Il y a un petit quelque chose d’étonnant à découvrir par accident, par exemple alors que vous cuisinez le repas de ce soir, le nom du personnage central d’une histoire dont vous avez eu l’idée il n’y a pas une heure de ça.
On se dépêche de le noter sur un bout de papier, pour ne pas le laisser échapper — Jean-Luc Bollet — et on retourne à la cuisson de nos tournedos, sans plus s’en occuper, car ça n’est qu’un détail qui ne change rien: l’histoire n’est encore qu’une vague idée qui vous fait sourire, qui tient en deux paragraphes, il reste tout à écrire. Mais d’abord finir de cuire les tournedos.
Ou peut-être que ça change quelque chose ? Parce que c’est bizarre mais, depuis qu’on a ce nom en tête, on est moins attentif, on rate d’ailleurs presque la cuisson des tournedos. Pendant le repas, votre compagne à l’impression de parler dans le vide: vous êtes absent.
En fait, il y eu un changement. Vous êtes entré dans la Zone. Ce n’est plus comme si vous essayiez péniblement de monter un univers, comme on monte un décor pour ensuite le peupler d’acteurs à qui vous distribuerez les rôles. Ce n’est plus une histoire que vous voulez raconter, comme on invente un mensonge. C’est un fait, c’est son nom que vous avez appris malgré vous et qui vous tourne dans la tête depuis tout à l’heure et vous entraîne avec lui.
Car derrière son nom, pour peu que vous acceptiez d’y prêter attention, sans vous hâter de passer à autre chose — parce qu’on a toujours des choses plus importantes à faire — c’est un paquet d’autres faits qui n’attendent que vous.
Jean-Luc Bollet a un âge (67ans), il a même une épouse (Theresa). Il est né à Remilly sur Seine (cherchez pas). Docteur en physique, passionné de robotique et d’histoire, c’est aussi un maître bricoleur, un véritable orfèvre en la matière comme l’histoire le montrera. C’est parce que son épouse et lui étaient lassés du stress de la vie moderne qu’ils ont décidé de vendre leur maison de Oxford (où ils ont fait toute leur carrière) et la maison de famille à Remilly pour partir loin, très loin même, et en toute discrétion. Etc. Je pourrais même vous dire le thé qu’il préfère et le livre qu’il a le plus lu (il en garde trois éditions dans sa petite bibliothèque, dont une bon marché dans une mauvaise traduction : la première qu’il ait lue), vous dire qu’il a passé des années à fabriquer mais… chuuuut.
C’est ça la Zone, parce que c’est ce nom qui revient le plus souvent quand d’autres en parlent (et parce que ça me fait penser à ce film assez fort, Stalker). Elle n’est sur aucune carte et elle ne se laisse pas visiter facilement. Mais quand ça arrive, c’est le pied. Le travail devient une promenade, ou presque, on n’a qu’à ouvrir les yeux pour (a)voir quelque chose à raconter. La quitter, c’est prendre une douche froide. Brutal. Un peu étourdi, on sait que la seule chose à faire c’est d’essayer d’y retourner le plus vite possible.
Mais pour ça, il faut… écrire, toujours un peu plus. A ce propos, il y a cette histoire autour de Jean-Luc Bollet et de ses bricolages: elle ne va pas s’écrire toute seule 😉

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