Journal

En faisant des recherches sur les journaux et la prise de notes, je suis tombé sur la photo que vous voyez à gauche. Un joli carnet relié, quelques lignes manuscrites et un stylo-plume :

Journal

Plus que la photo, ce qui m’a interpelé c’est l’émotion qu’elle a provoquée en moi.

Le plaisir de tourner les pages déjà vieilles d’un journal (j’ai commencé à tenir le mien vers 1987), le plaisir d’écrire à la main, la nuit quand tout et tous sont endormis, et d’écouter la plume glisser sur le papier. Et puis, ça se voit que c’est un carnet de qualité, soigneusement relié (on imagine les cahiers cousus et, à chaque page que l’on tourne, passer le dos de la main pour l’aplatir, avant d’écrire), avec du bon papier (l’encre ne passe pas à travers, malgré qu’il soit de couleur foncée et plutôt épais). Bref, un bel outil, agréable à utiliser.

À droite sur la photo, c’est mon journal que vous voyez. Il est numérique : ce sont des fichiers TXT, affichés dans Notational Velocity (oui, le même NV dont j’ai rêvé cette nuit).

Dans les deux cas, c’est un journal qui contient absolument tout ce que l’on veut : journal intime, notes de lecture, idées de sujets, brouillons et articles complets, etc. Mais la ressemblance s’arrête là.

Nvnotes

Dans NV, pas de pages à tourner, mais une liste de fichiers. Pas de stylo-plume, mais un texte soigneusement dactylographié — heureusement, diraient celles et ceux qui connaissent mon écriture. Et ils auraient raison : c’est bien plus facile de me relire à l’écran que sur le papier. Pas de ratures et un contenu entièrement et immédiatement indexé (par Spotlight, et par le génial outil de recherche de Notational Velocity), entièrement et immédiatement réutilisable : je peux chercher n’importe quel mot, copier-coller ce mot ou l’équivalent de centaines de pages d’un coup, etc.

Bonus non négligeables : les liens sont clicables, aussi bien vers des pages Web que des fichiers sur mon disque dur. Et il y a cet en-tête que vous voyez, que j’ajoute à chaque nouvelle note, qui me permet d’encore mieux indexer et retrouver les notes. En réalité, je n’ajoute rien moi-même (je suis trop paresseux), c’est un script qui s’en charge : je n’ai qu’à remplir les champs de titre et auteur, et définir les mots-clés. Tout le reste est automatisé, y compris la création du code d’identification unique de chaque note (id_quelquechose), qui me permet de créer facilement des “liens” entre différentes notes (une astuce inspirée, comme pas mal d’autres, par les idées de la géniale AmberV, sur les forums de Scrivener).

Bref, c’est pas loin d’être parfait. Il y manque juste une chose : le plaisir d’écrire à la main. Un plaisir auquel je ne suis pas près de renoncer.

Ce plaisir qui semble si nostalgique — regarde ce frimeur qui dévisse le capuchon de son stylo — n’est pas forcément le signe que je suis un vieux con ou un fossile qui a grandi sans ordinateur jusqu’à ses 12 ans. C’est aussi parce c’est vachement utile d’écrire à la main : relire mes notes, chaque soir ou presque, pour les recopier au net dans l’ordinateur, c’est vachement utile.

Le numérique permet d’accumuler facilement des milliers de notes (j’en avais plus de 4000 dans Evernote, quand je suis passé à Notational Velocity). Mais accumuler, ce n’est pas (ré)utiliser. ce n’est même pas réfléchir, c’est faire des petits tas de tout et de rien. Entasser, comme ces malades qui sont incapables de jeter quoi que ce soit.

Lire et relire, copier et recopier, c’est rester penché sur un texte, sur une idée et s’obliger à la garder en tête. S’obliger à y réfléchir et, à force de s’y frotter, la faire sienne. Se l’approprier. Mais ne me croyez pas, écoutez plutôt un encore plus vieux que moi, et un peu plus malin aussi :

nous devons, à l’exemple des abeilles, classer tout ce que nous avons rapporté de nos différentes lectures ; tout se conserve mieux par le classement. Puis employons la sagacité et les ressources de notre esprit à fondre en une saveur unique ces extraits divers, de telle sorte que, s’aperçût-on d’où ils furent pris, on s’aperçoive aussi qu’ils ne sont pas tels qu’on les a pris : ainsi voit-on opérer la nature dans le corps de l’homme sans que l’homme s’en mêle aucunement. Tant que nos aliments conservent leur substance première et nagent inaltérés dans l’estomac, c’est un poids pour nous ; mais ont-ils achevé de subir leur métamorphose, alors enfin ce sont des forces, c’est un sang nouveau. Suivons le même procédé pour les aliments de l’esprit.

Sénèque, LETTRE LXXXIV. La lecture. Comment elle sert à la composition. Les abeilles.

De ce point de vue (en plus de son côté pratique, rapide et fiable), le papier est tout sauf obsolète. Il est même irremplaçable.

Mais ce n’est pas une raison pour se priver des énormes avantages du numérique. Il s’agit de trouver un équilibre. Je pense avoir trouvé celui qui me convient en combinant mes notes manuscrites et les fichiers TXT dans Notational Velocity.

Dans le même genre :