.

Quelle place les bons livres peuvent espérer trouver (et plus encore !) en numérique… Un espace qui leur laisse une chance d’exister et de trouver leurs lecteurs. L’espoir d’être lus ? L’espoir d’avoir le temps de durer.

35 comments » Write a comment

  1. Je suis heureux de lire ce billet, David. Heureux de voir qu’il y a des gens qui continuent à défendre haut et fort ce point de vue.

    J’ai un problème similaire : je suis DJ, et depuis une bonne dizaine d’années, une guerre fait rage entre les utilisateurs de vinyles et les utilisateurs de fichiers WAV. Le parallèle avec ton billet, tu l’auras deviné, c’est qu’il reste une bonne majorité de personnes qui pensent qu’un fichier WAV n’est pas de la “vraie” musique, au contraire du vinyle.

    Il y a 15 ans, un DJ se bousillait le dos aussi en transportant des vinyles dans une grosse caisse renforcée. Sachant que le poids moyen d’un disque est compris entre 80 et 200g, et qu’on peut transporter jusqu’à 90-100 disques par caisse, je vous laisse faire le calcul… Il fallait donc choisir les disques qu’on emportait avec soi.

    Aujourd’hui, dans un disque dur qui tient dans une poche de pantalon, j’ai toute ma bibliothèque musicale au format WAV, haute qualité, donc. (Parce qu’en plus, le pressage des vinyles était de qualité inégale, et la qualité du son s’en ressortait fortement.)

    Comme toi, je pense que le contenu doit privilégier sur la forme. L’oeuvre de l’artiste, c’est en général le contenu : dans ton cas, les mots, dans le mien, la musique. Ce qu’il y a autour (le format de publication) n’est en général, je pense, pas l’oeuvre de l’artiste lui-même.

    Alors je le dis aussi haut et fort que toi : oui, j’ai eu ces “objets” que certains appellent “vrais”, oui j’ai aimais les avoir, mais je ne mettrai pas un frein à la révolution qu’apporte le numérique pour autant.

    Donc, juste, un grand MERCI, David.

  2. Ma mère ne pouvait plus lire de “vrais livres”, même avec une loupe. Et lentement mais sûrement entrait en dépression. Grâce à son iPad, elle lit à nouveau.

  3. “Que je sache, pas grand monde ne semble regretter la bonne odeur de peau d’animal mort, ces peaux dont est fait le parchemin, absente des « vrais » livres d’aujourd’hui.”

    En même temps, faire des livres en peau d’animal vivant, ça doit être moins facile 🙂

    Sinon, je suis à 100% d’accord avec ce texte ! Bravo

  4. Beau billet.

    Et une vrai bibliothèque alors ? ce serait des rayonnages jusqu’au plafond, avec les tranches dorées de la Pleiade bien alignées, juste pour épater ses amis, étaler au grand jour sa culture ?

  5. En même temps, faire des livres en peau d’animal vivant, ça doit être moins facile

    Mais tellement plus sportif, surtout une édition en peaux de tigres ou de lions 😉

  6. Le débat de ce qui est un vrai ou faux livre est totalement absurde pour ne pas dire idiot. On devrait déjà se poser la question de ce qu’est un livre, la forme importe-t-elle vraiment ?

    Pour ma part, les deux représentations ne me choquent pas, je les trouve même complémentaires. Certes, une bibliothèque remplie de livres papier, c’est beau, ça meuble une partie de son habitation ou de son bureau, et c’est vrai que l’odeur est plutôt agréable (ça dépend qd même de certains procédés chimiques). Une liseuse numérique, c’est chouette et très pratique. Inutile de trimballer 10kg de livres lorsque l’on part en vacances, mais c’est assez impersonnel.

    Impersonnel, car le livre est toujours neuf, sans rature, sans pages écornées, sans tâche, bref le livre n’est plus vivant. Le papier et le numérique ont chacun leur qualité et leur faiblesse, le confort de lecture n’est qu’une question de choix personnel, parfois forcé (mauvaise vue) mais jamais sans plaisir. 😀

  7. C’est (pour moi) la grande force des livres numériques : l’accessibilité. Pour les personnes comme toi qui ont des problèmes de vue ou qui sont simplement aveugles, c’est un énorme pas en avant. Avant il fallait des équipements très couteux pour que des livres imprimés soient lus par une synthèse vocale et ce n’était pas vraiment transportable.

  8. Franchement quand je vois la taille que prend une bibliothèque et le faible nombre de livres de qualités (je parle de la forme moi aussi, pas du contenu), je trouve le livre électronique tout aussi intéressant et j’aurais déjà franchi le pas si un fichier électronique de quelques centaines de Ko ne coûtait pas aussi cher que son édition papier qu’il faut imprimer, transporter, mettre en rayon, etc…

  9. Tu compares le passage vers l’imprimerie avec celui vers l’électronique. Le passage vers l’électronique est quand même totalement différent. On perd ce côté de la matière. On change de support. Que le passage vers l’imprimerie, le support n’a pas changé, mais il est resté.

