Sortir d’une impasse

Je raccroche le téléphone, après une discussion avec un ami auteur qui s’enlise en essayant de récupérer une ancienne version d’un de ses textes — complètement bloqué.

Imprime-le, je lui ai dit.

Imprime tout le truc et étale-le sur une table ou par terre. Même si ça veut dire imprimer cent pages ou plus, tant pis. Une fois imprimé, tu vois ton texte, tu vois chaque page individuellement et toutes les pages à la fois en même temps. Tu les as sous les yeux, tu les domines. Tu peux passer de l’une à l’autre d’un simple coup d’oeil. Tu peux comparer entre elles des pages qui sont très éloignées les unes des autres (quelque chose de presque impossible à faire confortablement sur un écran). Tu peux les annoter, les raturer. Tu peux les réorganiser. C’est ton champ de bataille que tu survoles, comme un général regarde une carte d’état-major, sur laquelle il déplace ses troupes et modifie ses plans selon les circonstances.

Si j’en crois sa réaction, juste l’idée d’imprimer a suffi à lui faire entrevoir le bout du tunnel. Pour moi, je n’en doute pas un instant : c’est ce que je fais chaque fois que je suis coincé sur un texte.

Le papier, c’est un vieil outil. Mais ce n’est pas encore un outil obsolète.