Vacances

Nous sommes arrivé à destination. La maison est une ancienne filature, dont il ne restait plus que les murs en ruine, réaménagée par un archéologue qui a décidé de la mettre en location après y avoir vécu. On y trouve beaucoup d’objets personnels et de souvenirs et on a plutôt le sentiment de loger chez un vieil ami, que de louer quelque chose. C’est un grand bâtiment, perdu avec 2 ou 3 autres maisons tout au bout d’une route dans la montagne. La route — un chemin ? — s’arrête ici, on ne peut que faire demi tour. Le premier village est 4km plus bas, il faut faire plus de 20km pour voir quelque chose qui ressemble à une ville. 20Km, sur ces routes sinueuses c’est long. On est presque seuls.

C’est le paradis. La bibliothèque est bourrée d’ouvrages plus sexy les uns que les autres: Verlaine, Shakespeare, Char, Eluard, Barthes, Marx, Hegel, Bourdieu, etc. (j’aurais aussi bien pu venir sans emporter aucun des miens), ainsi que quelques albums de Gaston Lagaffe et ce dictionnaire de Grimal:

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Probablement le seul dictionnaire au monde qui se lise comme un roman tant il est passionnant (pour être honnête, j’ai depuis longtemps un a priori favorable à l’égard de Grimal).

La maison est tout en longueur, et la façade donne sur la montagne couverte d’arbres. J’ai installé mon bureau dans une des chambres, devant la fenêtre. Cette masse verte qui occupe la moitié de l’horizon est impressionnante. Sandra s’est installée dans une autre pièce, avec une vue identique.

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On ne capte à peu près bien qu’une station de radio, qui diffuse uniquement de la musique classique. Contrairement à ce que j’avais cru comprendre, il y a Internet et même la TV — L’une comme l’autre, nous n’y toucherons que du bout des doigts tant on sait d’expérience qu’elles sont jalouses et ne supportent pas de nous partager avec d’autres activités.

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Nous sommes arrivés samedi, et même si le premier jour ne compte pas vraiment (nous étions trop crevés par le trajet et la chaleur), j’ai l’impression que mon emploi du temps est déjà fixé.

Après une petite balade, je passe le reste de la matinée à lire et à prendre des notes, dans une maison ouverte à tous les vents avec, en guise de vacarme parisien qui ne me manque absolument pas, le chant des oiseaux et celui du ruisseau en contrebas. L’après-midi, pendant que Sandra travaille de son côté, j’écris. Nous nous enfermons derrière les murs épais et les volets clos, pour échapper au soleil assassin qui cuit instantanément tout ce qu’il touche — il suffit de me voir pour ne plus douter que l’homme ou, du moins, cette branche particulière de l’humanité de laquelle je suis issu a des liens de parenté étroit avec la famille des homards — mais ne réussit pas à entamer la fraîcheur de la maison. Fraîcheur qui, de la fin d’après-midi jusque tard le soir, se transforme en douceur. Le soir, on écoute de la musique, on lit, on parle. De quoi se (re)découvrir.

La radio, toute crachotante rend encore un peu plus inhumaine la technologie contemporaine qui nous semble pourtant aller de soi, si lisse, si parfaite qu’elle donne l’impression que les seuls défauts qui restent sont à chercher dans l’utilisateur lui-même. Au fond, cette radio s’accorde bien avec la lampe de poche rafistolée de plusieurs épaisseurs de scotch et d’un élastique que nous montrait notre hôte — “lorsque vous aurez une coupure de courant, elle est dans le tiroir de la commode” —, avec les pierres brutes, les poutres taillées à la main et la vieille toile cirée de la table à la cuisine. Ici, on se sent légitimement indifférents au toujours “plus” qui rythme notre vie.

Tout en bas, la rivière (dont j’ignore le nom, ça intéresse qui de lui donner un nom?) fait un bruit rafraîchissant, auquel fait écho le vent dans les arbres. Assez d’Internet, il est temps d’aller me préparer un thé, puis de reprendre la lecture du Grimal. Ou de préparer le déjeuner. 

A la prochaine 😉

3 comments » Write a comment

  1. A la lecture de ton billet j’avais l’impression d’être là bas. Tu as un excellent style d’écriture. Je me demande si tu ne devrais pas écrire un roman ou des essais. Je vois également que tu apprécies la nature, le calme, le charme d’une vieille maison qui fleure bon la pierre et le bois. Excellent choix pour passer de bonnes vacances et trouver l’inspiration. Profites bien !