    Un livre papier, même si certains risquent de se défaire avant d’être finis, est un truc de physique qui reste. Les pages peuvent s’envoler, mais il suffit de les remettre dans l’ordre (avec un moyen collant), pour pouvoir de nouveau en profiter pendant encore, je pense, longtemps.

    Le problème du livre électronique, comme beaucoup de choses électroniques, c’est que ça peut s’envoler à jamais, se perdre, se corrompt, ne plus être compatible, etc. De plus, ça nécessite toujours un apport électrique. Bon, dans notre monde occidental, on ne risque pas d’en manquer, sauf quelles heures de temps en temps. Mais ailleurs, si l’on souhaite quitter un peu voire beaucoup ce monde, on ne peut plus lire. Sauf dans la limite de la batterie. Sauf en ayant, en plus, un truc plutôt encombrant, permettant de générer de l’énergie.

    Le livre électronique est plus un truc forçant à la consommation de bouquin. Lire en quantité. Très actuelle. Alors qu’un livre papier, même merdique, ne serait pas un livre de qualité, mais celui qu’on aime lire et relire, sans jamais s’en lasser. Un livre sans contrainte qui reste.

  10. @Nicolas : d’un autre côté, les livres électroniques on peut les sauvegarder, ce qui est difficile à faire avec le livre papier. Chaque supports a ses avantages et ses inconvénients. 🙂

  11. @ Nicolas: ma bibliothèque a compté jusqu’à 4000 ouvrages. J’ai en ce moment env. 300 ebooks. Quel format me fait “consommer” plus ? Et puis, que je lise Rousseau, ou Peanuts, sur ebook ou papier, ça change quoi à l’acte de consommer/acheter le livre ?

    Sinon, tu as parfaitement vu juste : le numérique entraîne son lot de problèmes (entre autre la nécessité d’avoir l’électricité et, souvent, Internet pour accéder au titre, ce qui n’est pas évident partout sur la planète). Nulle part je ne dis qu’il est meilleur. Je dis juste qu’il n’est pas un “faux” (mauvais) livre face à un bon “vrai” livre 😉

  12. @ Nicolas : note que c’est le cas aussi pour un livre imprimé: les frais de port peuvent être prohibitifs, des régions entières n’ont pas accès au livres, tout simplement parce qu’il n’y a pas de bibliothèque (encore moins de librairies où les acheter). Sans parler de la censure (bien plus facile sur un livre imprimé que sur un simple fichier) qui empêche d’accéder à certaines éditions étrangères dans certains pays. 😉

  13. @ Ombre et David : Un livre papier donne une impression de possession et de « stabilité » que ne fournit pas le fichier informatique. On peut le sauvegarder, mais il y a toujours ce risque, même si on double les sauvegardes, de ne plus y avoir accès. Un livre qu’on aime lire et relire, du moins je pense, c’est le livre qu’on veut pouvoir lire n’importe où, n’importe quand, et sans contrainte. Le support papier apporte une certaine forme de tranquillité. Je l’ai, qu’elle soit le problème (courant, sauvegarde défaillante, etc.), je peux le lire. Sauf gros problème naturel qui rendrait son impression HS. Mais, peut-être que la sauvegarde serait aussi touchée dans ce cas. Cependant, elle possède l’avantage de pouvoir être stocké ailleurs. Comme l’écrit, Ombre « chaque support a ses avantages et ses inconvénients ». Je pense que ça dépend surtout de l’utilisation qu’on en fait. Sinon je suis d’accord avec toi sur le fait qu’il n’y a pas de « faux » ni de « vrais » livres, juste un support qui change.

  14. Nicolas, le livre est un vecteur de culture. Son action se fait par le mouvement du contenu vers les destinataires. Dans l’espace (déplacement) et dans le temps (sauvegarde).

    Demande aux moînes copistes du Moyen Âge, les bâtisseurs de la culture du monde occidental, ce qu’il est mieux de copier, si le fichier ou bien le papier. Demande à Tim Berners Lee ce qu’il est plus difficile de déplacer. Demande à ce qui reste de l’abbaye de Monte Cassino et à ces très charmants monsieurs armés de bombes qui l’ont détruite alors qu’il n’y avait que des moînes et des livres, ce qui est plus facile à faire disparaître.

