En marge

Minuit et quelques, à peine couché je me relève pour noter une esquisse d’histoire qui m’est venue en écoutant le vent souffler (de là à dire que c’est du vent…).

Mais au lieu de noter cette histoire, je rédige ce billet… Car en posant les doigts sur le clavier (en recevant le coup de projecteur de l’écran droit dans les yeux) toute envie de l’écrire a disparu. Pfiouuut. Vaporisée.

C’est cyclique : le clavier me coupe tout désir — eunuque dans un royaume de bits, dirais-je si j’avais l’audace de faire d’aussi mauvais jeux de mots, je perds tout appétit pour la chose — il me faut alors du papier, gratter à la plume, tracer mes pattes de mouche dans un bloc-notes ou, dans l’urgence, sur n’importe quoi en papier qui me tombe sous la main pour retrouver plaisir à écrire.

Souvent, vu que j’en ai toujours au moins un à portée de main, ce sera dans les marges d’un livre, ou dans ses pages blanches que j’accumulerai ce genre de notes qui viennent sans prévenir. Avec le temps, c’est d’ailleurs une chose étonnante de voir ainsi s’accumuler de véritables strates de notes — d’une encre et d’une écriture différentes, plus ou moins épaisse et plus ou moins lisible — année après année dans ces livres que je relis régulièrement et qui deviennent, bien plus que des compagnons, et bien malgré eux, de véritables confidents.

Une lecture moins romantique de mon geste pourrait n’y voir, au sens strict, qu’une façon de m’approprier le livre par la marge, de le recouvrir… jusqu’à l’étouffer, comme le ferait un parasite d’un hôte trop fort pour lui. Mais je préfère, et de loin, la vision romantique.

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