    D

  15. ebook, un changement de sa façon d’aborder la lecture ? Comme vous le dites les uns et les autres, c’est principalement le support qui change, pas le contenu. David le décrit joliment : une m… sur papier ou à l’écran reste une m… 😉 AMHA les deux supports vont coexister un certain temps ensemble. L’ebook va sûrement grignoter des parts de marchés aux livres de poche, magazines, catalogues, tarifs,… bref tous les supports papier peu chers ou devant être modifiés régulièrement. Le livre va se recentrer sur se qu’il s’est être de mieux : les belles éditions (Pléiade, Jean De Bonot, TimeLife, etc.) Autrement dit des reliures cuir ou simili, du papier bible, vergé ou glacé, bref un objet capable de traverser les âges. Tous le contraire d’un programme tv hebdomadaire… Pas de « faux » ni de « vrais » livres, juste des supports et des usages différents. Et puis il existe des reliures en cuir pour habiller le Kindle et lui donner ainsi une apparence plus « luxueuse »

  16. je remarque seulement que je vais plus facilement prendre un livre dans des rayonnages (fascination de la reliure qui “attend” toute droite dans mon espace de vie) qu’ouvrir un fichier dans mon ordi ou tablette… question de présence, adéquation contenant/contenu…

  17. Il me semble que l’on pourrai également aborder dans ce débat l’aspect “sacré” attaché au livre en tant qu’objet, en tout cas en occident. Ce n’est pas un objet comme les autres, comme le rappelle David les premières créations de l’imprimerie ont été des bibles, dans l’ancien testament les tables de la loi étaient gravée s. Il en reste peut-etre quelque chose, je me demande si, de manière consiente ou inconsciente, on ne relie pas le contenu au support dans le cas du livre, ils n’auraient de sens qu’ensemble. Typiquement un autodafé choque, alors qu’il ne détruit pas l’ensemble des livres ni des idées qu’il attaque. Dissocier le contenu du support apparaîtrait donc, pour une part, comme une atteinte à ce caractère sacré et pourrait entraîner cette impression de “vrai” et “faux” livre selon le support utilisé.

  18. Tres interessant! Merci a tous, dont david, pierre, nicolas, etc… Je partage vos idees, mais votre lecture m’a permis de les clarifier….

    Je rajouterai 2 points:

    Argument tres lourd ontre le livre papier: la moitie des magasines partent au pilon, non vendus, non recyclables (papiers traites)…. Quel gaspillage ecologique! L’autre moitie est tres vite jeté… Idem… Certes, ca fait tourner le pib, comme ceux qui font tourner les camions a vide pour epuiser les budgets, dans certaines administrations (pour avoir au moins le meme budget l’annee suivante), mais quel scandale a notre epoque!

    Et ce point se pose aussi, pour partie, pour le livre….

    Argument contre l’electronique: la perennité et la compatibilité des formats et des materiels. Car meme en sauvegardant serieusement, quant c’est possible, quid de nos fichiers 2 ans, 5 ans ou 10 ans apres, ou apres changement d’équipement? L’informatique, souvent, non seulement ne s’engage guere vers la compatibilité, mais pousse a non compatibilité: protection des technologies, volonté d’enfermer le consommateur, ou de le forcer a evoluer (depenser)

    Pour ma part, pour l’instant, je boycotte le livre electronique, mais scan l’utile en pdf. Mais suis a fond dans l’audio-video electronique qualitative (Aiff et format Dvd), sans trop boycotter les Cd et Dvd, en boycottant totalement le bluray – grosse arnaque a mon sens, et a tous points de vu – et la VOD, …. Quant aux 33tr, ca fait 20 ans que j’ai laissé tomber. A l’epoque, les puristes ne les ecoutaient qu’une fois, le temps de les enregistrer sur un magneto a bandes… car a chaque ecoute, le diamand degrade le sillon comme la charrue du paysan, et l’ecoute soi-disant ronde vient d’un convertisseur RIAA jamais fidele (integré dans les entrees phono) et de limitations de bande passante liees a la technologie analogique/mecanique…. le tout facile a reproduire en electronique informatique…. Bref, une mode que je pourrais presque qualifier de stupide

    Bref, il faut faire la part des choses je crois, mais voir venir, ne pas etre contre, mais ne surtout pas se presser…

  19. Je voudrais répondre à Nicolas. Je crois que dans ton discours il y a une erreur « sémantique ». Tu parles de contraintes, mais moi je ne vois pas les contraintes sus-citées de la même façon. Pour moi, c’est dans le choix des mots. Ce que tu appelles contraintes, n’en sont pas, ce que tu appelles contraintes sont des attentes. On ne sait rien des avancées technologiques, il suffit de prendre le temps d’un regarder rétrospectif sans crainte et sans orgueil de l’Histoire, pour constater, qu’au mieux nous pouvions supposer, supputer, mais jamais nous n’avon su où aller nous emmener les technologies. Un exemple banal : l’Homme a toujours rêvé de voler, les fresques gréco-romaines, les contes, les mythes, les anges judaïstes, l’art pariétal, on s’est toujours imaginé la figure d’un Homme ailé. Aujourd’hui nous avons des avions, des fusées, et qui sait plus tard, peut-être des ailes ? Tu parles d’autonomie et d’accessibilité, mais tu ne sais rien pas plus que moi des progrès énergétiques, des avancées de réseautage, etc., nous ne savons rien de ce qui sera et peut être ! Que dalle ! Même si ce ne sont que des perspectives qui peuvent paraître idéalisantes, ce sont des perspectives d’avenir : qui nous dit que nous aurons toujours des bidules qui se déchargeront sans crier gare ; qui nous dit que Internet ne sera pas un jour accessible de partout ; qui nous dit que l’électricité d’aujourd’hui est unique paradigme et seul représentant de l’électricité de demain… Eh bien rien. Donc moi j’y vois plus des attentes que des contraintes si tu veux mon avis, alors laissons les technologies faire leur chemin, et comme je dis souvent : le seul frein aux technologies, c’est l’être humain.

    J’ai beaucoup d’espoir dans les eBook, comme j’ai beaucoup d’espoir en Siri, car ils vont de pair dans la guerre contre l’analphabétisme, même si cela peut paraître paradoxal aujourd’hui. Je tiens à rappeler que le ciment d’une civilisation, c’est l’éducation, et plus nos enfants serons curieux des choses, plus ouverts sur le monde — et si Internet n’est pas une ouverte sur le monde je mange mon chapeau —, plus ils seront à la fois libres d’esprit et rebelles des dogmes.

  20. Moi le gros reproche que je peux faire c’est au web en lui-même : aucune entreprise (au sens large, je parle du fait d’entreprendre) d’archivage ! Ce n’est pas une reproche que je vais faire à l’auteur de ce blog, mais David, plein de pages tombent en rade sur ton blog, et je sais que ce n’est pas ta faute, etc., mais je trouve que des gens devraient se charger d’archiver le web, bordel !

  21. Plein de pages ?

    A part ls anciennes version du blog, dont le contenu est repris dans l’actuel, ça ne devrait pas être le cas. Tu as des exemples ? 🙂

    Sinon : Archive.org

  22. Ben 🙁

    Un simple exemple, tu renvoies ce billet vers un autre…, je le suis et l’autre article renvoie vers un autre, et erreur 8)

    https://davidbosman.fr/blog/2009/05/08/20090508livre-de-poche-ou-ebook/

    http://davidbosman.fr/dotclear2/index.php?post/2009/05/07/KIndle-DX%2C-plus-de-pubs#c551

    Pour archive.org, je connais, mais il est loin d’être infaillible, et très loin ! Notre ami Anthony par exemple, j’ai essayé de retrouver un ancien billet sur son ancien site récemment, et là archive.org montre ses limites ! Impossible, je savais récupérer le Homepage d’Anthony, mais pas aller jeter un œil sur les articles ultérieurs. Je trouve que c’est un vrai débat, je suis de formation historien d’art (ouhhh! le noob!), et je crois qu’Antho est de formation historien aussi, donc voilà, je trouve que c’est un sujet important, car c’est tout un travail qui part dans les limbes d’Internet, qui disparaissent ! Par exemple, les skyblogs ! On est tous d’accord pour dire que bon, la vie des ados on s’en fiche, surtout que souvent… hein bon, mais quand même ! Toute la masse documentaire sociologique !!! Ce sont des artefacts de notre époque qui partent en lambeau CAR numérique CAR immatériel. Enfin bref 🙁

  23. Corrigé, pas de souci. Ils renvoient vers l’ancien site. Dans ce cas, tu peux chercher leur titre sur le nouveau blog (via le moteur ou via Google ou etc.) :

    https://davidbosman.fr/blog/2009/05/08/20090508livre-de-poche-ou-ebook/

    https://davidbosman.fr/blog/2009/05/07/20090507kindle-dx-plus-de-pubs/

    Je devrais m’en occuper, c’est ma faute, mais je suis fainéant 😀

    Pour archive.org, je connais, mais il est loin d’être infaillible,

    Oui, mais il existe déjà quelque chose.

  24. Alors moi je dis “Peu importe le support tant que celui qui lit y prend du plaisir!

  25. Pingback: To ask what the book is | davidbosman.fr

  26. Salut David, Depuis une semaine j’ai un iPad – youhouu – j’ai profite de l’occasion pour lire “Fondations” de Asimov. Je l’ai commencé en format papier, je l’ai fini en format ePub. Seul différence et pas des moindres, je peux enfin lire dans le noir !

  27. Pingback: En vrac « Numéritérature

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